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Géographie et topographie

Pyrénées-Atlantiques. Etsaut. Les chemins de la mâture dans la vallée d'Aspe, par Michel Azens

Écrit par Administrateur. Posted in Géographie, topographie et géologie

Dans la belle vallée d'Aspe, et à quelques kilomètres de l'ancien poste frontière d'Urdos, fut réalisé un chemin dans la roche qui soulève encore aujourd'hui l'admiration ... C'est au XVIIe siècle, sous le règne de Louis XIV, que furent réalisés ces passages permettant à la Marine d'acheminer toutes les pièces de bois qu'exigeaient la construction des navires. En ces temps-là, la Marine occupait une place considérable dans l'économie des nations d'Europe, aussi Le Roi-Soleil et son industrieux ministre Colbert, conscients de l'importance de son rôle, décidèrent de créer en 1660, une véritable marine de guerre. Les approvisionnements en bois indispensables aux chantiers navals se révélèrent rapidement problématiques car les guerres incessantes avec l'Angleterre et la Hollande, compliquaient considérablement l'importation des bois du Nord de l'Europe en renchérissant leur coût. Aussi, il devint indispensable de recourir aux ressources nationales. Cette lettre de Colbert au Marquis de Seignelay, insistant sur « la nécessité de prospecter des mâts systématiquement dans tout le royaume », est révélatrice de la situation. Vierge de toute exploitation et possédant toute les conditions favorables pour l'exploitation du bois : présence de routes carrossables, de rivières, et proximité d'un port, celui de Bayonne, l’administration royale ne tarda pas à jeter son dévolu sur les vastes forêts de l’Aspe. Dès lors, d’importants travaux d’aménagements furent entrepris pour améliorer les voies d'accès.
C'est dans la forêt de Lhers que débuta l'exploitation en 1677. Puis, il y eut  une période d'interruption. Ce n’est qu’en 1761, que le ministre Choiseul confia  à un nommé Gleizes, ingénieur des Ponts-et-Chaussées, d'entreprendre l'exploitation de la forêt d'Issaux, à l'Ouest d'Athas, afin de fournir à la «Royale» les grands troncs de sapin de plus de trente mètres servant à la réalisation des mâts des navires. Descendus des sommets au moyen de cordes sur des glissières de bois et transportés jusqu'à la rive du Gave par des attelages de bœufs, les troncs, reliés entre eux, formaient des radeaux pittoresques sur le Gave dont le courant les acheminaient jusqu'à Bayonne. Mais un désastre financier survint ! La mission Gleizes prit fin. Les officiers du corps de la Marine firent alors appel à  l'ingénieur Paul-Marie Leroy, qui acheva les coupes dans les forêts d'Issaux et du Benou, avant de se tourner vers celle du Pacq, entre Etsaut et Urdos. Cependant, afin d'exploiter cette vallée inaccessible et très riche en ressources, il était indispensable de traverser le ravin de Sescoué dit aussi  Gorge de l'enfer.  Leroy, ingénieur avisé, conçut alors de percer ce fameux Chemin de la Mâture, qui fut achevé en 1772. C’était là, une véritable prouesse technique et humaine, qui avait consisté à tailler à travers la roche une voie de passage en empiètant  dans la falaise verticale dominant la rive du torrent ! Il faut s'imaginer un instant les ouvriers, suspendus a près de deux  cents  mètres au dessus du vide, creuser dans la roche ...

                 

 « On ouvrit le chemin des deux extrémités pour venir le rejoindre au milieu. Pour l'exécution on fut d'abord obligé, dans certains cas, de suspendre des hommes avec des cordes pour aller percer des trous et y poser des fleurets. Certains ouvriers travaillaient sur des échafauds très élevés et soutenus par des échelles dont les pieds posaient sur les bords du précipice » explique Leroy dans son Mémoire sur les travaux qui ont un rapport avec l'exploitation de la maure dans les Pyrénées (1776). Et il ajoute : « Outre les difficultés naturelles qui résultent du concours de circonstances, on doit compter celles qui naissent de l'horreur du lieu, de la nécessité de n'employer que des ouvriers qui y soient familiarisés; on peut dire que les spectacles effrayants qui se multiplient dans ces lieux sauvages, donnent aux travaux qu'on y exécute un air de grandeur qu'ils méritent assez par les spectacles qu'ils donnent a surmonter. »
On peut croire sans peine que les ouvriers employés, le plus souvent des gens du Pays ainsi que des Basques, bien qu'habitués à une vie rude, se virent devoir faire face à des conditions de vie extrêmement pénibles. Et que dire des éventuelles rencontres avec des ours ou même des loups qui étaient loin d'être rares dans ces contrées devenues depuis le parc national des Pyrénées...Ces travailleurs dormaient dans des cabanes construites dans la forêt, et souvent, n'avaient comme nourriture que de galettes faites sur place, composées de farine de maïs amenée chaque semaine de la vallée.

         
Les arbres abattus étaient composés d'hêtres servant à fabriquer les avirons et les poutres ; de buis, pour les essieux et les poulies, et les grands sapins pour les mâts. Ils étaient convoyés par des attelages de bœufs attelés au timon de devant, en prenant la précaution d'en positionner deux autres à l'arrière pour les retenir. Un officier de Marine commandait les ouvriers répartis en brigade de vingt-cinq hommes, tous bûcherons expérimentés.
Le chemin de la Mâture, d'une largeur de quatre mètres sur une hauteur à sa voûte quasiment similaire, sa pente presque rectiligne est d'environ 10% et sa longueur est de neuf cents mètres. Il domine le célèbre fort du Portalet. Il accueille chaque année de nombreux randonneurs empruntant le célèbre GR 10. Depuis Oloron-Sainte-Marie, vous devez vous rendre a Etsaut, un beau village pittoresque ; puis, du lieu dit « Pont de Cébers », vous pourrez à votre tour emprunter ce chemin séculaire, qui vous mènera vers des paysages inoubliables.

       

Les photos qui illustrent cet article proviennent de la collection Mariano, reproduites avec son aimable autorisation. Nous lui exprimons nos plus vifs remerciements. Ne manquez pas de visiter son site :  http://pau.pyrenees.64.free.fr/

Ref. Web complémentaire :  http://www.afleurdepau.com/