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Figures du passé

Une caisse noire à l'évêché de Carcassonne ?

Écrit par Fernand de Bazel. Posted in Figures du passé et personnalités

Une caisse noire à l’évêché de Carcassonne ?
Ou Mgr Billard dans tous ses états…


Les vieux journaux recèlent des informations insolites et intéressantes  pour notre regard de lecteur moderne. En parcourant ces anciennes éditions ainsi, l’on découvre des articles qui pourraient fort bien s’inscrire dans des lignes éditoriales actuelles. L’un d’entre-eux a attiré notre attention et mérite d’être rapporté.

Dans un article publié dans la Dépêche de Toulouse en l’été 1896, un journaliste semblant bien informé et saisi par une fièvre anticléricale alors très en vogue en ces temps là, signa d’une plume vindicatrice et accusatrice un papier s’en prenant à son Eminence Monseigneur Félix-Arsène Billard, évêque en charge du département de l’Aude. Dans celui-ci avec force détails, il osait évoquer la probabilité d’une caisse noire au sein du pieux évêché… Caisse noire ! L’affaire faisait déjà grand bruit… Là, on ne visait pas le patronat, mais bel et bien l’Episcopat ! Sous sa mitre, gageons que le saint homme dut fulminer grandement et s’insurgeant au vu de sa probité légendaire, il se devait de réfléchir afin de répondre et contrer ces accusations diffamatoires tout droit sorties de l’esprit fielleux d’un de ces diaboliques « bouffeurs de curé » qui faisaient tant horreur à la gent ecclésiastique de cette époque trouble et menaçante pour l’église de France. La mise au point ne devait pas tarder et jaillir dans les colonnes d’un journal plus en harmonie avec la sainte prose des bréviaires : pour cela le prélat choisit L’Express du Midi, Organe quotidien de défense sociale et religieuse ainsi autoproclamé, en date du 10 septembre 1896. Mais pour les lecteurs dont le nom d’Arsène Billard évoque aussi peu que celui d’un quelconque mitré, présentons le :
Né le 23 octobre 1829 à St-Valéry-en-Cau, ordonné prêtre en 1853 au grand séminaire de Rouen, il fit ses débuts dans le professorat et occupa jusqu’en 1858 une modeste chaire d’institution libre. Vicaire à Dieppe durant deux années puis à St-Patrice de Rouen de 1863 à 1868, curé de Caudebec-les-Elbeuf de 1868 à 1877, chanoine titulaire de 1877 à 1880, il fut appelé à cette date par son archevêque, le Cardinal de Bonnechose à participer à l’administration diocésaine comme vicaire général. Il fut sacré à Rouen le 6 août 1881. Quelques mois plus tard, le cardinal le présenta au gouvernement pour occuper le siège de Carcassonne que lui-même avait occupé de 1848 à 1855. Entretemps Félix Arsène Billard avait accompagné Mgr de Bonnechose au Vatican à l’occasion du conclave au cours duquel fut élu Léon XIII, ce qui lui valu ses premiers déboires avec l’état républicain.

