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Balades

Gers. Des vestiges de l’abbaye de Planselve en réemploi, au château de Larroque, par Michel Azens.

Écrit par Administrateur. Posted in Ballade du mois

Nous sommes sur les anciennes possessions de l’abbaye cistercienne de Planselve qui fut en activité de l’an 1142 jusqu’en 1789, date de son démembrement. Sa fondation est à l’origine de la création de Gimont.

Cette propriété était jadis très étendue. C’est au lieu dit Plana Sylva, près de la rivière Gimone que s’édifièrent les bâtiments de l’abbaye. Il est à noter, fait rare dans l’histoire de la Chrétienté, que les moines donnèrent à la bastide de Franqueville le nom donné à leur abbaye : Sainte Gimoun, qui devint plus tard Gimont. L’abbé de Planselve étant le chef spirituel de cette communauté.
En 1331 fut édifiée l’église conventuelle. De nos jours ne subsistent plus qu’un mur d’enceinte, qui s’étire sur un peu plus d’un kilomètre, avec une porte d’entrée monumentale du XIVe siècle, le bâtiment des convers, ainsi que deux pigeonniers. l’abbaye était située sur la via tolosana du chemin Saint-Jacques de Compostelle ; elle accueillait de nombreux pèlerins. Elle devint Bien National à la Révolution.Commença alors son déclin. L’église des moines fut démolie.
De très nombreux matériaux servirent en réemploi à l’édification du Château de Larroque. C’est ainsi qu’on peut admirer alentours, dans son parc, deux statues ; l’une représentant la Vierge, l’autre Jeanne d’Arc. Elles sont en terre cuite, très bien conservées, à l’exception de celle figurant la Vierge Marie, altérée sur la face. Il semble difficile de dater celles ci avec précision, mais elles sont d’excellente facture. En outre, soyez curieux et vous découvrirez également de nombreux éléments de décoration d’église, dont une belle gargouille entourée de reliefs de chapiteau, le tout devant un beau massif de fleurs qui était autrefois un bassin. Juste à côté sont posées par terre des boules en pierre qui devaient orner le faîte du clocher d’une église. Près de la piscine s’élevait jadis des bâtiments édifiés par la communauté de Planselve. Il n’en reste plus pierre sur pierre.

 

Vue ancienne du château de Larroque (début XXe s.)

Sur les murs des anciennes écuries, vous pourrez admirer des représentations en terre cuite de têtes de chevaux contemporaines de l’édification du château, dont une dans ce qui est devenu une belle serre, comportant un mandarinier, un bougainvillier et autre plantes exotiques. Le tout est irrigué par un savant système qui récupère les eaux de pluie. Il y a en face de l’entrée un joli bassin en pierre, avec en son centre une curieuse sculpture représentant un Poséidon( ?). En sortant, sur votre droite, levez les yeux et vous verrez la cloche qui sonnait autrefois les grandes heures de la journée.

Le domaine actuel fut acquis par le sieur d’Aurignac, certainement un parent du célèbre Général -Baron d’Empire François Bagnéris(1769-1839), qui en hérita. Né a Auch, donc enfant du pays ,il s’illustra brillamment durant toutes les campagnes napoléoniennes. Volontaire de 1793, son premier fait d’armes remonte à l’année suivante, alors qu’employé à l’armée des Pyrénées-Occidentales, il se signala par la prise de Vittoria et celle de Bilbao. Officier de la légion d’honneur, Chevalier de Saint-Louis, il reçut le titre envié de Baron d’Empire, par décret impérial du 18 Février 1814.
Il termina sa longue et brillante carrière comme Commandant du Département du Gers, sous la monarchie de Juillet, en 1830, pour prendre une retraite bien méritée le 5 Avril 1832.

C’est sa fille qui apporta le domaine en dot à son mari, Adrien de Sevin. Le jeune ménage entreprit donc de faire construire le Château actuel qui fut achevé peu avant 1835. Dans le plus pur style du XVIIIe siècle, la terrasse gazonnée, dominant un vallon escarpé, permet d’admirer un bien beau panorama. La plupart des baies du rez-de-chaussée sont couvertes par un arc en plein cintre, alors qu’à l’étage les ouvertures ne le sont que légèrement. Au-dessus d’une alcôve située devant la terrasse, au centre de l’édifice soutenue par deux colonnes, se lisent toujours les armes conjuguées des Bagnéris et des Sevin où l’on peut lire en latin leur devise : « La Vertu est anoblie par la Souffrance ».


A l’intérieur, des éléments de boiseries du XVIIe ont été opportunément réutilisés, encadrant les belles cheminées. Parmi la riche décoration effectuée par les propriétaires, on observera deux vitraux profanes remarquables conçus par Emile Hirsh, le célèbre maître verrier. Ils ornaient vraisemblablement les latéraux de l’escalier d’accès à l’étage. Les tapisseries sont nombreuses et de style variés. La décoration ainsi que l’ameublement des salons est remarquable de bon goût. A l’étage se trouve la chapelle dans laquelle l’on peut voir de beaux vitraux du XIXe, réalisés par Louis- Victor Gesta, célèbre manufacturier de la ville rose. (1)

Salon Louis XV, au château de Larroque.

La famille Fagedet acquis cette noble demeure en 1966 et la restaura totalement. Il est notoire que le château était en péril, fermé depuis des décennies, ses dépendances faisant lieu de dépôt de fourrage ; le château quant a lui servait de remise pour les grains. Désormais, les stigmates de ce long abandon sont cicatrisés. Le château, ayant retrouvé son lustre d’antan, est devenu un hôtel de charme trois étoiles qui saura satisfaire une clientèle des plus exigeante.
Le restaurant existe depuis 1967 : il est devenu une adresse incontournable dans le circuit de la gastronomie régionale grâce à André Fagedet, qui nous invite dans sa belle ronde des saveurs à découvrir sa cuisine des terroirs et qui a établi la réputation de ce lieu exceptionnel.

(1) Voyez notre article sur ce maître-verrier : http://www.sudinsolite.com/index.php?option=com_content&view=article&id=159:toulouse-le-triste-destin-du-chateau-des-verrieres-dit-aussi-castel-gasta-par-michel-azens-&catid=45:architecture-et-monuments&Itemid=183

Nous tenons a exprimer nos plus vifs remerciement à Madame Fagedet pour la qualité de son accueil ainsi que pour ses précieux renseignements...