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Rennes-le-Château

Henri Boudet : Des origines des Langues

Écrit par Fernand de Bazel. Posted in Rennes-le-Château

Il a été commémoré dernièrement le centenaire de la mort de l’abbé Boudet. Parmi les auteurs antérieurs au prêtre de la station Thermale de Rennes-les-Bains s’étant frottés au dur labeur de l’étude de la linguistique, il était impossible de ne pas citer deux parmi les plus célèbres, aussi réparons cet oubli ; il est vrai que ceux-ci l’ont fait d’une manière se voulant très pertinente avec une conviction intellectuelle et des arguments bien moins originaux que le curé du Razes. Mais l’on retrouve quand même des similitudes, si ce n’est que le contenu est bien moins poétique et insolite que notre auteur Audois.

Il est à signaler que le Baron Trouvé dans son chapitre V concernant le langage des population de l’Aude dans sa Description du dit Département, Mœurs et Usages, publié en 1818, nous gratifia d’une remarque appuyée par un long développement que non seulement n’aurai pas renié Henri Boudet dans sa désormais célèbre « Vraie Langue Celtique » mais dont on est en droit de se poser légitiment la question s’il ne s’en ait pas inspiré, parmi d’autres ; comme le Baron ne cite pas ses sources on doit se demander d’où il a puisé ces renseignements insolites…
Mais jugez-donc : après nous avoir expliqué que l’on parlait le Français dans toute les villes du département, il admettait que l’on parlait un idiome connu sous le nom de Languedocien, et que les prêtres même l’utilisaient pour leurs prônes… il nous affirmait savoir que des auteurs ne pouvaient pas admettre reconnaitre que le nom de patois ne pouvait pas convenir pour une langue utilisée depuis 1500 ans possédant autant d’énergie et de grâce, plus ancienne enfin qu’aucune de nos langues modernes. Le languedocien aurait pu presque ravir au Français le rôle de langue dominante… conclue-t-il.
Mais écoutons-le : « D’après les monuments historiques, il parait que la première langue qui ait été parlée originairement dans ces contrées, a été la langue celtique, dont on se servait dans toute les Gaules. Ce qui le prouve, c’est la quantité de mots languedociens qui ne viennent point du latin, et qu’on retrouve dans la Basse-Bretagne, ou dans le Pays de Galles en Angleterre. Les Tectosages qui allèrent s’établir en Asie, parlaient encore, au Vè siècle, cette langue celtique ou Gauloise. » Il admet ensuite que les Romains bien que restés seulement 500 ans dans le pays ont laissé beaucoup de termes ayant une analogie avec le latin, et que le Germanique quant à lui a laissé peu de traces, enfin que la langue romane naquit de la dégénérescence du latin lors des échanges. S’ensuivait une digression assez longue tendant à vanter cette langue, genre d’idiome passé par un patois qui a fini par en est devenir une…
Le baron Trouvé avait donc eu accès à des documents tendant à croire que le languedocien d’alors existait depuis 1500 ans. Il nous parle de monuments historiques, lesquels ? Veut-il parler de l’étymologie des lieux s’y rapportant, mais ou donc ? Quant à son appréciation au sujet des racines présumées des mots, il est formel, mais Boudet aussi ! Celui-ci nous parlant également de monument celtique et tenant un langage similaire…
Ici aussi donc quelque 69 ans avant la parution de la « Vraie Langue Celtique » d’Henri Boudet on affirmait cette thèse, rien de nouveau sous le soleil pourrait-on penser…
Mais un tout autre auteur s’était essayé avec un succès aussi mitigé en tout cas aussi critiqué en son temps ; on est surpris d’apprendre que le célèbre écrivain polémiste dont on a parlé déjà à deux reprises dans nos colonnes, j’ai nommé Adolphe Granier de Cassagnac, cultivait aussi son jardin secret dans l’étude de la langue Française. En effet, il commit en son temps un  volumineux ouvrage qui lui attira des critiques moqueuses remettant en cause son approche de cette discipline. Il lui était reproché entre autres son manque de traitement scientifique…
« Combien y -a-t-il encore aujourd’hui encore au fond de nos départements, d’esprits fins et cultivés, qui, au lieu de borner leur ambition à recueillir avec méthode, mais sans prétention, les débris chaque jour plus rares du patois de leur pays, s’efforcent de prouver à grand renfort de textes recueillis  de toutes parts sans critique et sans règle que le dialecte de leurs montagne est la langue dont se servait Adam et Eve dans le paradis terrestre… »


Léopold Pannier à travers sa savante étude, n’épargnait pas Granier de Cassagnac, s’étonnant que malgré sa vaste érudition et son accès aisé aux sources modernes de cette discipline, il soit « tombé dans le piège « des mauvaises raisons patriotiques qui, depuis le XVIII è siècle ont fait le succès des Celtomanes » On se doit de signaler que le critique, de sa plume alerte, chargeait tout autant l’auteur oublié du « Mémoire sur l’origine scytho-cimmérienne de la langue Romane » Mr le Duc du Roussillon (1863) ainsi que celui des « Origines du Patois de la Tarentaise, ancienne Kentronie » d’un confrère d’Henri Boudet, l’abbé  Germain Pont en 1872… et même si à la lecture de ce dernier nous sommes dans un ton parfois voisin de la VLC, celui-ci n’alla pas jusqu’à faire « tirer des barques par des taureaux (ollé) et encore moins faire « voltiger » ces braves Volkes Tectosage, peuple dont les plus instruits en savent aussi peu que les fameux atlantes si bien décrits par certains esprits inspirés…
Mais il est vrai comme il est affirmé dans les « Origines du Patois… » Quand la haie est basse, tout le monde y passe !
Nous n’aurions pas plus été surpris si Léopold Pannier était tombé d’aventure sur l’ouvrage de l’abbé Boudet ; l’on se plait à imaginer ce qu’aurait pu être sa réaction et ses commentaires ! L’on voit bien à travers ces peu d’exemples cités que le champ était cultivé depuis fort longtemps, mais que la herse parvenant à sa profondeur ne pouvait guère plus à en agrandir le sillon ! Une fois la dernière page de la Vraie Langue Celtique refermée, au moins peut-on lever les yeux sur l’horizon et partir en quête du Cromleck…

Ecrit par Fernand de Bazel le 26 mai 2015

Ouvrages utiles :
Voyage au Centre de l’affaire, Michel Azens Ed Pegase 2014.
L’Œil sur la Montagne, Editions Pégase, Azens / Jarnac 2010.
L’Alphabet solaire, introduction à la langue universelle de J.L Chaumeil et J. Rivière Ed du Borrego 1985.