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Rennes-le-Château

Esperaza, Aude : Les millions de l'Impératrice Eugénie

Écrit par Michel Azens. Posted in Rennes-le-Château

La lecture des bulletins de la S.E.S.A (Société d’Etude Scientifique de l’Aude) est souvent une source d’enseignements et de découvertes pour les passionnés de cette belle région. Ainsi que l’on soit simplement simple curieux, amateur éclairé ou chercheur opiniâtre, c’est au gré des pages des précieux bulletins que le lecteur assidu peut avec bonheur trouver des anecdotes, voire des histoires du plus haut intérêt. Aujourd’hui, c’est par une de ces journées caniculaires ou la raison conseille de rester bien au frais que confortablement installé je me suis saisi de l’un d’entre-eux de ma belle collection pour y relever un fait insolite qui concerne la ville d’Espéraza dans le département de l’Aude.

Nous sommes en 1941, cinquantième année de parution, il s’agit donc du tome XLV pour être précis. Dans les procès-verbaux des séances, Mr Barthes, président sortant prononce son allocution et loue l’excellente tenue des fêtes du cinquantenaire de la Société, célébrées le 21 et 22 mai 1939. Il se félicite de la présence du Préfet de l’Aude, du recteur de Montpellier, de son doyen Mr Fliche et d’un dénommé Mr Thomas. Les savants de Toulouse sont présents en la personne du doyen honoraire Sabatier et Mr le comte Begouen. Célébrées avec faste et naturellement prolongées par des agapes, celles-ci ont continuées  le lendemain par une excursion dans la Haute Vallée de l’Aude, dans des usines et se terminant par la visite du Donjon d’Arques, du Château des Joyeuse et des ruines de la cathédrale d’Alet ; le président passe en revue les différentes découvertes des membres, cite Mr Jeanjean exhumant des lettres de Louys, l’auteur d’Aphrodite, Mr Certain, numismate émérite qui a présenté tout au long de l’année des pièces romaines et des objets romains de sa collection ; Rappelons qu’en sus de son vif intérêt pour cette discipline, ce chercheur pratiquait également l’archéologie et était également le Bibliothécaire de la Société, charge qu’il devait abandonner la même année. En 1940, année funeste annonçant le grand cataclysme, sortait des presses de la Société l’Histoire du Clergé Audois du Chanoine Sabarthès, en même temps que le bulletin, ainsi que le récit du cinquantenaire.
Dans une communication, Mr Esparseil redonne lecture de son ouvrage : « l’Age de Bronze et la légende de l’Atlantide », dans lequel il expose ses recherches avec des interrogations légitimes en particulier sur la présence de « callaïs » dans nos régions… (Substance formée par l’action de phosphates organiques des excréments des oiseaux sur les silicates alumineux des roches) Pendant la séance du 18 octobre 1942 est évoquée par Ch. Boyer, la Monographie sur Rennes les Bains du Dr Courrent, et évoque les félicitations reçues par l’auteur pour la qualité de son ouvrage en particulier celles de Albert Daniel, hygiéniste et lauréat de l’Institut qui s’est chargé de présenter le livre au Maréchal Pétain et au Ministre Grasset entre-autres personnalités…
Dans la séance du 16 mars, était relatée les découvertes réalisées dans la grotte sépulcrale du Cingla à l’Est de Greffeil par Mr Antoine Fages, sous la haute direction de l’abbé Ancé, dans laquelle a été mis à jour une multitude de vestiges, haches, dont une en cuivre( !) flèches, lames, défenses, perles en callaïs, (dite aussi Turquoise des anciens) stéatite etc., tous objets offerts par le prêtre et dispersés…
Mais il faut attendre la séance du 15 novembre pour apprendre la découverte à Espéraza d’un mobilier Empire et d’une lettre s’y trouvant. Une dénommée Madame Cartier affirme au Dr Courrent qu’elle a héritée d’un mobilier second Empire comprenant 1 secrétaire, 1 lit, 1 guéridon, 1 table de nuit, 1 commode ainsi qu’un vase. Il est dit que dame Cartier avait hérité de ce mobilier de sa mère qui le tenait d’un oncle Mr Cabanes, habitant Limoux en 1892-1994… L’oncle avait un frère hôtelier à Madrid, il aurait fait un séjour dans la capitale pour exécuter un escalier pour son frère, soit. Mais continuons : dans le secrétaire Madame Cartier affirme avoir trouvé en 1932, soit 36 à 38 ans après, héritant du mobilier, rien de moins qu’une lettre de l’Impératrice Eugénie à sa mère, résidente à Madrid comme chacun sait.  Il s’agissait d’un bordereau inventaire sur timbre du contenu de la cassette confiée aux soins de Mr Juan Fernandez de Moncada, par ordre de S.M, l’impératrice des Français pour être transportée à Madrid et remise à sa mère la comtesse de Montijo. Le tout évalué à 8 millions (!!) et datée du 4 septembre 1870 du palais des Tuileries par le Grand Chambellan, Vaillant. Lisons le courrier :


