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Archéologie

Pyrénées-Orientales, Port-Vendres : le tombeau d’un général romain

Écrit par Administrateur. Posted in Archéologie

Vers 1825, le propriétaire d’un terrain situé en retrait de Port-Vendres, un peu en contrebas du pic de Taillefer, sur lequel venait d’être édifié une redoute pour surveiller le large, mit au jour une antique pierre  sur laquelle était gravée  une suite de lettres séparées par des points. Déjà, cet endroit avait livré plusieurs pierres de taille, de dimensions différentes. Cette trouvaille n’eut alors guère d’échos, sinon auprès des bergers du coin qui, pour désigner cette sorte de monolithe, le qualifiait de « pierre écrite ». Il fallu bien que quelqu’un parla car, quelques temps plus tard, deux passionnés, férus d’archéologie, les frères de Saint-Malo, s’intéressèrent à cette curieuse pierre. La décrivant, ils notèrent qu’il s’agissait d’une dalle oblongue d’un mètre de longueur environ, aux surfaces brutes. Sur l’un de ses faces, des lettres, bien que gravées hâtivement et sans soin, étaient très nettes, hautes de six à sept centimètres, creusées à un centimètre de profondeur, et séparées chacune par un point. En tout état de cause, il s’agissait d’une inscription en sigles, c’est-à-dire ne portant que l’initiale de chaque mot. En voici la reproduction :      VA.F.P.P.M.I.V.S.C.L.I.E.
                                                                                                EM.
Les frères de Saint-Malo ne furent pas les seuls à s’intéresser à cette intrigante trouvaille. Des chercheurs de trésors sévirent également dans les parages. Ils étaient intrigués, outre par cette « pierre écrite », mais par le fait que l’endroit où elle se trouvait était connu sous le nom de « Cimetière ». Il fallut que le personnage inhumé en ces lieux ait quelque importance pour bénéficier d’une telle reconnaissance épigraphique !  Et qui dit riche personnage, dit riche sépulture…

En 1832, un archéologue de Perpignan, Puiggari, s’intéressa à cette affaire. Il comprit très vite que cette suite de lettres entrecoupées de points était en fait une « épitaphe » rédigée à la mode romaine ; un texte dont n’avait été pris en compte que les premières lettres successives. Voici le résultat :
Valerius Flaccus, Prœfectus Prœsidii, Monumentum Iussit, Vivus, Sibi Condi, Loco Intersepto Et Eunito. En français : Valerius Flaccus, Commandant de la forteresse, s’est fait construire, de son vivant, un tombeau en ce lieu clos et fortifié.
Comme dans ce genre d’inscription, il n’est jamais fait mention du prénom, le nom, Valerius, est ici suivi d’un surnom, Flaccus, qui désignaient alors « ceux qui avaient les oreilles longues et pendantes ».

Après Puiggari, cette énigme continua de passionner les auteurs régionaux. Ainsi, Jean de Gazanyola, dans son excellente Histoire du Roussillon (1857), n’est pas sans faire remarquer que les antiques monuments funéraires de quelque importance étaient placés de préférence au bord d’un chemin de passage. Or, il paraît bien établi  que la voie romaine qui longeait la côte passait à proximité. Il s’agissait de la route reliant Narbonne à l’Empurias (Espagne), avec une étape à Elne. Cette même voie qu’emprunta Annibal et ses éléphants pour entrer en Espagne. Par la suite, cette histoire n’eut jamais aucune conclusion. En 1891, signale-t-on, cette pierre antique fut déplacée et rejetées hors de l’exca
vation où elle se trouvait à l’origine. Puis, des touristes malavisés mêlèrent leurs noms à celui de cet obscur général romain pour qui ce monument a été gravé. Si bien que, de nos jours, on serait en peine de le retrouver…