Arrow
Arrow

Figures du passé

Le Statuaire Giscard au musée Paul Dupuy de Toulouse

Écrit par Super User. Posted in Figures du passé et personnalités

Le Statuaire Giscard au musée Paul Dupuy de Toulouse, ou la ville en rose… 1ère partie…
Dernièrement était annoncé par le célèbre Musée Toulousain Paul Dupuy, la tenue d’une exposition célébrant l’œuvre du statuaire Giscard. Songeant aux personnes ne pouvant se déplacer, nous avons effectué une visite en partageant nos impressions…
L’on doit naturellement à la quasi ininterruption de l’activité de cette fabrique sur près d’un siècle et demi un héritage sans pareil de sculptures, ornements de toute nature, moules et documents de toute sorte dont une partie fut rendue publique grâce à un leg de Joseph Giscard, en 2005. C’est ainsi que de nombreux cherchants purent accéder à ce fond public dont le succès eut été certainement bien moindre si le désormais célèbre curé desservant,  l’abbé Saunière, de la petite paroisse de Rennes-le-Château, n’avait choisi ce statuaire à la production éclectique de grande qualité qui n’avait d’égal en son temps en matière de notoriété que celle du maitre-verrier Toulousain Gesta. Il est vrai que tous deux rapidement se spécialisèrent en ornements et réalisations religieuses dont le succès fut tel que nombres d’églises en Haute Garonne, en France et jusqu’à l’étranger portent encore en leur sein leur fière présence…

Cette exposition témoignage d’une époque révolue, dévoile au grand public un savoir faire qui est bien loin d’être un art ignoré mais au contraire familier des promeneurs, voire des voisins de ces monuments de terre cuite qui offre au détour d’une rue de la ville rose un charme sans égal au regard curieux. C’est ainsi, que délaissant volontairement les études des chemins de croix déjà réalisées depuis fort longtemps par les cherchants de la première heure, nous nous intéresseront davantage aux motifs architecturaux, frises, mascarons et autres ornements de façade dont les méandres des ruelles de la vieille cité procurent la surprise ainsi qu’un ravissement sans égal. Evidemment, il eut été dommage d’ignorer les magnifiques réalisations de Virebent et d’autres, car faisant partie intégrante du riche patrimoine de la ville…

Mais rendons-nous donc à ce musée dans le quartier Ozenne au passé architectural remarquable dont la présence de nombreux ornements en terre cuite est de nature à en effectuer une visite en déambulant d’un pas tranquille. L’ancien hôtel Besson, acquis et restauré par Paul Dupuy en 1905 pour y accueillir ses collections est devenu musée municipal en 1948 et propose aux Toulousains et aux touristes de passage une visite des plus instructives dans bien des domaines…


Décor compagnonnique fabrique Giscard Toulouse - Sud Insolite©


Le maître des lieux, détail façade Giscard Toulouse - Sud Insolite©

Par une belle matinée de ce mois de novembre, nous nous sommes rendus bravant les premiers frimas hivernaux, au  13 rue de la Pléau, petite ruelle perpendiculaire à la rue Ozenne, pour visiter cette exposition proposant un panel d’œuvres et de documents du statuaire. Celle-ci se trouve au 2è étage et la première pièce est dédiée à la fabrique Virebent. Une très belle cariatide signée par cet artiste et emblématique de l’architecture Toulousaine se détache du fond de la salle, avec un panneau explicatif. D’autres statues dont deux splendides griffons se faisant face sont présentes ainsi que qu’une figure féminine de la fin du XIX siècle. Une belle corbeille de fruits ainsi qu’un Homère exécuté par la manufacture Bellegarde retiendront votre attention ; plusieurs frises, décors et divers mascarons sont proposés ainsi qu’une étude d’un décor en céramique pour la ville de Luchon feront votre admiration.
Le ton est donné, ainsi nous nous rendons dans la salle suivante où nous attends la famille Giscard sous l’aspect de visages finement sculptés en terre cuite d’un réalisme saisissant… Un portrait de Marie Giscard, la mère de Bernard trône auprès de celui d’Henri jeune et Joseph, Huguette et Henri semblent sourire au visiteur en guise d’accueil. Mais qui est cet esthète posant fièrement dans sa gangue de terre au centre de la pièce, contemple t-il cette scène de chasse devant lui représentant un cerf majestueux attaqué par une panthère ? A moins qu’il ne veille sur les différents témoins de cet art désormais appartenant au passé… Nous lisons sur la notice que ce modelage a obtenu un prix au salon des artistes français en 1962 sous le nom de Phu Van Luong ; à côté un grand plâtre réalisé par Henri en 1698 est intitulé Départ pour la course. Un touchant Enfant à la coquille entouré d’autres œuvres retiennent notre attention et c’est naturellement sans nous presser que nous continuons gourmands notre visite ; mais bientôt, voici Jacques Cujas, le célèbre juriste et humaniste Toulousain figé pour l’éternité dans son moule de plâtre ; souvenons nous que celui-ci fut réalisé par les Giscard en 1942 à la demande de la ville car pressentant le vœu des Allemands décidés à fondre cette œuvre en bronze trônant sur la place du salin et réalisée par Achille Valois en 1851 ; C’est en 1995 que la statue retrouva sa place, mais réalisée avec des techniques plus modernes…