Querida Mama
La desgracia nos persigue y maltrata esta Noble Nacion : un nuevo y terrible desastre nos destrona obligandonos à émigrar.
Vos envio uno de mis mas fideles empleados, nuestro compatrioto el Capitan D. Juan Fernandez de Moncada el cualvos entregara una cajita que contiene en ora, billetes y altrajas, la suma de ochto millones de francos, segun el adjunto inventario.
Rogad à Dios por la Francia y por nuestra desgraciada familia.
Vuestra hija que vos adora,
EUGENIA


S’ensuit le détail du contenu de la cassette reproduit plus bas où le Dr Courrent ajoute qu’il a pu obtenir l’autorisation de reproduire par photographie les documents et relève que ce ne sont point des autographes, mettant en doute l’authenticité des signatures que nous ne pouvons malheureusement comparer à notre tour. Quoiqu’il en soit, une telle évasion fiscale au lendemain du désastre de Sedan, 8 millions tout de même, une véritable manne si ce trésor n’était pas parvenu à sa destination… Un menuisier allant exécuter un escalier à 900 kms de ses pénates, on peut légitimement se poser des questions, un mobilier d’Empire dont au moins un secrétaire ayant appartenu à l’Impératrice se retrouvant à Espéraza, bourgade se trouvant pile sur la route d’Espagne et surtout une lettre insolite ressurgissant lors de l’héritage… doit-on considérer que celle-ci aurait pu être une de ces lettres de Jérusalem tant prisées jadis, ou sommes-nous en présence d’un authentique courrier, les éléments sont troublants, aussi à ce jour faute de posséder les originaux, ceci demeure pour le moins intrigant…



Si on détaille ce riche inventaire, l’on remarquera que ce véritable trésor provient des « Hommages » des têtes couronnées les plus prestigieuses, impériales cela va sans dire… Deuxième remarque, à part l’hommage du Grand Duc Constantin de Russie, l’essentiel de ces bijoux de grande valeur est constitué de diamants ; enfin, pour faire bonne mesure un sachet d’or et quelques liasses de numéraires frais faisaient partie du transfert impérial. Il est vrai que cela ne représentait qu’une infime partie de l’essentiel des bijoux qu’aurait détenu Eugénie, (elle les affectionnait tant) l’on parle de la somme colossale de  plus de 3 millions…



Reconnaissons que cette trouvaille a de quoi s’interroger et puis, n’est-on pas proche de Rennes-le-Château et de ses mystères ?
Il faut souligner qu’au lendemain de la défaite mémorable de Napoléon III, le plus grand désordre régnait et l’on commençait à s’organiser pour sauver ce qui restait à sauver pour l’exil qui devait être durable : Fréderic Lolliée dans « La Vie d’une Impératrice, Eugénie de Montijo » l’a fort bien décrit : « si pendant la nuit du 3 septembre, des mains diligentes n'avaient eu le soin d'arracher au naufrage, pour la confier à de sûrs émissaires, la cassette aux bijoux, superbes écrins de perles et de diamants… »
Toujours est-il que le Président au nom de la société, remerciait Mr le Dr Courrent et se félicitait de ce que la société et son bulletin aient la primeur de cette intéressante trouvaille ;
A notre tour de le remercier.

Nota : il fut trouvé en juillet 2007 à Luz- St-Sauveur un trésor numismatique d’une valeur de plus de 100000 € sous le plancher de la maison Poque ; c’est là que Napoléon III tenait ses réunions, dont peut-être l’un de ses derniers conseils de ministres. Cette découverte a été faite lors des travaux pour aménager l’actuelle mairie. En outre, P. Jarnac signale que Daniel Réju dans son livre "A la recherche des trésors disparus" (1973), évoquait, p. 197, la possibilité que des bijoux de l'impératrice Eugénie soient cachés au Boulou (dans les Pyrénées-Orientales).