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Histoire

Aude. Croisade contre les Albigeois. Regard sur l'épopée de la famille d'Aniort, par l'abbé Pierre Moulis.

Écrit par Administrateur.

Née dans l’Albigeois, l’hérésie cathare se répandit aussitôt après dans le Comté de Toulouse et ses dépendances. Beaucoup de féodaux la soutenait. On ne saurait dire si dans le Pays de Sault, elle avait des racines profondes. Un apologiste de cette secte, Napoléon Peyrat, dans son Histoire des Albigeois. Les Albigeois et l’Inquisition, Paris, 1870-1873, 3 vol.) semble croire que tout le pays était ouvertement hérétique ; mais cet auteur a dramatisé toutes choses, quoique le fond de son histoire soit vrai : il s’appuie toujours sur les preuves de la chronique de cette guerre de Guy de Puylaurens, ou des papiers de l’Inquisition (Collection Doat, Archives Nationales, Paris). Quoi qu’il en fût, les Albigeois existaient : ils refusaient d’obéir au pape et au roi de France. Il fut alors décidé qu’on ferait appel à une croisade pour en finir avec eux. Les gens du Nord allaient faire la guerre sainte à ceux du Midi. Le chef de la croisade fut Simon de Montfort, et le chef de la résistance fut le comte de Toulouse, Raymond VI. Roger Trencavel, vicomte de Béziers et du Razès et neveu du comte de Toulouse, suivit naturellement son chef de file. Il en fut de même des seigneurs du pays de Sault. Mais, s’ils soutinrent les Albigeois, étaient-ils réellement attachés à cette hérésie ? Il est permis d’en douter.  Plusieurs furent condamnés pour avoir été pris les armes à la main plutôt  que comme hérétiques. Voulurent-ils rester fidèles jusqu’au bout à leurs suzerains ?
Une raison de leur résistance, et des meilleures, dût être, sans contredit, qu’ils voyaient dans ces gens du Nord, armés pour faire la guerre aux hérétiques du Midi, plutôt des conquérants, que des défenseurs de la Religion.  Cela ne fut que trop vrai. Ces hommes du Nord, chevaliers sans terre, vinrent se tailler une seigneurie dans les riches plaines du Midi. Et ce qui acheva encore de décider les seigneurs de notre Pays à la résistance, ce furent les excès commis dès l’ouverture des hostilités. La prise de Béziers en fut un terrible exemple. Ainsi donc s’explique, en partie, l’attitude des seigneurs et, consécutivement, celle du pays lui-même, à l’égard de l’hérésie.
Il n’est pas jusqu’au monastère d’Alet qui ne fut mêlé à l’hérésie. Nous lisons, en effet, dans le Gallia christiana, preuves 13 et 15, que le seigneur Abbé et les moines de cette abbaye furent chassés de leur monastère pour crime d’hérésie, propter crimen herescos, par le légat du Saint-Siège, et remplacés par douze chanoines, en 1223. Neuf ans plus tard, en 1232, cependant, l’abbaye fut rendue à ses moines initiaux.   
 De tous les seigneurs connus, deux seulement soutinrent le parti de Simon de Montfort et encore pas jusqu’au bout. C’est d’abord Bernard d’Aliou, baron d’Usson. Avec lui, le Donnezan resta du parti de l’ordre. Cela provient de ce que le comte de Cerdagne, plus tard roi d’Aragon, le déposséda d’une partie de ses domaines en faveur du comte de Foix, dont il fut la dupe. Par dépit, et comme celui-ci favorisait les Albigeois, d’Aliou embrassa le parti contraire. Nous verrons comment il changea plus tard.

  

