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Figures du passé

Carcassonne : Joachim Murat est passé par là…

Écrit par Administrateur. Posted in Figures du passé et personnalités

Carcassonne : Joachim Murat est passé par là…
Quel roman que ma vie, soupirait un jour Napoléon… mais cette réflexion aurait-pu aussi bien s’appliquer à d’autres personnages célèbres dont Joachim Murat le futur roi de Naples qui après avoir guerroyé sur tous les champs de bataille des campagnes du Ier Empire avec la fougue et le panache qu’il témoignait devint le monarque d’un royaume avant de connaitre une fin peu glorieuse bien loin de l’épopée dans laquelle il s’illustra bien des fois…

Au moment fatidique de son exécution, après l’expédition désastreuse qui devait le porter à la reconquête de son royaume au lendemain de Waterloo, il s’exprima une dernière fois avec courage et panache en déclarant : "J’ai bravé la mort tant de fois pour la craindre" et de regarder les soldats en leur donnant un ultime ordre : "Soldats ! Faites votre devoir, droit au cœur, mais épargnez le visage, feu !!" Auparavant, il avait embrassé le camée sur lequel le doux visage de Caroline sa femme était gravé, puis il s’effondra. Les soldats venaient d’exécuter Le Grand Duc de Berg et de Clèves, Maréchal de France, Grand Aigle de la Légion d’Honneur, mais surtout le vainqueur valeureux et intrépide de tant de batailles ou son courage frisant souvent l’inconscience devait le faire respecter et craindre par tant de soldats dont les cosaques qui lui vouaient une réelle admiration : ne se souvenaient-ils pas de sa charge héroïque à Eylau à la tête de 80 escadrons composés de plus de dix mille cavaliers, renversant le sort de la bataille par une victoire éclatante ? Ainsi périt le "Roi Franconi" dont les tenues extravagantes, panache blanc au vent impétueux des charges héroïques ralliaient comme un seul homme des régiments entiers galvanisés par ce diable d’homme qui mettait un point d’honneur à charger sabre au clair à la tête de ses cavaliers, méprisant la mitraille et les boulets tournoyants dans la fumée dense…


Il repose au Pizzo en Calabre, sa statue a subsistée sur la façade du Palais Royal de Naples.
Dernier enfant d’un couple d’aubergistes gérant des bénéfices ecclésiastiques de prieurés, il était destiné à embrasser les ordres. Aussi, l’on sait qu’à Cahors chez les séminaristes, puis à Toulouse chez les Lazaristes, il se préparait au noviciat, portant le petit collet… ses amis le nommaient alors l’abbé Murat. Mais le destin en voulut autrement et c’est ainsi qu’après quelques frasques de jeunesse, ne souhaitant pas affronter les réprimandes paternelles il pensait en s’enrôlant dans l’armée trouver le recul nécessaire, voire le milieu ou s’exprimeraient tout son talent et sa fougue. Mais ce premier contact avec la soldatesque se soldera par un renvoi, dit-on pour insubordination. Vous lirez ainsi dans la plupart des biographies voire certaines encyclopédies son amorce de la carrière militaire dans un certain régiment, en l’occurrence celui des Chasseurs des Ardennes le 23 février 1787…  Mais l’histoire réserve bien des surprises au cherchant obstiné et curieux, aussi c’est par une belle trouvaille que l’on sait dorénavant que c’est bel et bien à Carcassonne qu’il fit ses débuts !
C’est en parcourant un ancien bulletin de la Société Scientifique de l’Aude daté de 1971,  apparemment passé inaperçu malgré son importance et sa pertinence que l’on apprend ce fait à travers des courriers exhumés…  Précédemment dans les tomes 59 et 60, le Colonel Jaupart signalait le séjour de Murat à Carcassonne : Chasseur au régiment des Ardennes, il tint garnison dans la cité du 18 octobre 1786 au 6 novembre 1787 date à laquelle les quatre escadrons partaient pour Auch. Urbain Gibert, le signataire de l’article déclarait que c’était grâce à une découverte fortuite dans l’Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux de l’année 1914 qu’il apprit qu’un érudit Carcassonnais signant H de B signalait le Post-scriptum d’une lettre de Guillaume Peyrusse où il était mentionné Carcassonne en tant que première garnison de Joachim Murat… Cette découverte de lettres inédites du Baron à son frère André nous apprend que l’une d’entre-elles adressée à son père le 17 décembre 1812 révèle ce fait :
"… L’Empereur en partant d’ici m’a fait donner l’ordre de continuer mon service auprès de S.M le roi de Naples. S.M m’a accueilli avec infiniment de bonté. Elle m’a demandé de quel pays j’étois : "Sire, de Carcassonne." - "Ah ! Ça été ma première garnison, c’est un joli pays" Il ne m’a pas dit, vilain ôte toi de là." Toujours dans l’Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux de 1914, Ardouin Dumazet cite un ouvrage du prince Murat publié en 1908 où il est dit : "Murat s’était engagé malgré ses parents le 23 février 1787 dans la compagnie de Niel appelée plus tard les chasseurs à cheval de Champagne puis 12è régiment de chasseurs à cheval. De Carcassonne le régiment fut envoyé à Schlestadt, et Murat ne tarda pas, grâce à son instruction, à devenir Maréchal des Logis".
On peut donc en déduire que le futur roi de Naples fit bel et bien ses premières armes à la caserne de cavalerie de Carcassonne (caserne Laperrine) où il entra comme chasseur à cheval le 23 février 1787 ; il quitta Carcassonne avec son régiment pour Schlestadt au cours de l’année 1788 date à laquelle le régiment de Noailles Dragon vint cantonner dans la cité.

Un autre personnage pittoresque tint également garnison à Carcassonne, il s’agit de Jean Antoine Marie de Liniers ; s’ennuyant dans sa garnison, il s’engagea dans la marine Espagnole et devint gouverneur d’une lointaine province. En battant les Anglais et entrant à Buenos aires (La Reconquista célébrée tous les ans en Argentine) il devint en 1806 l’éphémère vice-roi de La Plata…
Ainsi, les murs de la vieille caserne de cavalerie de la cité ont vu les premières armes de Murat, roi de Naples et de Liniers éphémère vice-roi de La Plata…

Notes de lecture : Bulletin de la S.E.S.A Tome LXXI 1971, article signé U. GIBERT P. 211,212
Site à lire : http://napoleon-monuments.eu/Napoleon1er/Murat.htm