Mgr Billard
Sa nomination à Carcassonne tombait à point pour rétablir l’ordre dans le diocèse : il arrivait à l’épiscopat dans une période de fièvre, et ce au lendemain des infâmes décrets de 1880 contre les congrégations religieuses. Personnage très actif et totalement engagé dans la lutte contre les agissements de cette république tant honnie par l’église, il ne tarda pas à faire parler de lui dans son combat contre les attentats dirigés par le pouvoir envers la conscience catholique : ne fut-il pas rappelé à l’ordre à maintes occasions et même déféré en conseil d’état à plusieurs reprises et privé de son traitement ? Mais on parle également de sombres manœuvres financières dont il aurait été l’instigateur : on murmure qu’il aurait abusé de la faiblesse d’esprit d’une certaine Mme Hérail de Coursan, détournant ainsi un héritage de plus de 1.200000 Frs de l’époque. Et c’est la Dépêche de Toulouse, perseverare diabolicum est, dans un article vengeur en date du 5 novembre 1896 qui s’est fait l’écho de cette rumeur. Sur le tard, le Vatican aurait prononcé d’ailleurs plusieurs suspense a divinis, recommandant au prélat de se dessaisir de cette somme pour achever les travaux de la grandiose basilique de Prouilhe près de Fanjeaux dans l’Aude… Rappelons également s’il en était besoin que son nom est lié avec l’affaire de Rennes-le-Château et particulièrement avec la mansuétude dont il fit part avec les agissements de Bérenger Saunière, prêtre désormais célèbre desservant la paroisse alors. En outre, il n’hésita pas à acheter de ses deniers ND de Marceille près de Limoux. Voici pour l’essentiel des faits. Mais revenons à ce fameux article du 10 septembre 1896 dans lequel son Eminence se défend des perfides attaques de ce mécréant de journaleux qui ose dénoncer les faits : A ce propos pensa t-il à sa devise « In Verbo Tuo Laxabo Rete » lorsqu’il fit paraître son droit de réponse ? Ce serait peut-être sacrilège, tout au moins fantaisiste de le penser…
Aude, Caisses Noires. L’évêque s’insurge :
« Il est faux que la caisse ecclésiastique de Carcassonne soit une caisse noire ; tous les ans lors des réunions du clergé pour les retraites pastorales, le compte rendu annuel de l’œuvre a été présenté aux prêtres du diocèse, et aujourd’hui même, ce compte rendu établissant le compte rendu de l’œuvre depuis dix-huit ans, arrive entre les mains de tous les souscripteurs. Il est faux que les revenus de cette caisse s’élèvent à 60.000 Frs. En 1894, en faisant le compte rendu de l’exercice précédent, j’ai montré que si les recettes de cet exercice s’élevaient à 61.559,95 Frs, il fallait en défalquer 18.924,95 Frs à titre de fonds perdus, somme sur laquelle la caisse aurait à servir des rentes viagères relativement considérables. Le chiffre ordinaire et annuel des recettes est resté le même, c'est-à-dire environ 38 à 40.000 Frs. Il est faux que les dépenses ne s’élèvent qu’à 20.000 Frs ; il y a encore à payer les secours annuels, ainsi que les rentes viagères dues aux ayants droits. Il est faux que sous l’administration du vénérable prédécesseur, une certaine somme de la caisse ait jamais été confiée à une entreprise aléatoire dont les promoteurs allèrent échouer sur les bancs de la justice correctionnelle. Il est faux que les administrateurs aient contrevenu au règlement ; jamais la caisse ecclésiastique de Carcassonne n’a servi ni aux entreprises douteuses, ni aux intrigues dévotes, ni aux subventions occultes. »
Le digne prélat est monté avec ou sans sa Crosse au créneau sans prendre grand risque d’ailleurs, ces comptes étant invérifiables pour les laïcs. Mais on y parle de rentes viagères, d’intermédiaires, de secours annuels et de conclure qu’il n’y à point d’entreprise douteuse, et encore moins de subventions occultes et encore moins d’intrigues dévotes. Mais le mal était fait et provenait une fois de plus du démon qui agitait frénétiquement la plume des séides de cette presse ennemie de la religion. En ce temps là, un certain Edgard Quinet n’allait-il pas jusqu’à suggérer de détruire les églises ?! Il est vrai que ces suppôts de républicains ne craignaient guère l’excommunication ; « Le cléricalisme, voilà l’ennemi » tel était le mot d’ordre claironné parmi ceux-là…  Il fallait vraiment toutes les ressources de la foi pour résister à ces charges blasphématoires et assassines ; Mgr Billard avec tout l’art apporté à ses convictions résistait du mieux qu’il pouvait mais ne pouvait pas faire grand-chose face à ce flot d’attaques et de haine mêlée. En outre de sombres suspicions devaient prendre un perfide relais, ourdies celles-là par l’entourage même du prélat et rapportées peu après son décès : un certain abbé Laborde signant un fascicule de 12 pages, intitulé curieusement « Notice biographique sur feu Mgr Billard Evêque de Carcassonne » ; en fait, un virulent pamphlet à charge contre les agissements du prélat, suspecté de détournements, de simonie et d’avoir largement puisé dans les caisses de retraite des prêtres entre autres horreurs.
Mgr Billard ne devait pas lire cette libelle, il décéda après une période de paralysie le 3 décembre 1901. Ses funérailles dans la cité furent l’objet d’une grande cérémonie à laquelle assistèrent 7 évêques, 2 abbés mitrés et pas moins de 500 prêtres accompagnés par l’Archevêque de Toulouse ; les autorités civiles et militaires ne furent pas en reste, la magistrature et l’académie en robe défilant de concert parmi une foule nombreuse venue là assister à l’évènement.
« Seule la municipalité par son absence montrait là qu’elle avait désappris la courtoisie et la décence » Telle était la remarque inscrite dans l’article de la Semaine Religieuse de Carcassonne.

enterrement Mgr Billard

1/ Sanctionné par le garde des Sceaux Mr Fallières entre-autres.
2/ Lire sur le site d’André Galaup : http://rennes-le-chateau-en-quete-de-verite.e-monsite.com/
3/ « Sur ta parole je vais lâcher le filet » Luc V, 5.