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Rennes-le-Château

Cauneille François abbé Rennes-les-Bains

Écrit par Administrateur. Posted in Rennes-le-Château

 

Cauneille François cy-devant abbé de Rennes-les-Bains

 Un exemple de vente des biens nationaux en Haut Razès

 Nous sommes dans le Haut Razès, département de l’Aude, en pleine Révolution Française. 1792 : une nouvelle vague d’émigrés va à son tour fuir les événements et parmi ceux-là, nombre d’ecclésiastiques refusant la constitution civile du clergé imposée par les autorités. Les biens de l’Eglise de France sont nationalisés et les membres du clergé seront désormais rémunérés par l’état… Ils vont devoir prêter un serment de fidélité à la nation et aux lois.

Mais le pape ne l’entend pas ainsi et ordonne aux prêtres de refuser et à ceux qui se sont déjà exécutés de se rétracter. Tous ceux qui vont suivre les saintes recommandations vont subir des représailles sévères. Nombres d’entre-eux seront ainsi arrêtés voire déportés. Devant ce péril, beaucoup vont choisir le chemin de l’exil, en l’occurrence ici l’Espagne où la ville de Sabadell va accueillir  ainsi plusieurs d’entre-eux abandonnant derrière eux leurs possessions. Munis qui d’un maigre bagage qui d’autres sauvant quelques préciosités ils vont franchir la frontière dans l’espoir de revenir dès la tourmente passée… A la cure de Rennes les Bains, François Cauneille[1] curé en titre se voit refuser le serment prêté au motif que celui-ci, sur le modèle de François Bonald évêque de Clermont, ne sied pas à la nouvelle municipalité.  Sitôt la loi du 26 aout 1792 promulguée, un passeport est immédiatement demandé par l’abbé qui à son tour s’exile rejoignant ainsi l’évêque d’Alet Mgr La Cropte de Chantérac.

  Mais ce prêtre bravera les interdictions et reviendra quelques années plus tard, le 27 août 1797 pour célébrer la messe au grand jour ce qui entrainera la dénonciation du sieur Azaïs d’Arques  mettant à ses trousses les sans culottes locaux. ( Lire lien bas de page) Aidé par sa famille il se refugiera aux alentours des Bains  puis dès la tourmente passée finira par revenir près de ses ouailles en 1800 après avoir prêté un nouveau serment obtenant ainsi un certificat d’amnistie. Succédant à l’abbé Palauqui, le père Cauneille  nommé à la cure des Bains le 27 juin 1780 officiera jusqu’en 1803 où atteint par une grave maladie il se verra contraint d’abandonner son ministère.

 Au moment de leur fuite tous les insermentés furent contraints d’abandonner derrière eux leurs propriétés ; ce prêtre n’échappa pas à la règle et c’est ainsi qu’après un inventaire en bonne et due forme de ses biens leur dispersion fut réalisée lors de la vente. Un document retrouvé aux archives départementales relate l’opération menée suivant les règles en vigueur : il nous éclaire sur les réelles possessions de l’abbé ainsi que sur l’adjudication. Bien que la lecture soit malaisée en raison d’une écriture imprécise et datée en sus d’une orthographe approximative, en voici l’essentiel :

 Biens situés aux bains provenant de l’émigré Cauneille cd (ci-devant) curé

 « Du sixième floréal de l’an deux de la république Française indivisible deux heure de la levée, nous administrateur du directoire du district de Limoux soussigné remis avec le sieur Bernu agent principal du dit district en présence du citoyen Brousse commissaire délégué par le département de l’Aude et de Audounet maire de la municipalité des Bains le dit Bernu a annoncé qu’il estoit être procédé à l’adjudication définitive des biens cy après désignés provenant de l’émigré Cauneille cid curé des Bains situés aux lieux indiqués à lejourd’hui au lieu et l’heure présenté par l’affiche du 22 germinal consistant en les lieux situés :

 1 / Dans la section lettre C n° 378 un champ au camp del clo( ?) de contenance du tout de trois quarterées[2] deux…….. qui confronte d’auta[3] Jean Cassignac ou Louliagre idem Jean Pierre Jaffus entre deux Cers, Jean Loup dit Cugurou et d’Aquillon[4] et le dit propriétaire Jaffus estimé au prix principal de nonante livres.90

 2 /autre section n°408 un champ et la grange de contenance d’une quarterée confrontant l’auta Jean Pierre Jaffus et le herm d’Henry Jaffus fossé entre les deux au cers[5] et aquillon attribué quarante livres.40

 3/ A la lecture lettre D .78 177 un champ au Cercle de contenance d’une quarterée confronte d’auta chemin au dit…… Antoine Cassignac Cers Jean Pierre Jaffus Aquillon D’auta rivière Estimé Trente livres.30

 Total de l’estimation cent soixante livres. 160.

