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Histoire

Comandante Navarro alias « Carapalo » Un des héros oubliés de la Libération de Paris…

Écrit par Administrateur.

El « comandante », Antonio Navarro Beamonte s’est bien battu, en ce jour funeste du 6 février 1945 à Santa- Eulalia en Espagne. Il aurait du avoir 28 ans. Encerclé par le corps de la police armée franquiste dans la maison de las « Carboneras altas », dans la famille qui l'hébergeait, il a lutté jusqu’au bout,  fidèle à ses idéaux. Retranché dans la maison avec son camarade d’armes « guerrillero» Prudencio Muñoz, il sait qu’il n’y aura pas de quartier, un feu nourri se déclenche lors du deuxième assaut…aussi quand il dégoupille et lance sa grenade qui n'explose pas, le militaire à qui elle était destinée, l’abat froidement d’une balle de revolver. C’est la fin, les armes à la main pour ce combattant antifasciste de la première heure fidèle jusqu’au bout à ses idéaux…

Les villageois démunis,  le dépouillent de ses vêtements et une main impie va même lui couper un doigt afin de lui voler sa chevalière ornée d' une tête de mort, prise sur un officier SS en 1944 en France. Sa bravoure est attestée par un témoignage direct : « Tu n’avais pas ces cojones lorsqu’il était encore en vie !! » s’exclame le collègue narquois, au soldat qui saute rageusement à pieds joints sur la tête de Antonio Navarro… Cette invective démontre le respect pour cet homme qui s’était vaillamment battu… Il faut dire que trois policiers militaires avaient étés tués pendant l’assaut. Peu après, un béret fut déposé par un habitant sur sa face meurtrie et les corps furent ensevelis dans une fosse commune.                                                                                                       Qui était-donc cet homme ? Antonio Navarro Beamonte, né en 1917 à Biel, Aragon, a fait la guerre auprès des républicains. Libéré après la défaite, quand les allemands envahissent la France, il n'a alors de cesse que de vouloir s'engager dans la Légion étrangère française. Il a séjourné chez son père à Pau, immigré depuis 1921, Antonio parle parfaitement le français. Comme la frontière est fermée, il a l'idée se faire passer pour un des citoyens français, mêlé à un des groupes qui tentent de repasser sans succès la frontière clandestinement. Il se laisse arrêter et après avoir été détenu à Saragosse, il est expulsé vers la France occupée en août 1942. Il  rejoint les forces françaises libres du Général de Gaulle et c’est au printemps 1943 qu’il s’engage dans les corps francs en Afrique ; désormais, il lutte dans la 2è DB du Général Leclerc dans le groupe appellé « la Nueve » :  9è compagnie du 3è régiment de marche du Tchad sous les ordres du Capitaine Dronne, composé majoritairement d’espagnols antifascistes et anarchistes ayant participé à la guerre civile. Puis plus tard, Antonio débarque en Normandie, il fait partie du détachement espagnol du capitaine Dronne qui entre le premier dans Paris, et dans l’Histoire… sur les chars de la 2è DB.

le groupe "La Nueve"

Le groupe de «La Nueve» prise en Angleterre avant le 6 juin 1944 (Photo Instituto Cervantes, Paris, France.paris.cevantes.es)

Un héros oublié de la libération de Paris :

