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Figures du passé

Le Marquis d'Hautpoul : un Héros de la grande crue de Toulouse

Écrit par Administrateur. Posted in Figures du passé et personnalités

Que d’eau, que d’eau ! Se serait exclamé impuissant et laconique, Le Maréchal Mac Mahon, président de la République en visite à Toulouse après les crues calamiteuses du 23 juin 1875 dans la ville rose… Toulouse a connu pas moins de cinquante crues meurtrières entre 1200 et la fin du XIXe siècle. Mais en ce mémorable jour du 22 juin 1875, les Toulousains, bien qu’apercevant  de multiples troncs d’arbres et débris en tous genres s’amonceler contre les piles du Pont Neuf, sont loin de se douter de l’ampleur du désastre qui se prépare…

A la Saint Médard, début juin, déjà les précipitations ont pris une ampleur exceptionnelle et la fonte des neiges provoquée par le Foehn, ce vent chaud du sud va aggraver les événements, au point où ce jour, on constate pas moins de trois mètres de hauteur d’eau. Mais le pire reste à venir : 6.5m dans la grisaille de l’aube du 23 et à midi les 10 mètres sont atteints, dépassant les 8.5m de 1855. Hélas en ces temps là, aucun barrage régulateur en amont, ni digue moderne pour protéger la ville, et le quartier le plus exposé Saint-Cyprien, voit ses habitants hagards assister au spectacle des bateaux rompant leurs amarres et s’entassant sur les quais et les piles du Pont Neuf. Les bas quartiers de Saint Michel et la célèbre île du Ramier sont déjà inondés ; par une incompréhensible erreur d’appréciation, les habitants ne reçoivent pas l’ordre de se diriger sur les hauteurs du quartier de Lardenne et les efforts fournis pour renforcer les frêles digues de terre sont vains, elles cèdent toutes… Soudain, en début d’après midi, une vague dévastatrice composée de deux torrents furieux déferle, balayant tout sur son passage. Il n’en faut pas plus pour que les habitants atterrés voient leur pont pourtant suspendu céder sous la pression infernale des flots : A une heure de l’après midi le Pont Saint- Pierre n’est plus et le Pont Saint- Michel à son tour est emporté entre six heure trente et sept heures du soir s’écroulant à son tour dans un indescriptible chaos. La digue du Cours Dillon rompt à son tour : le Moulin du Bazacle et l’Embouchure sont envahis par le torrent furieux et dévastateur et l’usine du Ramier est à son tour saccagée. La désolation est à son comble quand les Toulousains impuissants voient dériver dans les flots les premiers noyés parmi les débris de toute sorte…
Mais ce sont les infortunés habitants du quartier Saint-Cyprien qui vont dans leurs pauvres demeures payer le plus lourd tribut : Dans ce quartier populaire de 25000 âmes, les habitants se réfugient sur les toits, tentant souvent vainement, d’échapper à la colère des flots ; des maisons s’écroulent et les habitants effarés voient des cadavres d’hommes et d’animaux se perdre vers l’aval à une vitesse folle. Mais certains plus chanceux parviennent à rejoindre qui la rive, secourus par des bras courageux, d’autres agrippant un tronc salvateur, voyant leurs voisins d’infortune disparaitre dans les tourbillons… L’horreur est à son comble, on voit même un père et ses enfants agrippés désespérément à un matelas flottant sur le fleuve…
L’armée est mobilisée, les artilleurs sont sur tous les fronts, il faut aller vite ; de ce moment on ne compte plus les actes d’héroïsme…
Des sauveteurs accourent de toutes part, alertés par les élus et les gendarmes, l’un d’entre-eux n’hésite pas une seconde n’écoutant que son courage et embarque en compagnie d’autres braves : il parvient aidé par un militaire à sauver une famille : c’est le Marquis Pierre Eugène François d’Hautpoul Seyre (1821-1875) ancien conseiller municipal de la ville. Son histoire est aussi courte que tragique : Accompagné du brigadier Sistac et de plusieurs bateliers, ils repartent et secourent une pauvre vieille femme en perdition sous les regards d’une centaine de personnes assistant au sauvetage sur le trottoir qui domine l’Hôtel-Dieu Saint-Jacques. Soudain, le courant violent les entraîne ; une foule considérable, spectateurs impuissants et désolés, assistent au drame : à l’intersection de la rue de la Viguerie et de la rue de Bayonne, la barque est prise en travers par le courant qui de la rue Laganne redirige vers l’Hospice de la Grave la frêle embarcation ; subitement elle chavire au dessus du batardeau construit au nord de l’Hôtel-Dieu et les bateliers ont à peine le temps de se retenir au cordon de briques surnageant des flots de la maison Thiery alors que le brigadier Sistac saisit par miracle un des volets des croisées du premier étage de la muraille de l’Hôtel-Dieu ; Le Comte Begoüen trésorier payeur général parvient au prix de mille efforts à le sauver, mais hélas quelques minutes plus tard, son compagnon le marquis disparait dans les flots sombres… On ne retrouvera son corps que trois jours plus tard au ramier de Blagnac. Plus de deux milles personnes vinrent lui rendre un dernier hommage pour ses funérailles. Ce sacrifice fit dire de lui : « Il courut au danger sans se préoccuper des dangers qu’il allait courir… » Il fut une des 208 victimes de cette tragédie où plus de 1200 maisons furent détruites ainsi que de nombreuses fabriques et usines.


Archives municipales de Toulouse

Descendant de Pierre François d’Hautpoul, Marquis d’Hautpoul (1726-1797) dont un des aïeux était François Pierre D’Hautpoul Baron de Rennes-le-Château en 1644, le marquis tragiquement disparu dans cette catastrophe faisait partie de l’élite légitimiste de la ville rose et était totalement impliqué dans ce mouvement au même titre que le comte de Villèle, Adrien de Rességuier, les familles de Nouailhan, de Limairac et d’autres. Il est dit qu’ils tenaient salon dans le quartier aristocratique de la ville, autour de la Cathédrale Saint-Etienne, les Carmes, voire rue Fermat. Il fut également conseiller municipal de Toulouse. De son superbe château de Seyre, près de Nailloux, dans le Lauragais(1) il participait de temps à autre à des concours d’élevage, présentant ses génisses, obtenant des prix tel que l’on peut le lire dans le Journal de Toulouse de 1869. Son acte d’héroïsme devait trouver sa reconnaissance bien plus tard, le jour ou la municipalité lui dédia une rue dans le quartier de Rangueil, non loin de cette Garonne qui l’avait emporté…


Château de Seyre                                                         Blason des Hautpoul

1/www.votre-chateau-de-famille.com
Seyre : Ce beau château offre des séjours dans une ambiance raffinée : Madame Gasiglia à laquelle nous exprimons nos vifs remerciements se fera une joie de vous y accueillir…

 


Notes de lecture : « Les Drames de l’inondation à Toulouse » de Théophile Astrié 1875 Toulouse, Librairie Centrale Rue Saint Rome.
Reproduction des inondations : "Avec l'aimable autorisation des Archives municipales de Toulouse".