Arrow
Arrow

Figures du passé

Don Carlos Roi clandestin

Écrit par Administrateur. Posted in Figures du passé et personnalités

 

Don Carlos Roi clandestin

 

                                                                                                                                                                                   Ecrit par Fernand de Bazel   le 25 / 01 / 2018

 

 DON CARLOS… Une opérette à succès, un roman et quelques films, voici ce dont on se souvient aujourd’hui du soulèvement qui à deux reprises agita l’Espagne et l’Europe… Souvenons-nous de la genèse de cette affaire : Ferdinand VII, roi d’Espagne durant 3 mois en 1808, puis de 1814 à 1833 s’était marié quatre fois. Il n’avait eu comme descendance que quatre filles. Il décida de modifier les lois fondamentales du Royaume en déclarant que celles-ci étaient aptes à lui succéder. Mais son frère « Don Carlos V» offusqué, ne l’entendit pas de cette oreille et lorsque Isabelle II, fille de Ferdinand VII fut proclamée reine d’Espagne, il fomenta un complot qui se traduit rapidement par un soulèvement qui ensanglanta la péninsule ibérique.

 Bien des années plus tard, son petit fils « Don Carlos VII » reprenant le flambeau encore tiède se souleva à son tour et l’Europe se passionna une deuxième fois pour la cause Carliste… Nombreux furent les faits d’armes de cette lute ardente qui engendra d’admirables dévouements et des volumes entiers auraient pu être consacrés au côté romanesque de cette guerre qui vit le prétendant se réfugier à maintes reprises en France, traversant la frontière pour se voir traqué par la police attendant le moment favorable pour la franchir à nouveau afin de rejoindre les troupes regroupées dans les provinces restées fidèles… passages clandestins d’armes, de documents, d’hommes, correspondances secrètes, partisans enthousiastes des 2 côtés des Pyrénées, tout était présent dans cette guerre à la fois pittoresque et tragique, touchante et mouvementée.

 De fidèles appuis, le soutien indéfectible des partisans du Comte de Chambord, autre représentant de la légitimité ont joué un rôle très important pour la cause Carliste ; en lui procurant de l’argent, lui trouvant des cachettes, en gros une logistique indispensable pour lui permettre de continuer la guerre en Espagne. On peut citer entre-autres le rôle de Joseph du Bourg à Toulouse qui fut  le secrétaire du Comte de Chambord pour les départements du Sud-Ouest et qui en sus de son intense activité pour la cause légitimiste – ne s’occupait-il pas également du Cercle Catholique Ouvrier Toulousain-  prit naturellement fait et cause pour la cause Carliste. Il est notable d’ailleurs qu’après la mort du Comte de Chambord, il fut parmi ceux refusant le ralliement aux d’Orléans et se tourna délibérément vers les Bourbons d’Espagne, fidèle à ses engagements et contentant ainsi le milieu légitimiste régional…[1]

 Don Carlos fut activement recherché par la police en 1871 et 1872 mais réussit à séjourner à maintes reprises dans ces départements, dont les Landes comme nous allons l’évoquer. C’est grâce à un document inédit très précieux écrit par un témoin durant quelques mois que l’on peut mieux cerner la personnalité et dresser un portrait fidèle de Don Carlos et de la reine Marguerite  dans une ambiance fidèlement décrite ; Mlle Camiade,  la fille de leur hôtesse rédigea un journal durant leur séjour à Estibeaux (Landes) ainsi qu’à Dax rue du Mirhail durant leur séjour. C’est en janvier 1871 qu’accompagné du comte d’Alménara et de Mr Poveda que Don Carlos alors âgé de 22 ans parvient à Estibeaux. « Il est très grand, bien fait, sa belle figure rendue  très expressive par deux beaux yeux noirs très pénétrants qui se fixent quelque fois sur vous comme s’ils voulaient pénétrer jusqu’au fond de votre âme ; une belle chevelure noire, une barbe noire donnent une expression énergique à sa physionomie. Ce que l’on regrette, ce sont ses dents, abîmées peut-être par l’abus du cigare » Le plaisir et l’amusement avaient leur part malgré les émotions fréquentes dans les séjours qu’il fit là comme ailleurs ultérieurement. C’est sous le nom de « Monsieur Léon » qu’il séjourna à Estibeaux. En toute discrétion, ou presque… Un jour il perdit son alliance sur laquelle étaient gravés les noms des époux avec leur date de mariage ! La maisonnée fut réquisitionnée pour retrouver la royale bague  et après une vive inquiétude, celle-ci réapparut … Lorsque des visiteurs se présentaient chez Me Camiade, Don Carlos se précipitait dans sa chambre et dès l’alerte passée il allait se promener avec ses hôtes ; le froid ayant gelé une fontaine, un petit étang s’était formé, alors en précurseur « de la glisse », notre prétendant eut l’idée de patiner, ce qui se solda par des craquements épouvantables augurant une fin de règne prématurée, ce qui provoqua le plus grand effroi chez ces dames… Le dégel arriva enfin mais ce fut une pluie ininterrompue qui s’ensuivit, confinant le prince et sa suite dans les appartements où ils s’occupaient à jouer aux cartes, sans jouer très sérieusement est-il rapporté. Vers la fin de son séjour, don Carlos demanda une table ronde afin de tenter de la faire tourner ; on accéda à son royal désir, mais celle-ci, rétive, se refusa à tourner. On demande alors à Mr Vives réputé très saint de se retirer, la table ne tournant pas par sa faute. Trois seulement restent pour se concentrer à nouveau, Marie la sœur de la narratrice, Mlle Camiade, donc et le Prince. Enfin, un frémissement, puis la table s’ébranle, elle tourne ! Le Prince en veut plus, il demande à la table de répondre à ses royales questions, ce qu’elle s’empresse de faire, et les réponses se succèdent jusqu’au moment ou Mr Vives interpelle le prince qui n’en a cure et continue avec un malin plaisir en allant jusqu’à demander s’il montera un jour sur le trône et la réponse est sans appel, négative ! Le pauvre Vives, indigné ou convaincu de la présence d’un démon, se lève outré et envoie de colère la table se briser contre le piano en criant, excité « Eso es faltar » Ceci est défendu… Plus tard il revient vers les convives et se confond en excuses, finissant par rire avec les invités de cette sortie.

