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Figures du passé

Constantin Cailhol, avocat et archéologue

Écrit par Administrateur. Posted in Figures du passé et personnalités

Mais le personnage dont nous désirons vous entretenir s’il n’a pas acquis la même notoriété en son temps figure désormais au rang des noms célèbres, tout au moins parmi les habitués de l’affaire de Rennes-le-Château. Ceux-ci connaissent tous le prêtre du village voisin, Henri Boudet, qui en son temps publia un ouvrage insolite et très décrié à l’époque : La Vraie Langue Celtique et le Cromlech de Rennes-les-Bains dont la renommée a dépassé depuis longtemps les montagnes de la petite station thermale. Au détour d’une page et parmi les nombreuses anecdotes contenues dans ce pittoresque ouvrage était cité une découverte faite jadis par un personnage réputé habiter Alet et exercer le métier d’avocat… Constantin Cailhol, donc avocat à Alet était cité en page 241[1] de ce livre pour avoir détenu « … un fragment de meule à bras, en fonte de fer, retiré du sol le 26 novembre 1884… » Ce qui faisait supposer à l’éminent abbé au vu de l’objet et de sa description qu’elle aurait très bien pu être issue d’une forge Gauloise à laquelle aurait succédée une forge Catalane et de conclure suivant son habitude, servant son développement, qu’elle devait moudre le blé d’une manière parfaite ; Soit…

Faute d’opportunités de renseignements sur ce mystérieux personnage, voire en l’absence de recherches, l’affaire en est restée là durant des décennies pendant lesquelles se sont épanchés en interprétations diverses les nombreux commentateurs, des plus raisonnables aux plus loufoques, allant même dans la plupart des cas ainsi que l’on peut encore le lire dans maintes publications modernes jusqu’à nier son existence, affirmant péremptoirement que ce nom avait été judicieusement placé là pour faire une allusion, une de plus, à un fait lui bien caché sous cette évocation… Le plus répandu étant le lien avec la signification de Cailhol dont un imaginaire débridé a forgé le raisonnement comme quoi le brave abbé n’avait pas d’autre dessin que de mettre l’accent sur Key et hole (clé et trou) il ne manquait plus que le blé qui sera habilement glissé dans ce système (hasardeux) phonétique pour établir définitivement qu’il ne vous manquera que la clé pour arriver à la cavité, au trou ou se trouve le blé ! il est vrai que nos modernes interprètes se réfèrent à une autre page, la 166, ou l’on trouve le mot Kairolo où l’auteur lui n’aurait presque pas été d’accord, key étant toujours une clé, ear, un épi de blé mais hole, devenant une petite maison des champs ; donc était là le grenier à blé des villages celtiques affirme Boudet. Le blé étant évidemment l’or fruit de la quête du fantastique dépôt évoqué d’après ces chercheurs par le génial curé… Je ne peux résister à vous livrer une autre interprétation, celle-ci redoutable : «… L'Abbé H. Boudet avait lui aussi tout compris lorsqu'il nous parle dans un bas de page de : "Constantin Cailhol."Ce qui se traduit en Ars Punica en : Constant, fils de Contantin se trouve dans le trou pour lequel il vous faut trouver la clef... » Bon, il est toujours bon de se détendre…

Mais revenons donc à des choses plus sérieuses et surtout à l’objet de notre recherche :

Plusieurs éléments prouvent bien son existence : sa difficile généalogie établit d’une manière formelle sa présence dans la ville rose à cette époque ; un temps propriétaire rue de la Fonderie, puis dans l’ancienne rue St-Lazarre, il aurait eu un fils, de son état propriétaire et résidant en la commune de Fenouillet. En outre, on trouve une mention de rachat de rente en 1903 auprès des établissements de la Caisse d’Epargne de la Haute Garonne.

 Cultivant avec passion la difficile discipline de l’archéologie balbutiante du temps, une courte recherche dans les bulletins des cénacles Toulousains de l’époque nous a permis de lire un des articles lui étant consacré : celui-ci est paru en 1877 dans

« Mémoires de l’Académie Royale des sciences, inscription et belles-lettres »

 


« …M. Cailhol, avocat à Toulouse (1), a profité d'un séjour de quatre mois à Rennes-les-Bains pour recueillir les fossiles de cette station bien connue des géologues, et que notre savant confrère M. Leymerie a étudiée avec tant de soin, en dressant la carte géologique de l'Aude.

La montagne des Cornes, ainsi désignée à cause des hippurites qui s'y rencontrent en grande masse, et la station voisine de Songraigne( .) sont les deux principaux gisements qui ont fourni à M. Cailhol des centaines d'échantillons, qui forment une collection à très-peu près complète de la faune de Rennes-les-Bains. Dans le nombre et particulièrement dans le groupe des acéphales figurent très-probablement, dit M. Leymerie, des types nouveaux. Les rudistes qui caractérisent, comme on sait, le bassin géologique de l'Aquitaine à l'époque de la formation du crétacée, y sont représentés par de très-beaux spécimens.

 M. Cailhol se propose d'augmenter encore cette année sa belle collection et de faire une étude suivie de la région qu'il a si heureusement explorée. L'Académie ne saurait trop l'encourager dans cette voie, et lui décerne, pour le récompenser de ce qu'il a déjà fait, une médaille d'argent de première classe… »

1/ Rapporteur M. Leymerie.

Voilà pour l’établissement de sa notoriété dans les milieux scientifiques Toulousains du temps. Evidemment, il y a d’autres éléments factuels qui ont fait l’objet d’autres recherches et ses descendants ont été approchés d’une manière raisonnable. Ses collections ont été en partie dispersées mais un fond faisant partie d’un ancien legs subsiste encore. Il sera passionnant si les circonstances s’y prêtent, ainsi que si l’avis des services et des personnes concernées le permettent, de le publier. Mais pour l’heure, retournons donc à Alet, la cité ou résidait à la belle saison ce personnage, joignant l’utile à l’agréable en arpentant en marcheur infatigable les cimes altières et les vallons mystérieux de cette région riche en vestiges de tous genres.

Une recherche fructueuse nous a permis d’identifier formellement l’emplacement précis de sa résidence secondaire. Pierre Constantin Cailhol sous ce nom exact payait bien son impôt foncier à Alet pour cette propriété. Cette bâtisse bourgeoise bien dans le style caractéristique de l’époque, acquise en 1882 et très bien entretenue, se trouve à proximité immédiate de l’ancien évêché. Pour des raisons de droit à l’image ainsi que pour la tranquillité des propriétaires, il ne sera pas possible pour l’instant d’en livrer l’adresse. Ce sera rendu possible avec l’aval des ayants-droits. Il est amusant de constater qu’il était voisin avec l’un des nombreux biens qu’avait acquis dans la cité « le cuisinier du Tsar ». Revendue en 1904, plusieurs mutations se sont succédées jusqu’à nos jours.

Et il est insolite de lire la signification probable de ce patronyme extrêmement répandu : pour certains, il s’agirait d’un lieu pierreux, mais dans le Glossaire de la langue Romane (etc.) contenant les diverses étymologies [2]il nous est expliqué que ce nom pittoresque évoque la pie ou tout autre oiseau arborant un plumage noir et blanc ; Alors, Constantin Cailhol, avocat et archéologue à ses heures tel le Beaucéant passe donc harmonieusement et définitivement des ténèbres à la lumière…


 


 


 


 


 




[1] Egalement cité en p. 128  à propos des grottes de Bize en tant qu’explorateur et pour détenir "une tête" du Sauveur prélevée au Cap de l'Homme...

[2] De Jean Baptiste Boniface de Roquefort