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Rennes-le-Château

Le vin de Malvoisie, l'abbé et le marquis

Écrit par Administrateur. Posted in Rennes-le-Château

Le vin de Malvoisie, l’abbé et le marquis

                                                                   Ecrit par Fernand de Bazel le 13 04 2020

 

L’abbé Bérenger Saunière en son temps aimait à recevoir dans son petit domaine de Rennes-le-Château. Ainsi, dans la villa Béthanie à sa table se succédaient nombre d’invités et non des moindres puisque étaient cités entres-autres et principalement par Gérard de Sède, le député Dujardin Beaumetz, la cantatrice Emma Calvé, Andrée Bruguières sans omettre le fameux Mr Guillaume identifié comme le  digne représentant de la famille des Habsbourg… Il va de soi qu’ils étaient très bien reçus, goûtant aux bons plats concoctés par Mlle Marie, la fidèle servante du curé, le tout agrémenté par les meilleurs vins dont dixit, rien de moins que le Tokay et le Malvoisie, ce dernier étant dit-on le préféré de l’abbé.

On ne peut douter des goûts certains de celui-ci pour l’approvisionnement de sa cave, en témoignent ses carnets de correspondance où figurent nombre de courriers l’attestant… Tant les quantités commandées que la fréquence des livraisons porteraient à faire penser que l’intérêt porté à sa cave lui auraient permis d’en faire un petit commerce.[1] C’est possible, et il n’y a rien d’extraordinaire à cela, d’autant plus qu’en ce temps-là d’autres ecclésiastiques pratiquaient de même pour agrémenter leurs fins de mois. Mais revenons donc à notre vin de Malvoisie… Ce vin blanc liquoreux réputé produit depuis les temps les plus anciens a pour origine la Grèce dans la région du Péloponnèse, dont la ville de Monemvesia d’où est tiré son nom le laisse à penser ; aussi il était logique que l’Italie voisine importe ces cépages à son tour, le climat en outre permettant une culture assurant son succès. Ainsi des assemblages sont nés et persistent encore aujourd’hui avec entre autres le Trébbiano  offrant le Frascati ou le Chianti et de même dans certaines appellations comme le Malvasia delle Lipari ou le Santo de Toscane. Mais c’est surtout plus tardivement dans la vallée du Douro produisant le Madère et le Porto qui le firent connaître. Aux Baléares, sa culture remonte au XVIe dans la sierra Tramontana. En France et dans nos régions, sa production fut assurée généralement dans le Sud, connu sous le patronyme de tourbat, allié au macabeu il entra rapidement dans l’élaboration des vins doux naturels tels le Rivesaltes, le Banyuls et le fameux Maury. Au XIX è, sa commercialisation était assurée par nombres de caves et l’abbé savait donc ou s’adresser pour en commander. Mais sa qualité était inégale et connaissant les exigences du curé, il aurait été étonnant qu’il ne s’adresse pas aux meilleurs producteurs…

Mais un autre témoignage des goûts du curé pour ce fameux vin nous provient d’un personnage inattendu mais très connu chez les passionnés de l’affaire de Rennes-le-Château : il s’agit du Marquis Philippe de Cherisey qui dans son long et quelque peu roboratif tapuscrit Circuit daté de 1967, nous fait une démonstration étonnante qui si elle n’est pas dénuée d’intérêt pour les exégètes du genre n’en recèle pas moins des énormités devant interpeller le lecteur traité jadis de pauvre andouille[2] lui qui n’en demandait pas tant. Ainsi, d’après le marquis s’insurgeant dans un développement approximatif, ce vin déprécié n’était pas pressé principalement dans le bassin Méditerranéen : « Ceci est notoirement faux, il n’est de Malvoisie qu’aux Canaries et en Crète… » D’après lui, ce nom orthographié Monembasía signifie entrée unique donc un monopole. Beau mais faux : Tiré de  moni (μόνη) et emvasia (εμβασία), en fait se traduit plutôt par chenal unique, voire embarcadère au vu de la caractéristique géographique du lieu… Premier point. Ensuite, il nous affirme que le raisin était cultivé dans une île Crétoise et transporté dans une autre pour l’élaboration, d’où son interprétation aventureuse mais nécessaire pour son développement d’un cru et d’un château. Bon… Il en déduit que plus tard ce cépage fut transféré aux Canaries, CAD entre le VIII è et le XIV è siècle. Là aussi, il est dans l’erreur car il est établi par les historiens que ce cépage ne fut introduit dans ces îles qu’au début de la colonisation, à savoir en étant optimiste, au début du XVè. On passe les interprétations suivantes mettant en cause Cham maudit par son père Noé surpris dans une position indécente dans sa vigne qui jeta un mauvais œil sur son fils, d’où naturellement le nom moderne de Mal voisie : du pur Boudet ! Et il nous transporte à Lanzarote l’ile des Cyclopes ! On vous épargne les longues digressions entre Louis le treizième et ses prétentions territoriales sur le lieu pour en arriver à… Boudet qui exprimerait à mots couverts que l’association chrétienne du vin et du sang entraîne une vision raciale selon Sem Cham Japhet dans l’ancien testament et les 3 rois mages dans les pages du nouveau « Chacun y fera son marché »…

