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Architecture et monuments

Toulouse. Le triste destin du Château des Verrières dit aussi Castel-Gesta, par Michel Azens.

Écrit par Administrateur. Posted in Architecture et monuments

Au sein du quartier des Chalets se trouve l’avenue Honoré-Serres, qui relie la Place Arnaud- Bernard au Canal du Midi. C’est le lieu que choisit en son temps, Louis-Victor Gesta, de son vrai nom Victor-Louis Fabre, enfant naturel adoptant le nom de son beau-père, un fondeur de caractères d’imprimerie, qui épousa sa mère en 1835. Devenu maître verrier, il fit édifier cette bâtisse. C ‘est ainsi que ce château lui tint de résidence et devint son atelier. Entre ces murs, il conçut les plus beaux vitraux, qui lui valurent une renommée internationale.

Louis-Victor Gesta naquit le 26 Septembre 1828 à Toulouse et décéda dans cette même ville en 1894.  il est l’exemple même de ces entrepreneurs ayant réussi a développer et à faire prospérer leur manufacture, s’appuyant a la fois sur un talent et une maitrise technique exemplaire, à l’instar du statuaire Giscard, autre manufacturier célèbre de la Ville rose, qui connut un succès similaire lui amenant une célébrité qui perdure encore de nos jours.

 

Gesta : vitrail de la chapelle de l'Hôtel-Dieu.

Louis-Victor, élève de l’Ecole des Beaux-Arts de Toulouse, est aidé dans ses études grâce à une bourse du Conseil Général. Il est ainsi  admis à l’Ecole centrale des Arts et Manufactures de Paris. Après une formation assidue chez le maître-verrier Artigue, il va s’établir rapidement à son compte et choisir d’établir son atelier Boulevard de Strasbourg, où il fait travailler une dizaine d’ouvriers. Le 22 Juin 1859, il convole en justes noces avec Joséphine Marie Naves, qui lui donnera trois garçons avant de partir fort jeune à l’âge de 35 ans, le laissant veuf pour la première fois.
En 1852, le succès aidant, il installe ses nouveaux ateliers sur un terrain appartenant à son beau-père, sis rue du Faubourg Arnaud-Bernard, actuellement 22, Avenue Honoré-Serres. Relativement modeste, cette installation comportant des hangars, un four, un magasin et deux petites maisons d’habitation. Elle allait rapidement évoluer grâce à la demande massive de vitraux sous le Second Empire. Comme dans les manufactures Giscard, les commandes affluent principalement du clergé puissant et aisé. En ce temps-là, cent cinquante manufactures répondent a une demande de vitraux ad nauseam, composés généralement d’un personnage de l’histoire sainte entouré de savants décors géométriques.
Une stratégie commerciale avant-gardiste, alliée a une production originale de grande qualité, permettra à Gesta de produire des vitraux pour plus de huit mille églises en 25 ans ! Et ce au moyen de nombreuses expositions où il verra ses compétences récompensées par de trophées, mais aussi de publicités variées dans la presse, sans compter son implication politique et sociale qui lui permettra  de faire connaitre dans tout le pays sa fabrique. Il est à noter qu’il réalisa aussi de nombreuses œuvres profanes dont les vitraux de la superbe véranda du Casino de Luchon pour ne citer qu’elle.

Vitraux de Gesta, d'après une publication du XIXe siècle.


