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Rennes-le-Château

Les bonnes notes de l'abbé Bérenger Saunière

Écrit par Administrateur. Posted in Rennes-le-Château

Les bonnes notes de l’abbé Bérenger Saunière

                                                        Ecrit par Michel Azens le 24 février2020

 

Jadis les banquets étaient un véritable cérémonial et chaque plat était commenté pour le plus grand plaisir de la maîtresse des lieux : Celle-ci, après avoir œuvré avec talent dans sa cuisine voyait ses efforts récompensés par divers compliments. Et il y avait aussi des discours, souvent sous la forme de jolis poèmes improvisés par les invités qui après les avoir déclamés se voyaient encouragés, voire étaient relayés par leur voisin de table voyant là une bonne occasion de taquiner la muse en honorant Erato avec entrain.

Ainsi, de l’apéritif aux desserts soyez sûrs que l’ambiance était on ne peut plus joyeuse pour le plus grand plaisir des hôtes. Mais à peine les dernières bouchées du dessert maison dégustées, arrivait l’heure du café et des digestifs, et c’était le signal tant attendu où les plus téméraires s’aventuraient à pousser la chansonnette pour le plus grand plaisir des convives repus. Au petit village de Rennes-le-Château, l’on ne faisait pas exception si on en croit la liste patiemment dressée par l’abbé Bérenger Saunière dans ses carnets de correspondance et le choix des thèmes était extrêmement varié témoignant d’un grand intérêt pour Euterpe.

Car si l’on connaissait cet abbé comme un bon vivant amateur de bonne chère et de vins fins, il n’a été peu ou pas évoqué qu’en bon mélomane il suivait tout ce qui en son temps faisait la joie des amateurs de chants. S’il a été rapporté qu’il possédait un harmonium, il n’est pas interdit de penser qu’il en effleurait les touches avec talent, en tout cas il ne manquait pas de se féliciter lorsqu’à l’occasion d’une messe la chorale avait brillée à travers les voix claires et justes des participants ayant patiemment répété sous les voutes de sa chère église.

Ainsi en décembre 1900, il entreprend un recensement de toutes les œuvres qui comptaient en son temps et il nous les livre de son écriture ronde et serrée en détaillant la liste des morceaux, le genre, l’auteur des paroles ainsi que celui de la musique. Sonneries, romances chants, berceuses, chansonnette, rondes, marches, mélodies et chants populaires, chansons de soldats, canons, stances, rondes, chansonnette bouffe, sérénades, vieux airs populaires légendes, opéra-comique et bouffe, cris de guerre, fables, rondeau, une bamboula nègre, une excentricité mythologique, des chœurs, des ballades, et pour finir, quelques rondes et chants bachiques, dont après vérification de la teneur, n’auraient pas été désavoués par les habitués de salles de garde…

Dès lors les romances telle Bouton d’or voire Dors mon enfant vont côtoyer les rondes et marches de Bonne Bourrique et Bon Vivant et autres Champagne et les chansons, intitulé bravement chant bachique. Mr de la Fontaine n’est pas oublié avec son Mulet entêté de la noblesse pas moins que Ma nièce et mon ours, ronde bachique très populaire en son temps. Si la Mère Michel figure en bonne place, une belle chanson de table intitulée Non je ne vieillis pas n’est pas de reste. Quant à La vierge au fuseau et Vive le vin qualifiés de mélodie et chanson bachique nul ne peut affirmer que leurs refrains n’aient pas résonnés dans les murs de la villa Béthanie où le curé aimait tant à recevoir ses invités… Et on devait rire beaucoup en écoutant Un Âne savant et Une Anglaise à Paris, voire la Veuve Lecocq, par contre le titre Bonjour Lunettes, adieu Fillettes ne devait pas être triste non plus ! Les Filles des Champs ainsi que Gitanita figurent également en bonne place, ainsi Qu’il est un Dieu pour les amants, tout un programme, quant à la Petite Pièce d’Or et le Louis d’Or (légende) et autres titres aguichants pour l’amateur de mystères ils invitent à la réflexion tout comme cette chanson intitulée curieusement, Intrusion d’un Omnibus ! Quant à ce Chat mélodieux, qualifié de sérénade amusante, il fait partie avec le Chat Botté et autres raminagrobis mentionnés  des curiosités, autant que L’art de plaire à la femme et ces Plaisirs du mariage…

A propos de ce véritable répertoire comportant plus de 800 titres (!) dument classés par ordre alphabétique et s’achevant en 1901 par le Zouave pontifical, il est peu crédible que l’abbé possédait toutes les partitions mais par contre, que cette énumération prouve qu’il se tenait informé de toute l’actualité de l’édition de celles-ci en sachant précisément où les commander… Qualifié de Musique profane, ce riche inventaire comportant des chants qu’on nommerait aujourd’hui hardis, voire grivois, ne saurait en aucun cas refléter en aucun cas des penchants de l’abbé pour le genre mais prouve sa curiosité ainsi que l’éclectisme de ses goûts musicaux ; évidemment à la lecture attentive de ses carnets l’on trouvera d’autres occasions de pointer des correspondances étranges et insolites de ce genre, dont une que nous avions précédemment évoquée dans un article précédent concernant une correspondance avec son ami Jacques Sabatier[1]. La célèbre Revue académique y étant évoquée… Le hasard s’il en est, fait que son correspondant entretenait également des rapports étroits avec la muse et commit quelques chansons, avec un réel talent telle cette marche intitulée Le Païchérou et son lac. Cette retenue d’eau était en fait une joyeuse guinguette animée entre-autres par l’Harmonie de la Micheline, la célèbre liqueur de son père Michel…

Lorsque le Barde ailé, commence ses roulades

L’on aime à écouter, ses trilles, ses cascades

Dans une haie fleurie, charmant endroit béni

C’est là, qu’il a construit, son gentil petit nid[2]

 Mais peut-on résumer les anecdotes citées précédemment en un trait de caractère consistant à classer ce curé comme un épicurien aux penchants Rabelaisiens ? C’est faire preuve de méconnaissance de la personnalité riche et complexe de ce curé. Prêtre de son état, mais homme avant tout, parfaitement de son temps, d’une curiosité insatiable, éclectique dans ses goûts, opportuniste à l’occasion, d’une grande capacité entrepreneuriale et usant intelligemment des moyens de communication de son époque ; au-delà de sa réputation de curé bâtisseur, il laisse le souvenir d’un homme attachant qui a su habilement réaliser ses rêves… Mais qu’en aurait pensé le Curé de Pomponne ? Eh bien, que certainement comme l’affirmait le grand philosophe évoqué, que La sensation est à l’origine de la connaissance…

 Quant à notre abbé, il aurait peut-être conclu en entonnant que « Les méchants n’ont pas de chansons ! »

 

A suivre…