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Architecture et monuments

Haute-Garonne. Toulouse. Des lapins et des hommes, par Anselme Ferafiat

Écrit par Administrateur. Posted in Architecture et monuments

Selon la légende, le Compagnonnage remonterait à la construction du Temple de Jérusalem. Le roi Salomon désigna ses artisans en maîtres, compagnons et apprentis. Jacques, maître-artisan,  tailleur de pierre et architecte, et le Père Soubise, maître-artisan et charpentier, seraient les fondateurs à l’origine de sociétés d’obédience différentes finissant par fusionner au XXe siècle.  Au Moyen Age, les ouvriers d’élite s’organisèrent en métiers du bâtiment liés à la pierre, au fer et au bois. Les cathédrales sont les témoins d’un savoir- faire ancestral, dont la qualité et la beauté étonnent toujours...

De ces Compagnons Charpentiers du Devoir nous allons en dire quelques mots. Le principe fondamental de la formation itinérante de l’aspirant, qui pouvait durer de trois à sept ans, était bel et bien de prendre le temps d’apprendre ; c’est dire la patience et la ténacité dont devait faire preuve l’apprenti pour perfectionner son art, avant de présenter fébrilement son chef d’œuvre lors d’une cérémonie de réception qui devait à jamais rester ancrée dans sa mémoire. Adoubé, il était alors déclaré Compagnon. La coutume voulait qu’il choisisse un surnom évocateur, dans le style Albigeois la belle conduite, ou Babou la sûreté. Lui-même, un jour, transmettra son savoir-faire à un nouvel apprenti, conscient de l’expérience accumulée, ainsi que de la qualité de cet enseignement solidement acquis.
La « cérémonie » s’articulait ainsi. Le jeune homme, arrivant sac à dos et canne à la main, était accueilli par « la Mère » personnage hautement respecté, dont la mission était de veiller au bien-être spirituel et matériel de chacun ; en guise de préambule, il se devait de passer sous le portrait du Père Soubise aux traits austères,  dont il était l’enfant.
En termes symboliques, les jeunes apprentis  étaient vus comme des petits lapins, - le lapin étant aussi un outil pour réaliser les épures - comme ceux figurant sur la façade du Musée des Compagnons, rue Tripière, n° 12.

Ils sont ici en terre cuite, et ont superbement bien résistés aux outrages du temps, et au vandalisme ;  il faut croire que l’ouvrage bien fait, force au respect... l’immeuble acquis en 1898 fut un des lieux les plus accueillants du « Tour de France » que devaient réaliser ces méritoires Compagnons .Son balcon, dit « en guitarde », est une véritable prouesse technique. Soutenu par des pièces entrecroisées et encadrant une peinture représentant un énigmatique personnage barbu, il fut réalisé en 1923. Le mot «  paix » est artistiquement sculpté dans le bois, ainsi que les initiales UVGT , signifiant « Union, Vertu, Génie et Travail », valeurs sacrées à l’image des Compagnons Charpentiers du Devoir.
Cette structure sociale d’entraide, animée d’un idéal moral des plus exigeant, a pourtant été traversée au cours de sa longue histoire par des rivalités et des violences, particulièrement au XIXe siècle qui fut marqué par Agricol Perdiguier, dit  Avignonnais la Vertu, ardent militant de l’Union et du Progrès .

Chaque année, cette noble corporation défile à l’occasion de la fête de Saint-Joseph, en costume aux rubans de couleur, portant fièrement leur chef-d’œuvre, avant d’êtres reçus à la Mairie dans la salle des Illustres.
Désormais l’immeuble du 12, rue Tripière à Toulouse est devenu le Musée du Compagnonnage. On peut le visiter chaque mercredi de 14 h à 17 h, ainsi que le premier Dimanche de chaque mois. Les Centres, eux, ont été transférés route de Revel et Rue des Pyrénées.

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Notes de lecture : Robert Mesuret Evocation du vieux Toulouse, 1960 ; Jules Chalande Histoire des rues de Toulouse, 1973 , Pierre Salies Dictionnaire des rues de Toulouse, 1989. Sur les Compagnons : Pierre Barret et Jean-Noël Gurgand, Ils voyageaient la France, 1981. Ref. Web : http://genhames.free.fr/compagnonnage.htm