En page 70 il est exposé les 40 points remarquables du méridien 0 de Paris (la Rose Ligne dont il se moque allègrement), et naturellement passant par Rennes-les-Bains, « ma paroisse », on en arrive aux Îles Baléares où il est annoncé que la ligne passe entre Mayorque et Minorque : là aussi grossière erreur, puisqu’il est notoire que la ligne passe évidemment entre l’ile de Majorque et celle d’Ibiza à l’Ouest, Minorque étant franchement à l’Est… Pour être exact, le méridien passe sur l’ilot de la Dragonnera,[3] en face des terres de l’Archiduc Ludwig Salvator de Habsbourg  qui était réputé entre autre pour cultiver de vastes vignobles où était produit ce fameux vin de Malvoisie qui lui permit de remporter plusieurs prix internationaux prestigieux…[4] Dans un de ses ouvrages, il nous dit que ce vin était fort prisé des rois et des évèques… Il va de soi que cette production était exportée en France.

 En p 88, au chapitre III intitulé The Good Wine of Mister Saunière il nous est confié que pour trouver le Trésor de Rennes-les-Bains, et pas un autre, il faut passer par l’entrée unique déjà citée, à savoir que pour accéder au Château, il faut prendre un bain… Vous êtes donc ainsi prévenu. Mais aussi que le brave Abbé François Cauneille, curé du lieu est passé aux Canaries commettant un ouvrage révélateur… Et pour conclure avec notre bon vin de Malvoisie, que l’abbé Saunière commandait un tonneau trimestriel à l’aubergiste du secteur, donc que ses voyages avaient pour but de changer l’or récolté à Rennes en devises sonnantes et trébuchantes ! Mais qu’en fait son trafic de vin cachait une justification de voyages tout en surveillant le chargement de ses tonneaux… c’est oublier et ignorer sans doute qu’à cette époque, le vignoble des Canaries était exsangue car dévasté par les maladies et que toute exportation avait cessée depuis longtemps… peu importe car cette prose lui sert pour son exposé. Notons au passage que c’est ici qu’est évoqué pour la première fois la notion de commerce, voire de trafic de vin de la part du curé…

Il nous joue, et comme à son habitude, il déménage les faits les faisant passer allègrement de l’Ouest à l’Est… A ce propos que penser de la tour du pendu qu’il évoque en p 67 au sujet de son énigmatique tour Castille : « où l’on jetait les cadavres des pendus… » Là aussi le lecteur est invité à se référer à une tout autre tour, celle-là, réelle qui a un sacré air de ressemblance avec la Tour Magdala de Rennes-le-Château… et  de cette phrase où dans une autre version de Circuit et au sujet d’un courrier envoyé par David Leroy, il évoque cette étrange architecture à propos toujours du vin de Malvoisie ? « Une lettre de lui me fait penser à une étrange architecture où il parait que le vin des Corbières est tiré du Vin de Malvoisie… » Encore un étrange jeu de mots… et pour ce qui est de son évocation des grottes, Majorque en regorge comme d’ailleurs de pierres de trou… Mais enfin : « A une lettre près, disait-t-il ! Palma, Las Palmas, n’est-ce pas la même chose ? »…

Enfin, ce vin de Malvoisie, en fait, est évoqué en guise de prélude en p 25 où il nous est confié que « La bouteille de Malvoisie apparait comme en rêve au centre du cercle. »…Il est vrai que Anne précédemment nous dit «  à Midi pommes bleues comme on dit chez nous. »

