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Histoire

Comandante Navarro alias « Carapalo » Suite et fin.

Écrit par Super User.

 

Nous avions réalisé dernièrement, grâce aux informations d'un des membres de sa famille de France un article retraçant la vie d’Antonio Navarro Béamonte, combattant antifasciste de la première heure  ; ainsi que son épilogue tragique lors de l’assaut donné par les forces Franquistes dans la maison ou il était retranché avec ses compagnons guérilleros dans le lieu dit « Casas de La Carbonnera Alta » (Zaragoza) province d'Aragon en Espagne.

Depuis, nous avons reçu des informations confirmant les recherches effectuées par «El Foro de La Memoria de Aragòn» ainsi que de Luis Pérez De Berasaluce et Esteban Gòmez.

Voici les conclusions de l’exhumation des corps dans la fosse commune ou ils avaient été enterrés  :
« Grâce à l’étude des ADN de la famille dont celui de Bernard son neveu de France, les résultats scientifiques confirment qu’il s’agit bien de la dépouille mortelle d’Antonio Navarro Beamonte, allias Comandante Navarro, chef du maquis de «Cinco Villas» (corps N°2), allias «Carapalo», soldat de la compagnie «la Nueve», de la 2e Division blindée du Général Leclerc (1), qui a été exhumé à Santa-Eulalia de Gallego (Zaragoza) en juin 2011 ». Ce résultat confirme l'indice des débris de guêtres américaines avec boucles de métal de l'uniforme de la 2è division blindée française, que l'on a  retrouvées sur le corps d'Antonio lorsqu'il a été exhumé et qu’il portait quand il a été abattu.


On remarque sur la dépouille, les boucles en métal et les débris de guêtres. (Photo El Foro por la Memoria Historica de Aragon)

Antonio Navarro Beamonte, fut l’un des trois espagnols en uniforme français de la 2è DB qui capturèrent le Général Von Choltitz lors de la libération de Paris le 25 août 1944. (Photo El Foro por la Memoria Historica de Aragon)

Carlos Castan Garcia, le responsable de l’association El Foro por la Memoria Historica de Aragón a confirmé personnellement la nouvelle à Juan Miguel Navarro Sariñena, le fils d'Antonio. C’est un soulagement pour celui-ci qui peut ainsi mettre un terme définitif à la rumeur remontant aux années soixante, tentant d'affirmer qu’Antonio n’était pas son père. Juan Miguel Navarro Sariñena avait fait la promesse à sa sœur Libertad Antonia sur le point de décéder qu'il mettrait tout en œuvre pour retrouver la dépouille de leur père.

Depuis que «  La Nueve  » avait débarqué en France pour la libérer, elle avait perdu de nombreux combattants quand elle arriva dans l'est de la France pour libérer Strasbourg. Pour ceux qui étaient encore là, cette guerre ne les concernait plus, la France était libérée des nazis. Les troupes alliées allaient pénétrer en Allemagne et Franco allait perdre le plus fidèle de ses alliés. Ces espagnols Républicains avaient compris que la guerre allait s'achever sans que leur rêve se concrétise de libérer l'Espagne avec les troupes alliées. Selon Juan Miguel, le fils d'Antonio, c'est sur l'injonction du Parti Communiste, qu’Antonio Navarro Beamonte et ses compagnons rejoignirent le maquis espagnol.

La preuve de la présence dans le maquis aragonais du « Comandante »  été établie par Javier Luis de l’association « La Charata de Uncastillo ». En effet, le 25 décembre 1944, d'après un jugement officiel d'un guérillero capturé à Uncastillo (Zaragoza), celui-ci déclarait appartenir au groupe de résistance du «  Comandante Navarro». Ce document permet de supposer qu’Antonio Navarro Beamonte  allias « Carapalo » aurait rejoint le maquis peu après les opérations d’invasion du Val d’Aran, Pyrénées, France, en octobre 44. 

Javier Luis s'appuie également sur les déclarations d'Aniceto Viamonte qui faisait partie de la 101è Brigade de la 204, la Division de guérilleros, qui ont été confrontés avec les forces armées à Paternoy (montagne de San Juan de la Peña) et dans la Sierra de Santo Domingo, combats qui provoqueront des pertes co-latérales. Un rapport du conseil municipal d'Uncastillo mentionne qu'Aniceto appartenait au même groupe que celui d'Aguero, ils ont tué plusieurs personnes durant un affrontement avec la Garde civile et les phalangistes. Aniceto Viamonte déclare : «En novembre 1944, j'ai rejoint en France l'armée de guérilleros rassemblés par la « "UNE". Nous étions destinés à former le groupe dénommé «Cinco Villas» composé de 10 hommes et dirigé par un commandant nommé Navarro, qui était originaire du village de Biel.  Le groupe a passé clandestinement la frontière par la vallée del Hecho le 3 décembre 1944, Après avoir traversé la rivière Aragón par San Juan de la Peña, il s'est dirigé par les montagnes jusqu'au village de Longás où le groupe est arrivé le 20 ou le 21 décembre. Puis il s'est dirigé vers la zone de la sierra de la Carbonera-Montes de Zuera».