La réussite étant au rendez vous, il fit édifier une résidence à l’architecture peu commune en son temps : Castel-Gesta, tel fut le nom que reçut cette villa, connue aussi comme le Château des Verrières ou Maison du Verrier, chez les Toulousains d’antan. Il en fit l’écrin de ses productions. Edifiée à partir de 1860, d’un style néo-gothique très en vogue alors, elle connut un destin qui mérite d’être relaté.
Dotée d’une tourelle au Nord-Est et de deux tourelles dites en encorbellement au Sud-Est, il fut choisi d’y adjoindre des éléments de décor du XVe et du XVIe s en réemploi, notamment sur des retombées de voûtes de la tourelle Nord-Est, dans les gargouilles saillantes des façades Sud et Nord, ainsi que dans le fronton couronnant la porte Nord. Parmi les deux salles d’expositions symétriques, la salle des illustres présentait un remarquable programme iconographique à la gloire des grands hommes de la Ville rose. Particulièrement, le peintre Bénezet participa à cette réalisation. Il est à noter que cet autre artiste que fut Joseph Angalières, réalisa les peintures murales de  l’autre salle d’exposition appelée La chapelle. Notamment,  on pouvait admirer des toiles marouflées au plafond du Château proprement dit, ainsi que des scènes murales.
Un grand parc avec une imposante enceinte était décoré d’authentiques sculptures médiévales. Cette belle demeure bourgeoise à l’architecture originale était appréciée des Toulousains, qui ne manquaient pas de faire un détour pour l’admirer lors de leurs promenades. Hélas, une succession d’évènements fut a l’origine du long déclin de cette demeure.
Après avoir connu des difficultés, la faillite fut inéluctable pour Louis Victor Gesta. L’homme décéda peu de temps plus tard, le 6 septembre 1894. Faute d’entente entre les héritiers, la vente du château fut prononcée et les biens mobiliers dispersés. Par la suite, la veuve de Bernard Bordes, premier acheteur de cette villa castellisée, le fit visiter à la Société des Toulousains de Toulouse qui firent l’éloge de la décoration, en particulier de « la véritable salle des illustres », œuvre de Bénezet. En 1937, les sœurs de la Charité de saint Vincent-de- Paul  y hébergèrent des familles de réfugiés. Les vitraux par mesure conservatoire furent déposés. Les tranchées creusées dans le parc pour abriter des riverains pendant la défense passive, ainsi que le saccage des peintures recouvertes d’un badigeon semblent être la genèse d’une longue dégradation qui, malgré le classement a l’inventaire des Monuments Historiques en 1991, a produit l’état déplorable dans lequel il se trouve aujourd’hui.
Devenu un lycée professionnel en 1987, la ville en fit l’acquisition et y installa la classe d’orgue du Conservatoire. Le premier étage abritant une école. Sa direction tenta d’acheter la demeure, mais le projet resta dans les cartons. A quelques temps de là, la bâtisse fut fermée, livrée à l’abandon jusqu’à ce qu’un incendie se déclare dans la salle des illustres. Ensuite, la Police nationale l’occupa, ainsi qu’une mutuelle étudiante... qui revendit le bien a une société de promotion qui fit l’actualité judiciaire il y a quelques années. Un article du Monde daté du 15 Octobre 2009 s’en fit l’écho.
Durant des années, le Château des Verrières a été le théâtre de freeparty (1), mais, plus dommageable encore, la proie de squatteurs  et de vandales. Un avis autorisé des Monuments Historiques laissait entendre que les dommages semblaient irréversibles. Malgré, cela, il est permis d’espérer que cette demeure puisse un jour retrouver si ce n’est son lustre d’antan, un aspect acceptable pour un monument si peu commun , en tout cas c’est certainement le souhait qu’entretiennent les amoureux du patrimoine de la Ville rose...

...Etat actuel du castel Castel-Gesta.

Sur place : rue Godolin. Emergeant de hautes palissades de protection, vous pourrez l’apercevoir.
Références de lecture : C .Maillebiau : Les Châteaux de Toulouse.  Loubatières, éditeur, 2000.  - Lise Anjalbert : un Château dans Toulouse,
Les Verrières, in Académie des Inscriptions et belles lettres, année 1988. - Mange (Christian), Histoire et identités toulousaines : le château des Verrières de Louis-Victor Gesta (1828-1894)", in Toulouse, une métropole méridionale, Toulouse PUM, Coll Méridiennes, 2009, p. 1027-1033. - Louis Peyrusse, Christian Mange, "Les Verrières, le Moyen Âge retrouvé", in Midi Pyrénées Patrimoine, N°18, été 2009, p. 90-94.

(1)  Freeparty à La Verrière :
I. - http://www.dailymotion.com/video/x414i2_freeparty-a-la-verriere-squat-a-tou_music
II.- http://www.dailymotion.com/video/x414i2_freeparty-a-la-verriere-squat-a-tou_music
III.- http://www.dailymotion.com/video/x41cas_freeparty-a-la-verriere-squat-a-tou_creation
IV.- http://www.dailymotion.com/video/x59vm2_verriere_music