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Vécu

Aude. Le Pont-Vieux de Cascastel-des Corbières

Écrit par Administrateur. Posted in Vécu

Dans la nuit du 12 au 13 novembre 1999, vers trois heures du matin, j'ai cru ma dernière heure arrivée !
En effet, le Pont-Vieux de Cascastel s'écroulait, libérant ainsi des millions de mètres cubes d'eau accumulés derrière ses arches bi-centenaires, obstruées par la végétation et les rochers que la Berre en furie avait transportés depuis la source à Quintillan et tout au long de son cours. La vague monstrueuse déferla sur le village, inondant toutes les rues et emportant tout sur son passage, y compris les véhicules en stationnement, dont ma 406 toute neuve, immatriculée trois mois auparavant en Loire-Atlantique où je réside à Nantes avec ma famille.
Ainsi, ce Pont-Vieux, dont j'avais fait un dessin en février 1990 lors d'un séjour à Cascastel avec mon épouse Marie-Noëlle, n'était plus qu'un souvenir dans ma mémoire, réduit à l'état de ruine tragique au dessus d'un torrent furieux, maintenant redevenu gentil ruisseau, domaine des couleuvres, des crapauds et de quelques truites, sans doute.

                              

J'étais infiniment triste en cette matinée du 13 novembre 1999 en voyant notre petite maison saccagée, remplie de boue, en pyjama de surcroît, privé de véhicule pour fuir au plus vite vers Nantes...
Heureusement, les habitants de Cascastel ont fait montre de beaucoup de solidarité envers les sinistrés que nous étions devenus bien malgré nous. Qu'ils en soient remerciés chaleureusement et en particulier la famille Juan qui nous avait hébergés et presque vêtus puisque nos vêtements et chaussures furent emportés par la vague ainsi que nos papiers et tous les bibelots garnissant les meubles de notre petite maison au 3, rue du Bureau.
Depuis ce jour tragique, voici bientôt six ans, Cascastel a retrouvé son vieux pont reconstruit à l'identique grâce aux services des Monuments historiques et sous la direction de l'Architecte des Bâtiments de France, le château de Cascastel et les constructions autour, étant classés à l'Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.
C'est une grande satisfaction pour moi, puisque je suis retraité, depuis 1989, du Bâtiment et de l'Architecture, ayant commencé ma vie professionnelle à Nantes en 1949 dans l'entreprise de mon oncle alors adjudicataire de nombreux chantiers pour la reconstruction de Nantes, Saint-Nazaire, Lorient et Brest, villes sinistrées par les bombardements américains au cours de la Seconde Guerre Mondiale,
De plus, les rues du village sont refaites et les travaux de restauration de la Chapelle et du Château sont entrepris grâce à la participation de l'Etat pour 80 % et du Conseil Général de l'Aude pour 20 %. Le Conseil Régional n'est pas partie prenante dans cette restauration du patrimoine et cela semble bien regrettable car Cascastel mérite d'être mis en valeur de par son histoire depuis la Révolution Française si ce n'est depuis les Visigoths, après l'invasion de la Septimanie suite à la prise de Rome et son pillage en 410 après J.C. ! Mais, ceci est une autre histoire ...
Restons donc à notre cher Pont-Vieux qui ne date pas du Xlleme siècle, mais du XVIIIe siècle, celui des Lumières et de la Révolution Française dont on oublie trop, en cette année du Centenaire de la loi de 1905, les bienfaits que nos ancêtres, les "Soldats de l'An II", avaient apporté à l'humanité en propageant les idées de Liberté, d'Egalité et de Fraternité, inséparables de la laïcité, respectant pour tous la liberté de conscience.

             


Donc, ce Pont-Vieux fut construit entre 1775 et 1780 par Joseph-Gaspard Pailhoux de Cascastel lorsqu'il entreprit d'exploiter les mines des Corbières dont il avait obtenu la concession par privilège du roi Louis XVI sur le rapport de Jean-Pierre François Duhamel, originaire du Cotentin, Membre de l'Académie des Sciences, Commissaire du Roi pour les Mines et les Forges, franc-maçon à l'Orient de Versailles, et auteur d'un ouvrage de référence sur l'exploitation des mines dans les Pyrénées, Géométrie souterraine, publié à Paris à l'Imprimerie Royale en 1787.
L'histoire de ces mines et de leur exploitation a fait l'objet de nombreuses études depuis deux siècles dont la dernière en date, celle de Gauthier Langlois dans les publications Villatges Al Pais à Narbonne,
Mais, maintenant, sachons goûter sans réserves, la joie d'être bien vivants et témoins de la renaissance de notre cher village méritant amplement la même renommée mondiale (et quelque peu sulfureuse !) que Rennes-Ie-Château dont le trop célèbre curé, l'abbé Saunière avait, paraît-il, retrouvé le fabuleux trésor des Wisigoths caché dans les mines ayant appartenu à Joseph-Gaspard Pailhoux de Cascastel, beau-père de Lu£ Dagobert de Fontenille, plus connu pour son héroïsme à l'armée des Pyrénées Orientales, en 1793-1794, en tant que général en chef. Il mourût à Puycerda le 18 avril 1794, assassiné par une famille d'émigrés qui s'empara des archives concernant l'exploitation des mines de Pailhoux de Cascastel.
Cascastel-des-Corbières, le 22 septembre 2005.  Roger-René DAGOBERT

Petit visuel. Promenade dans les rues de Cascastel : http://www.youtube.com/watch?v=rspBH143J2A