Benito Navarro, décédé en octobre 2010, a toujours affirmé à ses enfants que son demi-frère Antonio a été la victime d'une dénonciation qui a alerté les autorités sur la présence des guérilleros. En effet, la Policia Armada  a cerné précisément cette habitation isolée de la sierra montagneuse du plateau aragonais le 6 février 1945 alors que «Comandante Navarro» ne s'y trouvait que de passage.
Rendons hommage au curé de la paroisse de Santa Eulalia qui, à l'époque, refusa aux Franquistes que les deux corps des guérilleros soient jetés en pleine nature sans sépulture. En 1945, ils furent donc enterrés dans la fosse commune à l'extérieur du cimetière. Plus tard, le cimetière s'étant agrandi, la fosse commune des deux guérilleros de 1945 et des douze fusillés de 1936 se retrouva alors en terre  chrétienne. Puis, un jour, on décida de créer la nouvelle entrée du cimetière à cet endroit. Jusqu'en juin 2011, sans le savoir, les familles ont marché sur la fosse commune des quatorze pour entrer dans le cimetière Santa Eulalia de Gallego.

Teodora Navarro, l'épouse d’Antonio Navarro Beamonte est décédée au printemps 2012 en Espagne  Cette femme courageuse qui vivait en France avec ses deux enfants après la disparition de son mari, avait été confrontée pendant les années d'après-guerre à la désinformation de l'administration espagnole lorsqu'elle avait tenté de rechercher en vain le corps de son mari Antonio. Avant de disparaître, Teodora n'aura pas eu la certitude que c’est Antonio que l'on a officiellement retrouvé. Elle aurait été certainement heureuse d’assister à la cérémonie officielle de l’hommage qui lui sera rendu prochainement. Des raisons techniques liées aux difficultés d’exploitation des ADN du groupe des 12 fusillés de 1936 enterrés dans la même fosse commune, retrouvés au dessous du corps d’Antonio Navarro Beamonte et de son compagnon guérillero Prudencio Muñoz Alegre expliquent le report de cet hommage

Antonio Navarro Beamonte en 1936 fusil au pied avec des membres de sa famille au village de Sastago (Zaragoza). A sa droite, révolver au poing, son épouse Teodora. (Photo famille)


Le cimetière de Santa Eulalia (Zaragoza) où a été exhumée la dépouille d'Antonio Navarro Beamonte en juin 2011. (Photo famille)

La cérémonie se déroulera au cimetière de Santa-Eulalia de Gallego (Zaragoza). Antonio Navarro Beamonte y sera ainsi dignement enterré, ceci participant à la réhabilitation de sa mémoire.
N'oublions jamais le passé, transmettons la vérité de cette mémoire aux jeunes générations. Des hommes courageux ont combattu au péril de leur vie pour leur idéal. Tel était celui d'Antonio Navarro Beamonte.

Qu’il repose en paix.

(1) Bibliographie mentionnant de la présence de Antonio Navarro engagé dans les Forces Françaises libres en 1943 et combattant dans la 2ème division Blindée, compagnie « La Nueve »  lors de la libération de Paris le 25 août 1944 :
Selon l'ouvrage «Los Republicanos Aragoneses en la segunda guerra mundial» de Diego Gaspar Celaya, l'auteur qui a été le témoin les faits, cite que en mai 1943 après la dissolution des Corps Francs d'Afrique que se produit un changement «Ce fut alors que la majorité des espagnols qui en faisaient partie, le désertèrent pour se placer sous les ordres de Leclerc en intégrant l’embryon de ce qui constituera quelques mois plus tard la 2ème Division Blindée. Parmi eux il y eut de nombreux Aragonais comme Antonio Navarro, originaire de Biel (Zaragoza)...»
Selon l'ouvrage «La Nueve, les espagnols qui libérèrent Paris» de Evelyn Mesquida, (Éditions du cherche Midi, Paris) «...Antonio Navarro l'aragonais fut l'un des trois soldats espagnols de La Nueve en uniforme français de la 2eme DB à capturer le Général Von Choltitz, commandant en chef de la place de Paris. Ils pénétrèrent les premiers dans son bureau du commandement du haut état major allemand, au premier étage de l'hôtel Meurice, lors de l’assaut du 25 août 1944. Ils désarmèrent le général Dietrich Von Choltitz, gouverneur militaire de Paris, et son état-major.» Alberto E. Fernandez, le confirmera également dans son ouvrage «La España de los maquis» Ediciones Eras, Mexico.