           Zone d'influence des seigneurs du Pays de Sault

 
C’est ensuite Géraud de Niort, qui se trouvait dans les rangs des croisés, à la bataille de Muret.
Les d’Aniort, la plus importante famille du Pays de Sault, étaient représentés par Géraud d’Aniort et ses quatre fils : Bernard Othon, Géraud, Guillaume et Guilhem Bernard. C’était toute une phalange de guerriers qui firent revivre la mémoire des quatre fils Aymon. Le récit de leur résistance aux lieutenants de Simon de Montfort est devenu légendaire. Ils eurent un autre frère, Raymond dit de Roquefeuil.
Gérald était marié à Esclarmonde de Laurac, dont le château en Lauragais, était un foyer d’hérésie. Napoléon Peyrat appelle Blanche, la mère d’Esclarmonde, la Niobé pyrénéenne ; car, semblable à cette femme de la fable, elle vit son fils Aymeric, châtelain de Montréal, pendu à gibet, après la prise de Lavaur (1211). Esclarmonde, sa fille, dépouillée de ses châteaux, dans le Pays de Sault, et Géralde, dame de Lavaur, sa seconde fille, finit sa vie d’une façon tragique : elle fut jetée vive dans un puits que l’on combla ensuite de pierres.
La famille d’Aniort possédait dans le Pays, les châteaux d’Aniort, Belfort, Castelport, Dournes et la Bastide de Rochan. Par sa femme, Gérald était seigneur de Laurac et Besplans, dans la plaine d’Alzonne, sans compter d’autres terres éparses dans ce secteur.
Raymond d’Aniort était seigneur de la Bastide de Belvis. Il avait épousé une de Bélissens, sœur de Pierre Roger, comte de Foix.
A côté des d’Aniort et de leurs parents, figuraient les d’Aliou. Bernard 1er d’Aliou, seigneur d’Usson et Quérigut, de Montaillou et Prades, d’Espavar et d’Evol, en Cerdagne, était aussi un puissant seigneur. Il s’intitulait prince souverain du Donnezan. « Il prétendait pour Usson et Quérigut, ne dépendre que de Dieu, et pour Prades et Montaillou, il consentait, mais de mauvaise grâce, à relever des comtes de Foix » (Napoléon Peyrat).
Son fils, Bernard II, consentit à prendre en mariage Esclarmonde de Foix, fille de Raymond Roger, comte de Foix (1236) et nièce de la fameuse Esclarmonde, hérétique de marque. Cette alliance fit que les d’Aliou entrèrent dans le parti Albigeois.

    

          Niort de Sault, entrée du village.

Après cet exposé un peu long, nous arrivons à la guerre des Albigeois elle-même. On peut la diviser en deux périodes : la première comprenant la croisade avec Simon de  Montfort ; la seconde, le soulèvement du vicomte de Béziers, Raymond Trencavel, jusqu’à l’entière soumission du Pays.
Première période. – La lutte, à ce moment-là, n’eut guère pour théâtre le Pays de Sault qui ne possédait pas de ville importante.  On ne compta cependant que quelques incursions ;  les châteaux d’Able et de Belfort furent pris à cette époque.  Les seigneurs du Pays avaient surtout combattu à côté de leurs suzerains. C’est là qu’ils se conduisirent en héros… Othon d’Aniort, fils aîné de Gérald, fut blessé à la bataille de Verfeuil, d’où on le rapporta mourant ; il venait d’épouser Nova de Cabaret. Après sa guérison, il reprit les armes et fut fait prisonnier. On proposa alors de l’échanger contre un autre chevalier, détenu depuis longtemps dans les tours du château d’Aniort: Jean de Brigier, qui avait été capturé par les frères d’Aniort, à la bataille de Bazièges.
Parmi les nobles et bourgeois de la province qui rendirent hommage au roi de France, en 1226, on trouve Bernard de Commenge, seigneur de Sault ; Bertrand d’Aliou et Raymond de Roquefeuil ou d’Aniort.

 

         Aspect du village de Niort de Sault.