Hommage a enfin été rendu à ces espagnols par Bertrand Delanoë, Maire de Paris en inaugurant récemment une plaque commémorative Bd Henri IV : Chacun connait le célèbre film « Paris brûle t-il »… Ce que l’on sait moins est que Von Choltitz qui épargna la capitale, commandant en chef de la place de Paris, fut fait prisonnier par trois braves de la Nueve…après une lutte acharnée dans l’hôtel Meurice, les soldats Antonio Gutiérrez d’extrémadure, l’aragonais Antonio Navarro et Le sévillan Francisco Sánchez  parviennent à atteindre l’étage, puis le bureau de Von Choltitz ; au cours de l’assaut, ils voient 21 de leurs camarades tomber à leurs côtés,  dont cinq tués… Aussi, c’est sans trembler, déterminés qu’ils apostrophent l’allemand : Gutiérrez arrivant le premier s’écrie : « Yo soy español !! » ; Von Choltitz face à la bravoure de ces hommes, se laisse prendre son pistolet par Gutiérrez sans résistance aucune et d’une voix que l’on devine peu assurée, réplique : « Tiens…pour toi…  garde ma montre en souvenir » Plus tard, Gutiérrez demande que Antonio Navarro et Francisco Sánchez soient à ses côtés pendant son rapport afin qu’ils soient témoins : « pour qu’ils ne me laissent pas mentir ! » L’état major entier et huit cent hommes seront faits prisonnier dans la journée dans l’hôtel Meurice ; peu après, Pour l'histoire Von Choltitz se rendra officiellement aux lieutenants Karcher et Franjoux. Un officier ne se rend qu’à un autre officier… Lors de la libération de Paris, la Division Leclerc aura perdu 130 hommes alors que plus de 300 seront blessés.

1944 la libération de Paris

La capture du Général Dietrich Von Choltitz, à Paris le 25 août 1944. (Photos archives)

antonio navarro beamonte

Antonio Navarro Beamonte, fut l’un des trois espagnols en uniforme français de la 2è DB qui capturèrent le Général Von Choltitz à l'hôtel Meurice, lors de la libération de Paris. (Archive Foro por la Memoria, www.foroporlamemoria.es)

Viva la libertad !

Espérant en vain que les armées de libération se dirigent sur l’Espagne désormais franquiste, ils combattent en Lorraine et dans les Vosges, échangeant de temps à autre leurs nombreux prisonniers allemands aux américains contre du ravitaillement voire des officiers supérieurs contre des véhicules suivant des barèmes convenus. En secret des armes et des munitions ont été prises aux allemands pour alimenter les maquis espagnols… Puis ce fut la libération de Strasbourg. Ces braves furent parmi ceux qui allèrent plus tard jusqu’au nid d’Aigle de Hitler à Berstechgaden avec les troupes américaines. Petite anecdote, les draps du dictateur furent emportés par les soldats de la « Nueve » ils ne furent que seize espagnols à figurer dans les rangs de cette valeureuse compagnie à la fin de la guerre, en 1945. Tous seront démobilisés sans véritable indemnisation de la part de la France.

Le général Leclerc, en 1941, à Koufra, en Afrique, avait prêté serment avec ses hommes « Jurons de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs flotteront sur la cathédrale de Strasbourg ». Sur l’injonction du parti communiste, peu après la prise de Strasbourg, Antonio quitte la 2è DB et rejoint le maquis Aragonais. Devenu chef du maquis de la 101è brigada, 3è bataillon del Groupo cinco villas, avec un effectif de 200 « guerrilleros » il sera tué dans les circonstances que l’on connait, trois mois plus tard, à 25 kilomètres de Biel, le village où il vit le jour…

Ce samedi 11 juin 2011, dans le cimetière de Santa-Eulalia de Gallego (Saragosse), l’association le Forum pour la mémoire de l’Aragon, a effectué les travaux d’exhumation des restes des quatorze victimes de la répression franquiste. Parmi ces malheureux, ceux d’Antonio Navarro Beamonte dit « Carapalo ». Juan Miguel Navarro, le fils d'Antonio, qui était présent lors de l'exhumation. Il a pu enfin se recueillir devant la dépouille de son père disparu depuis 66 ans. Antonio portait encore ses bottes et la boucle des restes de ses guêtres américaines faisant partie de son uniforme de marsouin de la 2è DB. C’est grâce à un courrier d’un de ses descendants français que j’ai pu réaliser cet article pour contribuer ainsi modestement à restituer la dignité et la mémoire de cet homme au destin peu commun victime parmi tant d’autres de la terreur franquiste. Pour ses parents, et l’histoire démocratique espagnole ce n’est que justice. Il a bien fait son devoir, qu’il repose en paix…

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Lire : Livre du Général de Langlade, repris par Alberto E Fernandez « La España de los maquis » colecctiones Ancho Mundo / Ediciones Era Mexico.Lire aussi « la Nueve », los espanoles que liberaron Paris, de Evelyn Mesquida.