 A Dax, le prince s’aventura parfois, grâce à une porte communiquant avec un autre appartement, à l’extérieur pour se rendre un soir sous un déguisement à une réunion républicaine où l’orateur prononça un discours antimonarchiste… Don Carlos avait un véritable réseau et recevait beaucoup de visiteurs ; à la censure d’Irun, un employé secrètement gagné à sa cause envoyait au prince à Dax une copie de toutes les pièces censurées qu’il envoyait à Madrid ! Il reçut naturellement l’appui du savant et explorateur Antoine d’Abbadie[2]. En février l’on vit arriver sa femme, « La Reine » : « Elle est blonde, d’une taille moyenne, elle a le teint blanc, les yeux bleus ; du bas du visage, elle ressemble beaucoup au portrait de sa mère, la duchesse de Parme. Elle n’est pas jolie, mais si bonne, si simple, si gracieuse, que l’on oublie vite sa figure. Du reste, quand elle cause, sa physionomie devient si intelligente, si expressive qu’elle est charmante »[3] La comédie de l’incognito continuait et à par les initiés, nul ne se doutait en présence de Don Carlos de sa qualité, au point de tenir des propos élogieux républicains en sa présence ! En mars 1871 le prince repartit vers son destin suivi peu après par son épouse, Dona Margarita.

 En 1883 Me Camiade revit la princesse sept ans après la défaite de Don Carlos ; se tournant vers le fils de Me Camiade, elle lui dit : « Mon pauvre Pierre, on t’a dit que tu venais voir une princesse ; tu croyais lui voir une belle couronne sur la tête, elle en a une, oui, mais c’est une couronne d’épines » le 19 juillet 1909, le journal s’achève par l’annonce de la mort de Don Carlos et on peut lire sur la dernière page ce touchant adieu : «  Que d’années écoulées depuis les dernières lignes tracées… Don Carlos n’a jamais reconquis le trône de ses pères. Son fils je crois ne sera pas plus heureux, presque tous ceux dont j’ai parlé ici ont disparu, fauchés par la mort…

 La reine Marguerite était morte dès 1893 ; Don Carlos s’était remarié un an après avec une princesse de Rohan, Marie Berthe, âgée de 24 ans, elle devait survivre 40 ans à son mari. Aujourd’hui, il n’y a plus de prétendants Carlistes : avec un fils et trois filles, Don Carlos aurait pu espérer la relève, las, son fils étant mort sans postérité, il ne restait plus qu’un frère cadet, don Alphonse qui mourut à Vienne sans postérité lui aussi, quelques semaines après le début de la guerre civile Espagnole, le 30 septembre 1936.

 Mais le Carlisme n’est pas mort, symbolisant encore aujourd’hui en Navarre Espagnole le traditionalisme farouche de ces soldats- les Requètes- qui combattirent dans les rangs de l’armée nationale comme le firent leurs aïeux pour Dieu, la Patrie et le Roi.

 3 /  La Reine Dona Margarita de Bourbon Parme, première femme de Don Carlos vécut de 1867 à 1893 ; fille de Charles III Duc de Parme et de Marie Thérèse d’Artois, sœur du comte de Chambord. C’était donc la nièce de la Duchesse d’Angoulême et la petite nièce de Louis XVI et de Marie Antoinette.

 

Ce récit a été adapté d’après le livre de J. Descheemaeker l’Histoire  à huis-clos 1955.

 



[1]  Voyage au Centre de l’Affaire Ed Pégase Michel Azens 2014

[2]  Voyage au Centre de l’Affaire, Michel Azens  Ed Pégase 2014