Deuxième période. – Après avoir soumis les villes, il restait encore les châteaux, derniers asiles de l’Albigéisme. Il est certain que dans ceux des Aniort, l’hérésie trouvait un terrain favorable. Napoléon Peyrat va plus loin : il dit que cinq ministres albigeois prêchaient publiquement dans le château d’Aniort. A Dournes résidaient les diacres Navarre et Cernian, ainsi que la diaconessse de Caraman de la Tour, dont le mari, Gérald, fut un des plus féroces albigeois. Il était le cousin des Aniort.
Un jour, dit-on, - c’était un dimanche -, le peuple s’était réuni dans l’église de Laurac, domaine d’Esclarmonde, mère des Aniort : le prêtre romain se présente pour monter en chaire : « Arrière, écrie Othon, en l’écartant de son épée, arrière, prêtre de Lucibel ; et toi, dit-il au diacre cathare, ministre saint du Paraclet, parle et console-nous ! »
Il est facile de comprendre que le traité de Meaux ne réduisit pas de telles gens. Mais une institution célèbre venait d’être créée, nous voulons parler de l’Inquisition ! Un tribunal de cette institution fut créé, successivement, à Toulouse, puis à Carcassonne ; les d’Aniort y furent cités. Mais ils refusèrent de descendre de leurs rochers. Pour les y décider, Pierre Amiel, archevêque de Narbonne, se rendit à Roquefeuil, résidence d’Esclarmonde, mère de ces « maudits d’Aniort »
La fière matrone, interrogée sur sa foi, dédaigna de répondre et, à la fin, congédia l’archevêque. Othon, son fils, sur l’assurance qu’on n’attenterait pas à sa liberté, consentit à se rendre à Toulouse. Le légat n’osa pas sévir contre ces redoutables chevaliers pyrénéens. Il se contenta de les faire surveiller par le sénéchal de Carcassonne, André de Chauvet ou Calvet, lequel tracassa Othon qui lui fit payer chère son audace. C’est ainsi que dans une de ses chasses, Calvet fut enveloppé par des montagnards et massacré dans la forêt Centenaire (centenaria). Ce lieu doit être le Pla de Centenière, dans le terroir de Coudons. En juillet 1229, un concile se réunit à Toulouse à l’instigation du cardinal saint-Ange, légat du Saint-Siège, et Pierre de Colmieu, vice-légat. On y demanda de se liguer contre les ennemis de la foi et notamment contre Guillaume de Pierre Pertuse et Meyraud ou Géraud de Niort. On les déclara excommuniés de la trêve à eux octroyées s’ils ne faisaient pas leur soumission.
En 1233, le pape Grégoire IX s’en mêla et ordonna au comte de Toulouse de sévir contre plusieurs hérétiques ; entre autres, Guillaume et Géraud d’Aniort, ainsi que leurs parents, qui avaient ravagé les possessions de l’église de Narbonne et avaient attaqué et blessé des sujets de l’archevêque lui-même de cette ville ; il ne peut s’agir ici que des possessions de l’archevêque à Gébetx.
Cependant, les d’Aniort furent encore cités au Tribunal de l’Inquisition de Carcassonne, pour se voir condamner comme hérétiques.  Une première fois, en 1235, on dut les relâcher ; mais, un an plus tard, on les cita de nouveau. Cette fois, Guillaume, seul, osa venir. Il confessa son hérésie et fut condamné à la détention perpétuelle. Esclarmonde, sa mère, Géraud, Bernard Othon et Guilhem Bernard, ses frères, furent déclarés contumaces et dépouillés de leurs châtellenies de Dournes, la Bastide de Rochan, Castelpor et Aniort, berceau de cette antique famille. En même temps, Raymond VII, comte de Toulouse, reçut ordre des Inquisiteurs de saisir leurs biens (2 mars 1236), y compris aussi ceux de Guillaume.
Othon d’Aniort dut également être pris et incarcéré comme hérétique, d’après les dires de deux témoins dans les assises de l’Inquisition de 1259-1260. Mais à cette dernière date, il devait être mort car il n’est question  que de Guillaume ; sa sœur, Esclarmonde de Ginoles, travaillait sans doute à le réhabiliter.
Raymond d’Aniort, cousin de ces derniers, après avoir comme eux, soutenu l’hérésie, avait vu également ses terres confisquées au profit du roi ; toutefois, s’étant soumis de bonne heure, elles lui furent rendues. Peu après, il dut les céder aux nouveaux conquérants.
Malgré tout, les Albigeois tenaient encore. Une grande recrudescence s’était manifestée à l’occasion du soulèvement, en 1228, de Raymond Trencavel, nouveau vicomte de Béziers et du Razès. C’était le frère de Raymond Roger, mort en prison, en 1209. Ses vassaux et, en première ligne, Géraud d’Aniort, toujours imprenable, lui fuirent une garde de corps et la lutte se poursuivit durant des jours encore. Le Pays de Sault en particulier offrait de grandes ressources aux révoltés. Que pouvait-il leur faire dans leurs citadelles imprenables ou dans leurs forêts ?
On descendait de là dans la plaine pour aller surprendre les troupes royales. Ainsi, Carcassonne eut à subir, en 1240, un de ces sièges rapides et ses défenseurs eurent à en souffrir. C’est ce que relate à cette époque le sénéchal, dans un mémoire adressé au roi : Géraud d’Aniort était présent et commandait parmi les chefs.

  

           ... quartier de l'église.


