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Histoire

Ariège. Montségur. A propos de deux ou trois idées reçues…

Écrit par Administrateur.

Depuis le début de la Croisade contre les Albigeois, trente années s’étaient écoulées sans que le château de Montségur ne soit inquiété. Il fallut le drame d’Avignonet, en 1242, pour polariser l’attention sur la forteresse du Pog.   Au début de cette année-là, Pierre-Roger de Mirepoix, réfugié à Montségur, prit la tête d’un « commando » de trente-six hommes avec l’objectif d’exterminer la dizaine d’Inquisiteurs qui sévissaient à Avignonet, en Lauragais. Pas un n’échappa au massacre… Ce « haut-fait » réclama vengeance ! C’est ainsi qu’un an plus tard, une armée conduite par le sénéchal de Carcassonne, Hugues des Arcis, vint prendre position au pied de Montségur.

 

On a souvent écrit que Montségur était par excellence le château de l’Hérésie et qu’il en était devenu le bastion grâce à la légendaire Esclarmonde de Foix. Or, Montségur ne dépendait pas du Comté de Foix, mais appartenait aux Vicomtes de Carcassonne. Il est probable que ce château fut consolidé en 1212 pour servir de refuge aux barons faydits, chassés de leurs demeures au lendemain de l’invasion du pays d’Olmes. Ce n’est qu’en 1232, cédant aux instances de Guilabert de Castres, évêque cathare, que Ramon de Péreille, seigneur de Montségur, consentit à faire de son château le lieu de retraite des persécutés de l’Inquisition.
Il ne fallut pas moins de dix mois pour faire tomber Montségur comme un fruit mûr. Et encore, Des Arcis dut consentir à d’avantageuses concessions réclamés par les assiégés. Ainsi, Pierre-Roger de Mirepoix put quitter Montségur, avec son cheval et ses hommes d’armes, sans être inquiété au sujet de sa participation au massacre d’Avignonet.

Hélas, les accords militaires résignèrent les civils réfugiés dans le château à un destin tragique. Ceux qui refusèrent de réintégrer la « vraie foi » se virent impitoyablement condamnés au bûcher. Combien de ces malheureux périrent ainsi par le feu ? On a parlé de deux cent cinq ou deux cent quinze hérétiques livrés au bras séculier. Même en tenant compte de certaines exagérations ou approximations, c’est près d’une cinquantaine de personnes qui furent ainsi vouées aux gémonies.
Pour que cette tragédie ne s’oublie pas, un monument commémoratif fut construit au lieu dit « le Col », devenu Camp dels Cremats (Camp des Brûlés). Placée au pied de la montagne, au début du sentier conduisant au château, cette stèle est un passage obligé pour tous les grimpeurs du Pog. Pourtant, on s’est parfois pris à douter que cet emplacement choisi fut bien celui du Bûcher de 1244.
Ce n’est qu’en 1951 qu’apparaît sur les cartes ce nom de  Camp dels Cremats, il se substituait à l’ancienne dénomination « le Col ». On peut s’interroger sur ce changement de toponyme que rien ne justifie. Outre cela, la configuration des lieux ne se prêtent guère à l’accumulation des matériaux pour un bûcher d’envergure. En revanche, l’emplacement probable – correspondant aux rares descriptions de l’époque -  pourrait être une prairie assez vaste, située à petite distance de la stèle, mais un peu plus bas et coupée de la montagne par un léger évidement de terrain.
Ici comme ailleurs, la vérité doit-elle en passer par certains arrangements pour subsister ? Notre mémoire a-t-elle besoin de « clichés » pour ne pas oublier ? N’insistons pas, nous n’allons pas aimer la réponse…

 Références de lecture : Jacques Ferlus, Montségur, notice historique et archéologique, 1969 ; Jean Duvernoy, Inquisition à Pamiers, 1966 ; journal Sud-Ouest, du 9 juillet 1961 ; Joseph Dengerma, Montségur. Symbole d’Amour ? , 1968.