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Figures du passé

Robert Caze

Écrit par Super User. Posted in Figures du passé et personnalités

Mons Pays Lauragais, ici repose Robert Caze écrivain.

Nos belles campagnes du Lauragais sont parsemées de petits villages au charme indéniable dont la visite d’un pas nonchalant réserve au promeneur curieux des surprises inattendues. C’est ainsi qu’un beau mois de juin, flânant autours de la petite église de Mons, je fus informé par une personne qu’au cimetière du village reposait un « écrivain »… Il n’en fallait pas moins pour que ma curiosité soit attirée et que je fasse une recherche afin de savoir de qui il s’agissait… Sa vie avait toutes les apparences d’un roman et au vu de son talent et de son engagement sa carrière était promise à un bel avenir si la mort ne l’avait fauché à 33 ans lors d’un duel dans une forêt entre Meudon et Clamart, dans des circonstances qui eussent pu paraitre cocasses si l’issue n’avait pas été dramatique…

Un écrivain de grand talent…

Ami des frères Goncourt, de Verlaine et de Huysmans, cet écrivain, poète et journaliste prolixe et talentueux, aurait pu figurer parmi les meilleurs écrivains de sa génération. Il se disait alors qu’il aurait pu être l’égal de Maupassant… Proche des Impressionnistes (Signac, Lucie et Camille Pissarro, Guillemin, pour ne citer qu’eux) il recevait également les écrivains les plus en vue de l’époque (Lucien Descaves, Jean Ajalbert, Paul Adam, Paul Alexis, Henri de Régnier, Jean Moréas, Huysmans) entre ses visites fréquentes au « Grenier d’Auteuil ».
Robert Caze bien que de parents Toulousains, est né à Paris le 3 janvier 1853 ; d’un caractère houleux, il avait tôt rompu avec les membres de sa famille à l’exception de sa mère. (Rossel le décrivait comme un pédagogue nul avec d’étranges inégalités d’humeur, tantôt camarade, tantôt despote…) Opposant notoire du régime du second Empire, il collabora fréquemment à divers journaux tôt dans sa courte carrière. D’ailleurs il fonda avec Jean Richepin un journal nommé «  La Jeunesse » où il publia « L’homunculus », une poésie curieuse qui le fit connaitre du grand public. Son esprit rebelle le fit participer à la commune au côté de Pashcal Grousset qui le nomma aux affaires étrangères. On doit porter à son crédit dans la fureur destructrice de cette époque, la sauvegarde de la collection des archives diplomatiques. Puis vint le temps de l’exil, et en 1873, il s’installe à Délémont où il collabore dans le Progrès, organe libéral du Jura, puis au Démocrate, épousant au passage la fille de l’imprimeur Joseph Bochéat.  Jusqu’en 1880, il enseigne la littérature Française ainsi que l’Histoire à l’école cantonale de Porrentruy. La fièvre du journalisme ne le quitte pas, puisqu’il collabore successivement à la Tribune du Peuple, à l’Emulation Jurassienne, au Confédéré de Fribourg, ainsi qu’à l’Almanach miniature. Durant 9 mois il sera également président de la Société Jurassienne d’émulation entre 1878 et 1879.
Enfin il peut rentrer en France lors de l’amnistie du 11 juillet 1880, et c’est le Cri du peuple qui l’accueille lui ouvrant ses colonnes. Naturellement, il collabore avec d’autres revues et journaux tels l’Intransigeant, l’Opinion, le Réveil et autres Voltaire. C’est à cette date qu’il écrit plusieurs études sur les mœurs tel le Martyre d’Annil (1884) roman naturaliste avec en trame de fonds le vieux Toulouse, qui attira de nombreux lecteurs, et Femmes à soldats. Il est à noter qu’il dédia à Edmond de Goncourt Grand-mère paru en 1886, cinq jour avant sa mort.

Le temps des duels…
Son premier duel connu intervient à Diegem en Belgique, contre l’écrivain Paul Bonnetain qui présente deux témoins : Jules Guérin et le journaliste radical et franc-maçon Edmond Le pelletier. Ses propres témoins, Bois-Glavy et R. D’Abzac assistent à son humiliation, son adversaire « retenant son bras » où rapidement il est contraint de se retirer blessé à la poitrine… mais son caractère susceptible et coléreux devait l’emporter dans une aventure dont il ne pouvait hélas prévoir l’issue funeste. Son adversaire Charles Vignier avait publié un article sur lui, faisant suite à une dispute avec Félicien Champsaur. Lors d’une altercation au Café Américain, il affirma que Robert Caze « s’était fait rosser ». En fait, Champsaur s’était dégagé à coup de canne de la charge de celui-ci venu lui demander des comptes au sujet d’un article paru peu de temps auparavant : à travers quelques lignes aimables, rien ne lui était épargné, pas même la critique d’un voyage à Lourdes, soi-disant effectué en compagnie d’une maitresse !
C’en était trop… mais Robert Caze préféra au duel, la plainte aux tribunaux ; par contre pour l’article de Vignier l’honneur se devait d’être lavé, aussi les témoins furent envoyés séance tenante, et ce fut Paul Adam et un capitaine de gardes républicain de ses amis, peintre également à ses heures, qui se présentèrent chez Charles Vignier le 13 février 1886 ; le duel eut lieu deux jours après, le 15 à dix heures du matin. Piètre escrimeur, Robert Caze s’embrocha littéralement sur l’épée de son adversaire, et fut grièvement blessé au foie ; il devait agoniser pendant 6 semaines dans son très modeste appartement de la rue Condorcet, pour décéder le 28 mars 1886. La cérémonie religieuse eut lieu en l’église St-Vincent de Paul, à Paris en présence d’Edmond de Goncourt, Henry Ceard, Léon Hennique et Paul Strauss puis la bière fut chargée dans un fourgon au départ de la gare d’Austerlitz en direction de Toulouse. Sa veuve ruinée vendit à Drouot tous ses livres et ses correspondances le 29 et le 31 avril 1886 ; il laissait deux enfants, Emma née en 1878, et Roger né en 1876. Madame Caze ne devait lui survivre qu’un an, elle décéda le 2 mars 1887.

Proche de Paschal Grousset « visionnaire engagé » ainsi que d’André Breton, il reçut un hommage quelque temps  plus tard de Rodolphe d’Arzens qui affirmait :
« Nul doute que les curieux des lettres rechercheront pieusement les rarissimes volumes qui forment son œuvre poétique et les placeront à côté des meilleurs poètes de sa génération. »
En entrant dans le petit cimetière de Mons en Pays Lauragais, sa tombe se trouve en entrant à droite dominant la plaine… Il a été proposé au printemps dernier par le conseil municipal sa rénovation...

Biographie à découvrir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Caze