Ce qui est certain, c’est que ce fut dans les montagnes qu’on tint le plus longtemps. Dans la vicomté de Sault, à Pierre-Pertuse, à Montségur, on lutta jusqu’au bout. C’est dans ce dernier refuge que se retirèrent Esclarmonde et ses fils, et c’est là que s’organisa la suprême résistance.
Que se passa-t-il alors dans l’âme des d’Aniort ? La réflexion leur fit-elle voir leur étrange conduite ? Toujours est-il qu’ils résolurent de se soumettre. Il faut croire que l’excommunication lancée contre eux – Géraud et Raymond étaient excommuniés depuis 1229 – leur pesait lourdement malgré les apparences, et ils cherchèrent à la faire lever. L’on peut voir par là que les d’Aniort n’étaient pas si pervers qu’on pourrait l’imaginer aux quelques lignes que nous venons d’écrire, et aux simples faits que nous venons de rapporter.
Lassés de cette situation, ils voulurent y mettre un terme. Géraud dut déléguer par sa mère, ses frères, ses neveux et ses alliés auprès des officiers royaux qui assiégeaient Pierre-Pertuse, pour faire acte de soumission. Le fier chevalier vint à Duilhac trouver les officiers du roi, entr’autres Guy de Lévis, maréchal de Mirepoix, et conclut avec eux l’accord suivant : il fut décidé que le seigneur d’Aniort leur remettrait provisoirement ses places fortes et les accompagnerait à la cour pour s’entendre avec le roi Louis XI. Si ce dernier refusait le pardon, et si Géraud et ses parents ne pouvaient obtenir du pape d’être réconciliés avec l’Eglise, les châteaux livrés leur seraient rendus et la guerre recommenceraient après une trêve d’un mois (novembre 1240).
Ainsi, Géraud  offrait en gage ses châteaux d’Aniort, de Castelpor, de la Bastide de Rochan et de Dournes avec leurs dépendances, ces châteaux dont nul n’avait pu venir à bout. L’Inquisition les avait bien déclarés saisis, mais il fallait les occuper et, pour que cette situation soit effective, le grand capitaine dut en offrir lui-même les clés. Il exigeait, en outre, que lui et les siens fussent exempts de prison et d’exil. Guillaume et Bertrand Othon, qui étaient déjà emprisonnés à Carcassonne, durent l’accompagner dans son voyage auprès du roi car Géraud répond de leur non-évasion, à Issoire, sur le chemin de Paris. D’Aniort fut à la Cour à la fin de l’année. Le roi, heureux d’en finir avec ces turbulents barons, ratifia les conventions passées entre ses officiers et Géraud ; Il prolongea même la durée de la trêve jusqu’au 8 octobre.
Dans sa convention, Géraud abandonnait ses châteaux au roi de France. Il croyait sans nul doute qu’on les lui rendrait plus tard. L’excommunication fut levée mais les terres restèrent au roi. Celui-ci, en compensation, servit à Géraud une rente d’argent. En 1244, il ordonna au sénéchal de Carcassonne de lui servir les rentes mêmes de ses terres, mais il fit défense à lui et à tous les siens de résider sur ces mêmes terres. En même temps, il ordonna qu’on mit des garnisons dans les châteaux des Aniort.
En 1246, le roi ordonna au sénéchal de Carcassonne, Jean de Cranis, de rendre à Bernard Othon, Guillaume Bernard d’Aniort, frère de Géraud, le village de Paraza, pour en jouir à leur fantaisie ; et il s’engagea, vers le même temps, à rendre à Raymond d’Aniort, dans cinq ans, la bastide de Beauvoir ou Belvis, qu’on situe faussement en Lauragais.
Géraud mourut en 1256. Par cette mort, le roi se crut délié de toute concession de rente, d’autant plus que, dit-on, il n’a rien consenti aux frères de Géraud. Il veut donc qu’on leur saisisse leurs terres car, malgré son ordre, ils s’en sont réemparés. C’est peut-être pour ces motifs qu’Esclarmonde de Ginoles, leur sœur, fit une pétition à l’Inquisiteur de Carcassonne, pour essayer de les réhabiliter.
Les d’Aniort restèrent à peu près dépouillés de leurs possessions dans le Pays. Comme on peut le voir, leur crime était non l’hérésie mais la rébellion au roi. Leur fidélité à leurs suzerains les en excuse.
Que devinrent-ils d’eux par la suite ?  Un des frères alla s’établir dans le Roquefortès ; une autre, le baron de Castelpor, possédant la moitié de la belle forêt des Fanges, reçut la vallée d’Arèse ou de Saint-Ferréol, un véritable désert à cette époque-là.
Quant à leurs domaines ? Les châteaux de Montaillou et de Gesse furent rasés. Celui d’Aniort, d’abord voué à la destruction (1256),  y échappa momentanément. Avec Castelpor, on en fit, plus tard, une forteresse royale avec garnison ; on pensait ainsi se prémunir contre le roi d’Aragon, ancien comte de Barcelone, lequel, depuis la vente de 1067, conservait ses prétentions sur le Haut-Razès.
Pour le XIIIe et XIVe siècles, dom Vaissète ne cite plus que deux seigneurs de Sault, titre purement honorifique d’ailleurs, créé pendant la croisade. Ce fut un Agout, en 1251, et Guillaume Arnaud, en 1329.
Le Donnezan, qui était resté en dehors de la lutte, n’en souffrit pas trop : les d’Aliou d’Usson continuèrent à être vassaux des comtes de Foix et du roi de Navarre, dont ils retirèrent toutes sortes de franchises. Quant à Montaillou, la famille de Mauléon en fut libéralement investie.  

 

            Le château (moderne) de la seigneurie de Sault.

Cette étude est une version adaptée d'un chapitre du livre de l'abbé Pierre Moulis, intitulé : Le Pays de Sault (Aude). Recherches historiques. Narbonne, Réédition, 1958.

Pays de Sault : Cascades d'images anciennes : http://www.paysdesault.com/photo_1.htm

Liens visuels : Quelques images sur Montaillou... http://www.youtube.com/watch?v=zHUMTKJ4Su8