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Figures du passé

Granier de Cassagnac

Écrit par Super User. Posted in Figures du passé et personnalités

Granier de Cassagnac, de la plume au pouvoir…

En février 2011, un article édité dans ces colonnes et intitulé « Les Bottes de l’Empereur » évoquait déjà ce personnage haut en couleurs qui marqua son époque.

Bernard Adolphe Granier de Cassagnac (1) originaire d’un village de l’arrondissement de Mirande dans le Gers, Avéron-Bergelles, fit ses premières armes comme critique littéraire au Journal politique et Littéraire de Toulouse dans lequel il s’illustra en remportant à trois reprises le prix de Lauréat aux jeux floraux. Il ne tarda pas à monter à Paris, nous étions en 1831, muni d’une lettre de recommandation pour Mr de Rémusat alors député de la Haute Garonne. Auparavant, il fit des études de droit à l’université de Toulouse après avoir fréquenté le collège royal sur les mêmes bancs qu’Antoine d’Abbadie (2) avec qui il se lia d’amitié ; les deux hommes entretinrent toute leur vie durant une relation épistolaire.

Muni donc de son précieux sésame, il ne tarda pas à s’illustrer avec talent dans des journaux tel le Nouvelliste, dirigé par le célèbre Guizot avant de nourrir de sa plume alerte les colonnes de La Revue de Paris, voire celles du Journal des débats, sans compter son propre journal Le Globe dans lequel il s’illustra pour ses positions controversées en particulier en faveur de l’esclavagisme… enfin, il fonda également le journal Le Réveil.

Ses articles sont appréciés pour leur justesse, leur hardiesse et… leur ton ! Le style est nouveau,  cela se remarque immédiatement et lui ouvre les portes des salons : là se bâtissent les réputations, se nouent les relations et ce, au plus haut niveau… C’est lors de la révolution de 1848 qui mit Louis Philippe sur le trône que Granier de Cassagnac peu enclin à adhérer au nouveau régime décide de rentrer sur ses terres ; il mit à profit ce séjour pour rédiger son imposant volume « Histoire des causes de la Révolution Française ». Sa réputation l’a précédé et cela favorise ses contacts pour constater que la monarchie constitutionnelle est loin de faire l’unanimité dans cette terre Gasconne mais surtout que le prestige de Napoléon est intact… Peut-être songe t-il alors à une éventuelle restauration de l’Empire ? Aussi, dès son retour dans la capitale il s’investit dans le débat naissant à propos de la fin imminente du mandat du Prince Président, la constitution n’autorisant pas un second. Dans le « Constitutionnel » une série virulente de six articles opportunément intitulée la Solution parait. Et la polémique ne tarde pas, notre homme est un spécialiste… Il faut dire que loin de condamner la manière forte, il l’encourage ! Aussi est-il reçu d’une manière bienveillante par le futur Napoléon III et va en devenir le conseiller avant d’en être rapidement un familier (3). La crise est là, dans la classe politique les opposants sont nombreux, aussi un projet de révision de la constitution voit le jour à l’assemblée et est rejeté massivement le 20 juillet 1851 ; le Bonapartisme ne doit pas passer.

Napoléon III

Rappelons que c’est le 28 octobre 1849 au soir que le Prince Président, soucieux d’assoir une stabilité du régime extra parlementaire fit appel à l’un de ses plus illustres serviteurs afin de nommer un nouveau cabinet : Le General Marquis Alphonse d’Hautpoul (4), pair de France ; celui-ci accepta non sans réticences de porter la lourde charge de Ministre de la Guerre ainsi que l’intérim des Affaires Etrangères et présenta sa liste le 2 novembre 1849 devant l’Assemblée Législative. Son ministère devait durer jusqu’au 17 novembre 1849 date à laquelle le Marquis d’Hautpoul présenta JE Ducos General d’artillerie, Vicomte de la Hitte pour lui succéder dans le second poste. Il ne se démit du 1er que le 22 octobre 1850 au profit de JP Adam Schramm. Après la prise de tous les pouvoirs du 2 décembre, il se rallia naturellement à Napoléon III et fut nommé en janvier 1852 Sénateur et Grand Référendaire Du nouveau Senat. Il n’eut de cesse te tenter d’obtenir de nouveaux commandements dont celui à la tête de l’armée de Syrie dont un refus par lettre datée du 23 juillet 1860 mit un terme définitif. Il allait pouvoir enfin s’occuper de sa famille tout en demeurant Grand Référendaire, et gérer ses terres de Saint- Papoul et leur faïencerie…

L’instabilité parlementaire tout autant que les dissensions entre le ministre de la guerre et le Général de Changarnier conduisirent à la demande de révocation de ce dernier. Le prince dut juger qu’il n’en était pas encore temps, mais l’histoire était en marche…

