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Vécu

Pyrénées-Orientales. Valmanya, un Oradour en Roussillon.

Écrit par Administrateur. Posted in Vécu

Valmanya est un petit village du Conflent, qui s’appuie sur les premiers contreforts du Canigou. L’effroyable rouleau-compresseur de la Seconde guerre mondiale aurait probablement ignoré même jusqu’à son existence  sans des circonstances inexorables.

Début de l’été 1944, le maquis du Canigou, dit de « Henri Barbusse », jusqu’alors opérant du côté de Nohèdes, s’était retiré sur les hauteurs de Los Masos, trouvant refuge dans les anciennes mines de Batère et de la Pinouse. Il fut bientôt rejoint par des francs-tireurs espagnols qui voulaient faire cause commune. Ensemble, le nombre des volontaires s’étend à près de 150 combattants. Mais cette augmentation d’effectif, cette diversité dans les engagements, n’allaient pas sans difficulté, amenant des divergences de coordination et de possibles indiscrétions.
Fort heureusement, cette situation était ponctuée par une aide locale, en vivres et en effets personnels. Le tout était coordonné par les frères Panchot, qui assuraient la liaison.
Décidé pour le 29 juillet, les maquisards prirent pour objectif d’attaquer la Villa Marguerite, à Prades, où la Gestapo avait installé son siège.
Mais la défense opiniâtre des Allemands, conjointe à celles des miliciens, obligèrent les nôtres à se replier après cinq heures de combat. Seul le rez-de-chaussée de la Villa avait été investi. L’approche d’un régiment de la Wermarcht, venant de Perpignan, contraignit les maquisards à battre en retraite.
Le temps de s’organiser, et – le 1er août, des SS et des miliciens se mettent à poursuivre les nôtres en formant étau, passant par la Bastide et Batère.
Peu avant qu’ils n’atteignent Valmanya, les troupes noires sont stoppées par le tir nourri des fusils-mitrailleurs des maquis placés en embuscade. Cela donna à la plupart des habitants de s’enfouir par des sentiers forestiers.
Lorsque les SS et les miliciens se ruent enfin dans le village, ils assassinent lâchement les quelques vieillards qui s’y trouvent encore. Plusieurs guérilleros blessés, capturés aux abords des maisons, sont frappés, torturés et achevés avec hargne.
Quant au village, ses maisons seront pillées, ses ateliers dévastés et ses granges brûlées.
En vain, cependant, les miliciens lancent des chiens à la poursuite des habitants de Valmanya. Mais, ils pénètrent ainsi au cœur de la forêt et atteignent le site de la Pinouse.
La Pinouse est, en effet, une petite agglomération construite autour de mines de fer, qui étaient encore exploitées en 1940.
Confrontés au maquis Panchot, ils s’emparèrent de Julien Panchot, blessé à la jambe, et de quelques autres Résistants. Certains d’entre eux, exténués, furent fusillés assis.

                           

Quant à Julien Panchot, des miliciens lui furent subir d’atroces tortures avant de le fusiller d’une rafale de mitraillette à l’angle d’un bâtiment minier. On voit encore dans le mur l’impact des balles !
Leur haine enfin assouvie, SS et miliciens reprirent la route de la vallée, redescendant avec des calmions chargés de victuailles, des linges et des objets précieux. Derrière eux, ils laissaient Valmanya d‘où s’échappaient encore des volutes de fumée noire.
Après la guerre, la reconstruction du village dura près de dix ans. Les habitants furent relogés dans des baraquements qui avaient servi pour les réfugiés espagnols en 1939 à Argelès-sur-Mer. Mis en place par les Domaines, l’Etat n’a pas manqué de présenter à la Commune de Valmanya la facture pour ce service.

                   

                   

                   

    

A lire : Marie-Thérèse Vaquer, Matot de Valmanya, 1985.
A voir : Documentaire d’André Souccarrat, Valmanya, autopsie d’une tragédie, 2011.
Sur le Web : http://mairie.valmanya.pagesperso-orange.fr/aout44.htm#jmm
Visuel : Excursion à La Pinouse : http://www.dailymotion.com/video/x82n5e_les-mines-de-la-pinouse_travel