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Insolite

Aude. Western à Carcassonne. Une étape de la tournée européenne de Buffalo Bill, par Michel Azens

Écrit par Administrateur. Posted in Insolite

Dans le cadre des grandioses festivités offertes dans la Cité, au début du XXème siècle, il fut donné un spectacle exceptionnel qui, entre fête et cirque, mobilisa les foules en 1905. Suscitant la curiosité par la formidable organisation et  la prodigieuse entreprise qu'il représentait, le cirque de Buffalo Bill attira en masse de très nombreux spectateurs subjugués par ce spectacle exotique, hors du commun pour l'époque... Transposant le monde du Far West dans la petite ville de l'Aude, lors de la deuxième tournée Européenne du «Buffalo Bill's wild west show» . Le colonel William Frédérick Cody, allias Buffalo Bill, se produisit accompagné d'authentiques indiens, des hommes des frontières, des éclaireurs, des chasseurs pittoresques, des «Rouhts Riders » du monde entier, qui représentaient les troupes de cavalerie des principales nations d'Europe et des Etats Unis.
Le spectacle de Buffalo Bill apportait ainsi toute l'avance technologique du Nouveau Monde : une arène pouvant contenir plus de 10 000 spectateurs, éclairée électriquement (!), une impressionnante chaudière à vapeur aux multiples fonctions, permettant notamment  la prouesse de servir quatre-cent cinquante repas chauds, des tentes en nombre pour loger confortablement le personnel, et d'autres pour les nombreux animaux lesquels, pour l'anecdote, avaient été tenus à l’écart par les autorités militaires de Carcassonne qui redoutaient les maladies contagieuses...
Avant de décrire ce fameux «show»,  - le terme datant de cette époque, rappelons que la logistique nécessaire au transport d'une telle troupe, était tant soit peu impressionnante. En 1889, lors de la première tournée Européenne, elle était déjà exceptionnelle, alors qu'à cette période les représentations ne se firent que dans trois villes: Paris, Lyon et Marseille.
En 1905, il en fut tout autrement, puisque celles-ci s'effectuèrent dans plus  de cent-vingt  villes ! Déjà pour traverser l’Atlantique, cela ne nécessita pas moins  de seize bateaux pour transporter l'ensemble des huit cents hommes ainsi que les cinq cents chevaux de la troupe.  En France, il ne fallait pas moins de trois trains spéciaux pour les conduire de ville en ville. Les cinquante wagons américains, représentant une longueur de près d'un kilomètre étaient précédés par des fourgons de tête mis à disposition par des compagnies régionales qui fournissaient également ceux fermant la marche. Les wagons- lits du convoi, possédaient la particularité d'être deux fois plus longs que leurs homologues Européens, et, fait remarquable, celui du Colonel Cody était un véritable appartement composé d'une cuisine, d'une vaste salle à manger, d'une petite chambre occupée par ses domestiques, d'une chambre à coucher ainsi qu'un cabinet de toilette.

Il est permis d'imaginer l'effervescence qui devait régner a Carcassonne lors de l'installation de ce vaste cirque durant la matinée précédant la représentation. Pendant que les hommes de la troupe procédaient a l'érection des tentes, les indiens en faisaient de même en dressant leurs tepees.  Il ne fallait que deux heures pour emmener tout le matériel, soit mille deux cents pieux, quatre mille mats, 23000 m2 de toile, trente mille  mètres de cordages, près de huit mille sièges et pas loin de dix mille pièces de bois et de fer indispensables. .Des centaines de tentes surmontées des drapeaux de toutes les nations devaient offrir une vision contrastant singulièrement avec les remparts de la vielle Cité. On peut penser que grâce aux trois grandes dynamos alimentant ce campement cosmopolite, Carcassonne connut ainsi ses premières illuminations.
Les représentations avaient lieu généralement à deux heures de l'après midi et à huit heures du soir. Bien que les acteurs puissent être exposés aux intempéries, il en était tout autrement des spectateurs, ceux-ci bénéficiant de l'abri d'une immense tente rectangulaire.
L'ouverture du spectacle se faisait au son d'un pittoresque orchestre de cow-boys, alors que Buffalo Bill en grande tenue, se présentait lui-même accompagné de ses cavaliers. Il faut souligner que le colonel mettait un point d'honneur, en faisant pénétrer les indiens à sa suite, de les valoriser constamment. S'enchaînaient ensuite des exhibitions de cavaliers, de cow- boys, d'indiens en nombre aux costumes chatoyants, de Mexicains, d'Arabes, d'authentiques samouraï et même de cosaques. Des «Western-girls», ainsi que des sqaws, offraient aux badauds médusés un tableau d'un exotisme inoubliable...