 Sur lequel le dit procès-verbal d’enchère a été dressé le 29 germinal suivant l’affiche qui a été apposée dans les lieux prescrits par la loi suivant le certificat cy annexé.

 S’ensuit dans le document une explication de la procédure d’affichage de l’estimation provenant du district de Limoux et affichée dans le sus dit lieux ainsi qu’aux Bains, de la connaissance du cahier des charges générales et particulières de l’adjudication des biens nationaux des émigrés et il est décidé de fixer la mise aux enchères de départ pour la somme de 200 livres. Mais juste avant de démarrer les premiers feux, une intervention du maire des Bains le dénommé  Joseph Audounet fit « observer à l’administration que les biens dont il s’agit ne vient point d’une propriété de l’émigré Cauneille mais bien une propriété nationale attachée à la cure des Bains ou pour fait de……… a raison de quoi il demande que l’administration procède à l’adjudication des susdites trois pièces de terre dans la forme et aux conditions portées pour l’aliénation des…….. Nationaux et non comme propriété provenant de Cauneille émigré. Sur ce l’agent national a le consentement du Cre Brousse délégué du présent arrêté  que disant droit sur les observations du maire il sera de suite procédé à l’adjudication définitive des biens dont s’agit. Les parties tombent d’accord et il est annoncé céans aux prétendants enchérisseurs qui en accusent compréhension ; et les feux débutent avec une offre très basse du sieur Henry Jafus des bains qui tente 70 livres pour une parcelle, le dit Salva de la commune lui enchérissant pour 50 livres pour une autre, quant au ci devant Guittard de Limoux quant à lui, offrant pour la totalité 200 livres. Un certain Cassignac « du champ del col formant le premier article 300 livres » ce qui clot le 2 è feu.

 3éme feu : Pendant le quel le dit Jafus a offert pour la totalité 450 livres, et le dit Guittard 500 livres lui et Jaffus signent.

 S’ensuivent les feux suivants dans lesquels les enchères montent rapidement, il y en aura 11 au total. Au 5 é feu le dit Pages de Limoux intervient pour la totalité à 700 livres se faisant coiffer par le sieur Cassignac pour 750 livres. Mais Jaffus [6]ne l’entend pas ainsi et monte lors du 7 é feu à 1000 livres après une tentative à 850 livres du sus nommé Cassignac. Au 8 é feu celui-ci tente, avare, 1005 livres et il réitère au 9 é en offrant 1015 provoquant l’orgueil de Jaffus qui  derechef monte l’enchère à 1020 livres ce qui lui apporte l’attribution des biens, le ci devant Cassignac, on le devine se retirant devant une telle surenchère sous les regards de la foule présente commentant cet événement.

 «… dernier enchérisseur pour le prix de mille vingt livres prix de la dernière offre aux clauses, charges et conditions portées tout par le premier procès-verbal d’enchères que par le caiher des charges Générales à la relation que le dit Jaffus a déclaré bien connaitre et a signé avec nous, Brousse, Bernu, Audounet maire et secrétaire adj. »

 Ainsi le 10 é Floréal (le 29 avril 1794) an deux de la République Française furent adjugés les biens de l’émigré Cauneille. La réception des pièces fut faite à Limoux le 15 et le procès-verbal signé le 17 Floréal en présence de Dauxion agent national et de Brousse commissaire délégué par le département. Deux commentaires : nulle part il est fait mention du presbytère, peut-être a-t-il fait l’objet d’une autre vente, cela est peu probable; peut-être le maire faisant l’observation citée plus haut faisait allusion à celui-ci ? Deuxièmement, on voit bien que l’abbé possédait peu de biens fonciers et que les parcelles vendues avaient une bien maigre contenance… enfin que le sieur Jaffus déjà propriétaire de parcelles voisines voulait s’assurer qu’ainsi quel que soit le prix il valoriserait sa propriété  en l’agrandissant. Car si l’on compare d’autres bien fonciers acquis lors de cette période, force est de reconnaitre qu’à contenance égale ils l’avaient été à un coût bien moindre…

 

Fernand de Bazel

 

 

 

 

 



[1] Marsa 15 février 1754, décédé Rennes-les-Bains 1804.

[2] Séterée  = (1837,5 cannes carrées) soit 58,49 ares équivalant à 584.90 m²

Quarterée = 1/4 de séterée donc contenance d’environ 145 m²… Notons que c’était très variable : Elle valait 32,594 ares à Carcassonne, 58,49 ares à Fanjeaux, 17,687 à Argeliers….

[3] A L’est

[4] Du nord

[5] Au nord-ouest

[6] Ecrit tantôt avec un f, tantôt avec 2…

 Lire : https://boissa.fr/assets/docs/histoire/religion/pretres-refractaires.pdf