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Architecture et monuments

Une tour insolite à Trébons-sur-la-Grasse, Pays Lauragais

Écrit par Administrateur. Posted in Architecture et monuments

 

Une tour insolite à Trebons-sur-la-Grasse, Pays Lauragais

 

                                                    Ecrit par Michel Azens le 28 octobre 2018

 Le Lauragais et son riche patrimoine réserve au promeneur curieux bien des surprises. Quittant Villefranche de Lauragais, empruntant la D 79 pour se rendre à Revel, après quelques kilomètres, sur la droite, soudain le regard est attiré par un bien curieux monument. Celui-ci, perché sur un plateau dominant la route menant à Lux et St Vincent n’est rien d’autre qu’une tour ; mais quelle tour ! D’une hauteur imposante, elle domine fièrement le paysage verdoyant des belles collines entourant le pittoresque village de Trébons-sur-la Grasse[1]

où vous ne manquerez pas de visiter l’église paroissiale, avec son chœur du XIIIe siècle et dont l'une des cloches datant de 1596 est classée monument historique au titre "objet", depuis 1914. Le village possède également les vestiges de deux moulins banaux(2) qui datent des XVIe et XVIIIe siècles, ainsi que le château seigneurial datant des XIIIe et XVIIe. Pierre de Beaulac, Grand Prieur de Toulouse de 1555 à 1559, à "Très-Bons" est une personnalité qui marqua l’histoire des lieux. Souvenons-nous que le Grand Prieuré de Toulouse avait été créé par le Pape Jean XXII le 21 juillet 1317 et était une possession de l'Ordre de Jérusalem.[2]

  Cette tour-minaret, ainsi qu’elle est parfois nommée fut érigée sur la propriété du petit château d’En Rigaud datant du XVIIIe siècle entouré d’un vaste domaine agricole ou jadis se faisait la culture du Pastel. Il y a quelques années, au gré d’une balade, nos pas nous ont portés sur le lieu. Remontant l’allée ombragée nous sommes parvenus au pied de la tour située en face du château. Après les présentations, nous fumes reçus très aimablement par les propriétaires exploitant le domaine depuis plus de 60 années. Invités à gravir l’édifice, nous déclinâmes l’offre, préférant disserter avec nos hôtes qui nous donnèrent beaucoup d’informations sur les lieux mais qui reconnurent leur incapacité à nous donner la fonction et la date de construction de la tour.

 L’ouvrage défiant le temps apparait encore solidement ancré sur ses bases et ne recèle quasiment pas d’indices pouvant faire craindre des désordres futurs. D’une hauteur respectable De plus de 30 mètres sur près de 4 de diamètre à sa base elle fut bâtie avec soin en pierre de taille avec une régularité de montage qui force l’admiration. Elle comporte quelques étroites ouvertures de type meurtrières, ainsi qu’un escalier en pierre à colimaçon qui mène à son sommet ceinturé par un garde-fou en fer forgé. Diverses hypothèses ont été émises quant à sa destination : la construction étant bien antérieure à l’aéropostale, celle d’un phare de guidage est évidemment à écarter. Qu’elle ait servie au télégraphe est une hypothèse qu’il est prudent d’écarter, d’autant plus qu’au vu du cône disposé sur le sommet on voit mal comment aurait pu être installé le dispositif de Chappe dont le premier signal a été émis rappelons le en 1794.

 Sur une ancienne carte postale datant du début du XXe siècle, il est noté en guise de légende, Ancienne Tour à Signaux. Oui, mais quels signaux ? On sait avec certitude que celles-ci furent déjà utilisées par les Romains et que leur existence au Moyen Age est explicitement attestée par les textes ; quelques-unes subsistent ruinées pour la plupart et d’autres plus récentes encore debout, telles celles de Rochefort, ou encore de Massane dans les Pyrénées Orientales et bien d’autres. La communication se faisait par un feu que l’on entretenait dans la partie sommitale et l’alerte donnée servait à prévenir des invasions. Toujours positionnées sur des hauteurs stratégiques, le signal se voyait de loin et était relayé par d’autres tours. Mais dans les terres elles servaient aussi à signaler des feux voire des évènements météorologiques néfastes pour les récoltes tels par exemple les orages ou les risques de grêle.[3]

 On peut raisonnablement penser qu’elles pouvaient être utiles également pour surveiller les plantations et lutter contre les vols de récoltes. Cela semble être le cas pour cet édifice, d’autant plus qu’un examen du sommet ne laisse pas apparaitre la possibilité d’entretenir un feu et l’unique ouverture débouchant sur un belvédère apparait plutôt comme un lieu idéal pour scruter l’horizon et les alentours immédiats. Le point de vue panoramique est impressionnant (le regard porte jusqu’aux contreforts de la montagne noire et des Pyrénées) et devait permettre de voir très loin pour pouvoir signaler immédiatement un évènement. La construction de type fortin jouxtant l’édifice, les murs ceinturant l’ensemble ayant disparus, laissent penser que la première pouvait servir de logement pour les surveillants, voire pour des soldats. Peut-être que d’aventure, un érudit découvrant quelques archives enseignantes sur le lieu pourra enrichir de ses connaissances le sujet. Il sera le bienvenu en nous écrivant…

 L’instant le plus propice pour l’admirer est à notre sens à la tombée du jour, la belle dame changeant de teinte en reflétant la douce lumière de l’astre s’effaçant à l’horizon…

 Pour le plus grand plaisir des promeneurs déambulants sur les chemins de cette belle terre du Lauragais elle se dresse encore fièrement sur son éminence en surveillant le ciel bleu et gageons qu’elle fera longtemps encore partie du riche patrimoine du pays Toulousain.

 Et le jour lentement en silence rosissait,

 

Déchirant le ciel bleu de longs filaments blancs,

 

Où parfois en rupture du gris s’interposait,

 

Au coucher d’un soleil bas sur le firmament.

 

C. Clade

 



[1] https://www.trebons.net/pages/travaux/histotique/

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_de_Saint-Jean_de_J%C3%A9rusalem

[3] La présence d’un paratonnerre est à vérifier en ce lieu.