Ensuite, le colonel et son fils adoptif, Johnny Baker, s'adonnaient au tir, leur exercice favori. Annie Oakley , tireuse émérite clôturait la démonstration tournant souvent le dos à la cible, en utilisant un miroir ou la lame d'un couteau, et ne manquait jamais de faire mouche sous les regards admiratifs des spectateurs. Elle reçue, en guise d'hommage pour ses exploits, le surnom indien de watania cicilia, voulant dire « Little sure shoot », suite a sa rencontre avec le grand Sitting Bull en personne, qui intégra la troupe a son tour. Mais ni l'un, ni l'autre firent partie de la tournée de 1905.
Le clou du spectacle était souvent la reconstitution de la bataille de Summit Springs dans laquelle Cody s'illustra, notamment par un duel qui l'opposa au chef cheyenne Yellow Hand. A cette occasion, le public pouvait admirer Buffalo Bill dans son costume et chevauchant fièrement sa monture, une belle jument nommée Isham.

Le dernier combat du général Custer à la bataille de Little Big Horn faisait également partie du final visuel de la conclusion du spectacle. On peut sans peine imaginer que toute la troupe était donc mobilisée pour offrir un tableau unique et mémorable pour les spectateurs de cette époque. Le colonel tenant à l'authenticité de la représentation, ne négligeait aucun détail afin que les faits relatés soient le plus près possible de la réalité, ce qui contribua grandement au succès de ses représentations. C’est ainsi qu’à  Paris, lors de la Première tournée,  les différents spectacles avaient totalisés près de trois millions de personnes !
A Carcassonne, on vint de fort loin pour admirer cette représentation unique en son genre. Il faut dire que dans l'organisation, rien n'était négligé pour la promotion, d'innombrables affiches étaient placardées dans les villes et villages environnants faisant aujourd'hui le bonheur des collectionneurs.
A l’exception de  quelques péripéties dont l'isolement du bétail et des chevaux, nul incident ne vint entacher cette étape de la tournée. Débutant en  décembre 1902, ce show dura quatre années et s'acheva en Arles le 30 octobre 1906.
Après de multiples péripéties, annonçant des difficultés financières graves, avec la mort de James Bailey, l'un des principaux financiers du «Wild west show», l'endettement s'aggrava et c'est en simple employé, que le Colonel Cody assista en 1913 à la vente aux enchères de son organisation. Les employés furent renvoyés sans formalité et l'on dit que les indiens furent contraints de vendre leur costume afin de se payer le billet de retour. C'en était fini de l'épopée du «Buffalo Bill's Wild west show» dont le spectacle fut admiré par plus de 50 millions de spectateurs dans plus de mille villes et douze pays !
Fatigué et malade, William F. Cody se vit encore dans l’obligation de se produire pendant deux ans pour rembourser ses dettes. Finalement, revenu aux Etats-Unis,  il finira ses jours  à Denver, dans la maison de sa sœur et y décèdera le 10 janvier 1917 à l'âge de 71 ans. Dix-huit mille personnes assistèrent à ses  funérailles, qui eurent lieu a Lookout Montain dans le Colorado.
Cet homme à la vie extraordinaire et au destin hors du commun passa à l'immortalité dans la mémoire de millions de spectateurs dont celle des Carcassonnais venus assister nombreux au pied des remparts à ce spectacle inoubliable.

Source : revue Folk-Lore, Hiver 1987. Pour les aficienados du Far West et de Buffalo Bill : http://www.equi-western.com/html/archives_buffalobill.htm