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Chroniques et légendes

Pyrénées-Orientales. Formiguères. Sorcières en Capcir.

Écrit par Administrateur. Posted in Chroniques et légendes

En 1642, Nicolas Pavillon, évêque d’Alet (ancien Evêché de la Haute Vallée de l’Aude), intransigeant défenseur de la foi, mais dont la pieuse simplicité forçait l’admiration, fut amené à intervenir dans une singulière affaire qui demanda sa présence en Capcir.  Le Capcir, c’est cette région avec Formigères pour « capitale » ; allant principalement du Col de la Quillanne à Rieutort et même un peu au-delà. C’était en hiver, une délégation recommandée par plusieurs curés du Capcir insistait pour le rencontrer. C’est ainsi que Nicolas Pavillon fut mis au courant des drames qui se nouaient dans les montagnes de l’arrière-pays. Il y a quelques temps, déplorant la disette qui y sévissait, des habitants de ces contrées s’étaient mis en tête d’en tenir pour responsables les sorciers, sorcières et autres conjureurs. Pour les réduire à l’impuissance, ces paysans déterminés avaient fait appel à un traqueur de sortilèges. Ils lui avaient offerts cent écus pour cette besogne. De Carcassonne, ils l’emmenèrent avec eux  visiter tous les villages du Capcir. Evidemment, l’homme trouva des « sorcières » ; en tout, trente-deux femmes furent jetées dans les geôles infectes du battle (le bailli, en catalan) de Formiguères. Elles avaient été placées sous la surveillance « des plus notoires scélérats du pays ».
En vain, les curés des paroisses incriminées s’étaient alarmés de cette situation. D’où la délégation qu’ils avaient envoyé à Nicolas Pavillon. Evidemment, le saint évêque voulut intervenir dans ce désordre. En périt du temps effroyable qui sévissait dès les premières altitudes, Pavillon s’achemina d’un pas pressé en pays de Sault, malgré la neige et les bourrasques glaciales. Au Col d’Arès, l’évêque faillit périr de froid. Mais, les deux vigoureux valets qui l’accompagnaient le relevait des enfoncements de neige où il tombait, et, on lui donnait un peu de vin pour le remettre de ses fréquentes défaillances.


Enfin, parvenu à Formiguères, il y a trouva également le sinistre chasseur de sorcières, qui amenait au battle de nouvelles victimes. Aussitôt, Pavillon réclama la mise sous verrou de l’individu. Le lendemain, l’homme fut interrogé par l’évêque d’Alet ; le curé de Rouze remplissait les fonction de greffier. On lui amena l’une des prétendues sorcières : l’imposteur est sommé de dire comment il détermine qu’une femme est sorcière. Il répond qu’elle a une marque à un endroit distinct de la tête ; on la tond soigneusement pour s’apercevoir qu’il n’y a rien. L’homme n’hésite pas alors : il déclare que le signe recherché est à l’épaule. Las ! Le plus scrupuleux examen de l’épaule désignée ne découvre aucune marque ! Alors, dit-on, Pavillon fut pris d’une sainte colère et lui parla avec tant de force que le misérable, se jetant au pied de l’évêque, lui demanda la vie et le pria de contenir la fureur des habitants qui ne manqueraient pas de l’occire pour les avoir abusé. Dans ses aveux, il admit n’avoir nulle connaissance en sorcellerie mais que son état de chirurgien avait fait croire qu’il était grand expert des trames du Diable. Seul l’argent le motivait. 
Bien sûr, on délivra rapidement les trente-deux prisonnières et l’homme fut confié à la garde du battle de Formiguères, en attendant qu’un officier de justice et trois archers, venant d’Olette, l’emmène pour instruire son procès.

Sources : Bulletin de la Société d'études scientifiques de l'Aude,  1995, vol. 95, pp. 145-151 ; Vidal (Pierre) et Calmette (Joseph), Histoire du Roussillon, 1923.