Après s’être instruit grâce aux grands panneaux disposés des différentes techniques de moulage, un portrait du Sauveur aux traits graves dans sa vitrine nous contemple tandis que d’autres chefs d’œuvres sont à admirer sous le regard sage d’Henri Giscard représenté en photographie quasiment en taille réelle… non loin une autre grande photographie représente la trentaine d’employés de la fabrique, la plupart souriants. Des vues sur l’atelier,  dont une réalisée dans la cour près de la machine encore fixée aujourd’hui sur son socle, vestige fantomatique de cette époque ou l’on aperçoit près d’elle sur le cliché, deux ouvriers s’affairant sur leur ouvrage pendant que les deux autres les entourent, l’un déambulant d’un pas décidé. Après avoir admiré songeusement les autres décors, c’est avec empressement que nos pas nous portent vers la salle réservée aux décors religieux : mais auparavant, accueillis par le regard bienveillant d’une magnifique Vierge à l’enfant dont les dorures éclairent doucement l’angle de la pièce, nous avons tout le loisir d’examiner un imposant tabernacle ainsi que de nombreux beaux dessins et documents des plus enseignants… Il est utile de préciser que cette Vierge précédemment nommée est une copie voire un moulage réalisé sur un modèle, lui en marbre, réalisé par Antonio Rossellino et conservé au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg… En suivant, nous remarquons une belle maquette élaborée pour le tympan de Ste-Germaine de Pibrac en 1929 ainsi que différents moulages révélateurs de ce savoir faire.


Mais nous voici donc parvenus au terme de notre visite : quatre chemins de croix la plupart de style roman aux décors variés s’offrent à notre regard dont deux stations, VII et XIV de remarquable facture et très révélatrices… Les stations 7 et 14 sont de type roman, respectivement n° 49 et 50 du catalogue Giscard de 1914 possédé par Franck Daffos et Didier Héricart de Thury des chercheurs Toulousains. Par contre la station II, de type Gothique, ne figure pas dans celui-ci et est donc antérieure. Mais l’heureuse surprise est de constater que la station IX est un 52 de même facture que celle célèbre de Rennes-le-Château, Joseph d’Arimathie et deux soldats en moins. Mais il est important de noter que la tête du Christ est dans la bonne position, tournée du bon côté… Comme son homologue de l’église du Rialet, éléments qu’il était utile de souligner… Un beau moulage de la mise au tombeau révèle toute la qualité de la préparation, alors que non loin de là deux maquettes de monuments aux morts méritent l’attention : l’un est de la région : St Michel de Lannes, dans l’Aude, l’autre de Luneau dans l’Allier, en outre, signalons un Christ Roi majestueux et une vitrine impressionnante proposant des dizaines de statuettes de Saints réalisées en série dont le curé d’Ars, ND de Lima, des Vierges de Lourdes, St Jean, St Antoine et autres très nombreux révélateurs de la dévotion des particuliers d’antan…  Ah, la visite ne serait pas complète si nous omissions de signaler une affiche insolite et extrêmement intéressante des nombreux outils et accessoires nécessaires à l’élaboration de ces chefs-d’œuvre, utilisés par ces ouvriers au savoir faire incomparable et dont on devine la passion de l’ouvrage parfaitement exécuté… Enfin, comme il serait dommage de laisser inaperçu un élément des plus instructifs, signalons un grand panneau fort bien composé de pages choisies des fameux catalogues de la maison qui laisse augurer une mise à disposition prochaine au public….  En outre, un panneau affichant une photographie de la Chapelle de la fabrique avec différents décors est à signaler au fond de la salle.


Station IX

Il serait regrettable de négliger le reste du musée aussi, partez donc à la découverte des belles salles réservées à une exposition d’horlogerie dont la réputation n’est plus à faire, à moins que  vous ne préfériez flâner au hasard dans les étages à la rencontre de bien belles surprises avant que de vous décider à partir à l’aventure dans les ruelles insolites du quartier achevant cette mémorable journée de découvertes.
En somme, une bien belle promenade… suite en deuxième partie "La ville en rose…"

Michel Azens
Tous droits réservés. Les reproductions même partielles sont soumises à l’accord de Sud Insolite.