Ce fantastique voyage allusif recèle en son sein toutes les bases et la mythologie de l’affaire, de Cauneille à Boudet en passant par Saunière, des dragons veilleurs au diable du bénitier, du méridien 0, Delphes et les wisigoths, une bergère curieuse, de parchemins, du tilleul, le tout infusé dans une fantastique tisane que les passionnés du genre n’ont pas fini de boire…, ce cocktail surréaliste nous promène bien loin mais nous rappelle par des jeux de mots parfois désopilants, une pléthore de calembours ainsi que par des allusions historiques tronquées voire déformées, que le second degré adopté pour sa prose poétique et même si les informations détenues étaient approximatives, recèle des pépites qui lèvent le voile sur des horizons bien plus proches que l’on ne pense… loin de vouloir nous apprendre la meilleure façon de marcher[5], pense-t-il une seconde nous enseigner la meilleure façon de penser, tout occupé qu’il est à nous promener dans un incroyable univers criblé de références, de Maurice Leblanc aux Beatles, le premier évoqué à travers son Livre l’Eclat d’Obus ou dixit, ne joue en fait qu’un rôle, celui du marquis… il est vrai qu’il évoque aussi Gustave Flaubert et ses Tentations de St Antoine, père spirituel de Leblanc, et un autre ouvrage où Georgette Leblanc joue également son rôle. C’est dire…

 Quant aux 4 garçons dans le vent de son histoire, écoutons non la réponse mais plutôt le refrain : «  Hello, Hello, j’ignore pourquoi, Tu dis bye, je fais salut » : Or, de l’aveu de Paul McCartney son auteur, sa chanson évoquait  l'univers, la dualité — homme femme, noir blanc, haut bas, vrai faux, levé baissé, bonjour au revoir… Une éternelle errance pour un éternel retour en quelque sorte, en tout cas un aveu de l’auteur de Circuit qui nous recommande le miroir : il est vrai que cette chanson est évoquée lorsque l’un est dans le hall de l’aérogare, l’autre sur la piste, comme des arpenteurs… dans un autre passage avec Anne il écoute ce fameux air jailli d’un juke box voisin faisant écho à une affirmation quelque peu déconcertante. Le meilleur se trouve dans la face B du single sorti rappelons-le le 24 novembre 1967 : I’am the walrus écrit quant à elle par John Lennon, cette chanson totalement décalée étant inspirée par l’œuvre de Lewis Carroll, De l’autre côté du miroir et de sa chanson, le Morse et le Charpentier… Philippe de Cherisey s’il était un élève très moyen en géographie était certainement très au fait de l’œuvre des Beatles et devait apprécier fort les paroles quelque peu surréalistes et enseignantes de leurs compositions… Certainement la seule présence des fab four dans l’histoire de Rennes-le-Château ! A-t-il pensé à ce commentaire de Lennon ? : Selon Pete Shotton, Lennon aurait confié : « Voyons ce que ces connards seront capables de trouver là-dedans »…[6]

Mais comme il nous dit en citant un certain Eulenspigel à propos du tilleul-miroir de Fort-Mardyck : « Le monde est plein de fous, et qui n’en veut pas voir, doit rester dans sa chambre et casser son miroir… » En se gardant bien de le contredire, nous méditerons sur ces sages paroles…

Ecrit en un temps où l’on ne parlait pas encore de la tombe du Christ dans le secteur, des ovnis planant tels des ombres sur le Razès, de Marie la Madeleine convolant et autres billevesées qu’elles soient codées ou sacrées, Circuit demeure un ouvrage important pour les passionnés, un véritable terreau où ont trouvé matière à inspiration et puisé allègrement nombre de chercheurs.

Nous retiendrons en guise de conclusion cette belle allégorie de Philippe de Cherisey nous faisant revenir en terre d’Oc à Arles sur Tech précisément et son tombeau miraculeux [7][8] guérissant nombre d’affections (dont celles de la vue ?) mais aussi de ses vins pas moins fantastiques  racontés par l’auteur: « Les quatre vins d’Arles sur Tech sont un rappel des vignes de Montmartre » : Haut lieu du surréalisme où souffle le vent de l’éventuel doit-on le rappeler…

C’est du vin de Montmartre

Qui en boit pinte en pisse quatre. »

 



[2] Le Testament du Prieuré de Sion, Jean Luc Chaumeil, Ed Pegase.

[3] In Castelnègre : Un archiduc peut  en cacher un autre, Michel Azens / Michel Vallet Ed Pegase 2020

[4] Idem

[5] Voir  La jument verte de Claude Autant-Lara (1959) (rôle d'Ernest Haudouin)

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/I_Am_the_Walrus

[7] http://sites.unice.fr/site/broch/articles/sarco_allegations.html

[8] Il se disait que le fils d’une sœur de lait de Marie Denarnaud aurait été guérie grâce à une fiole ramenée par l’abbé Saunière…

A lire :https://blogruz.blogspot.com/2010/06/la-vie-est-un-roman.html