Une phrase a suffi, émanant du Prince Président, pour mettre le feu aux poudres : « Chauffez la chaudière énergiquement car je désire qu’elle éclate… » Granier de Cassagnac n’en attendait pas moins et de sa plume incendiaire jaillissent des jets d’encre qui éclaboussent et pourfendent à travers quelques articles d’anthologie tous ceux qui ont l’idée funeste de prétendre s’opposer au futur Napoléon le petit ainsi nommé et tant raillé par Victor Hugo… La chaudière ainsi chauffée à blanc tient ses promesses et l’aube du 2 décembre 1851 se lève sous un nouveau soleil « éclatant » et écarlate celui-ci nommé coup d’état qui « éclaire » les Parisiens sur le nouveau régime ainsi installé et dont ils sont loin de se douter qu’il durera jusqu’au crépuscule sombre de 1870 ; le règne, à défaut d’épopée, se transformant en une déroute dont les conséquences se firent sentir bien longtemps après…

La députation tente le fougueux Gascon et l’objectif est atteint en 1852 ; les suffrages lui seront favorables durant douze années, le portant également au poste de premier élu à la mairie de Plaisance ainsi qu’au fauteuil envié de Conseiller général du département. C’est la consécration, sa voix fait autorité et de sa bouche s’expriment les idées et les projets de l’hôte des Tuileries qu’il relaie dans la presse de sa plume toujours aussi généreuse qu’alerte. Mais son autoritarisme et son intransigeance le poussent à prendre des positions radicales : ainsi lors du vote sur la liberté de la presse faisant suite au désir de libéralisation de l’état, il est un des seuls à voter contre ! Prenant alors du recul avec la vie politique, cet infatigable écrivain-journaliste-polémiste entreprend de coucher sur le papier ses recherches historiques et «  l’Histoire des Girondins et des massacres de septembre » voit le jour.

Malgré l’effondrement de l’Empire, sa fidélité à Napoléon III reste intacte, et c’est de son exil à Bruxelles qu’il œuvre encore à travers un journal intitulé le Drapéa destiné en entretenir les liens entre les soldats prisonniers et leurs familles… Thiers a la rancune tenace, aussi dès son retour il le fait arrêter sur un prétexte futile et le place dans une sombre geôle pour une huitaine de jours. C’est de nouveau l’exil et à… Irun, non loin des terres d’Antoine d’Abbadie, qui s’empresse de le visiter. Ses concitoyens, attachés au personnage, viennent le chercher pour lui offrir le siège de leur mairie, et ce sera de nouveau la députation, ne cachant pas son indéfectible fidélité à l’Empereur en exil, allant même jusqu’à rédiger conjointement un remarqué article nommé : « A chacun sa part dans le désastre de Sedan ». Constamment dans les arcanes du pouvoir pendant le règne de Napoléon III, il en fut également à la fois le confident discret, l’éminence grise et sa loyauté jamais en défaut lui permit de connaitre tous les secrets du dernier Empereur des Français. Il est à noter que celui-ci ainsi que l’Impératrice firent deux séjours dans son château du Coulomé, ainsi que l’infortunée Isabelle II reine d’Espagne en exil.

Granier de Cassagnac, infatigable bretteur de la plume, au terme d’une vie bien remplie et d’un engagement sans faille s’éteignit le 31 janvier 1880 dans son château de Coulomé. Il a laissé une œuvre considérable de plus 22 volumes dont une intéressante « Antiquité des Patois, Antériorité de la langue Française sur le latin ». Mais ses talents devaient perdurer dans sa descendance, puisque l’un d’eux, Paul, s’illustra à son tour, au travers d’une carrière de journaliste remarquable ainsi que d’homme politique au caractère aussi bien trempé que sa plume, relevant le gant à maintes occasions, et s’illustrant dans nombre de duels restés d’anthologie ; il avait décidemment de qui tenir, mais ceci est une autre histoire…

1/ 1806-1880
2/ Note bibliographique  Michel Azens« Voyage au centre de l’affaire »  Pégase Villeneuve de la Raho 2014.
3/ Antoine d’Abbadie fut également un ami de Napoléon depuis sa rencontre sur la Frégate Andromède du futur Empereur lors de son exil : Voir dans le « Voyage au centre de l’Affaire » ibid. 2
4/ Alphonde d’Hautpoul 4 janvier 1789-27 juillet 1865. Mémoires publiées par son arrière-petit-fils Etienne Hennet de Goutel. Paris librairie académique Didier. Perrin et Cie Libraires Editeurs. 1906. Son frère Armand publia à son tour également ses mémoires.

Notes de lecture : Robert Castagnon Gloires de Gascogne aux Editions Loubatières Toulouse 1996.