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Figures du passé

Aude. Carcassonne. Le Baron Guillaume Peyrusse, qui fut trésorier de Napoléon

Écrit par Administrateur. Posted in Figures du passé et personnalités

En 1869, la Bibliothèque Municipale de Carcassonne fut bénéficiaire d’un don consistant en une quantité appréciable de cartons contenant plus de quatre-cents documents divers, principalement toute la correspondance, les notes et le pièces comptables du Baron Guillaume Peyrusse, qui exerça les fonctions de trésorier de l’Empire, entre 1809 et 1815, y compris pendant le laps de temps de la captivité de Napoléon à l’île d’Elbe.

Le Baron Peyrusse était décédé en 1860. C’est pour répondre à son vœu que son gendre, Auguste Chaumont, - qui préférait se faire appeler Cornet-Peyrusse, avait fait ce dépôt solennellement à la Ville de Carcassonne, d’où était originaire le défunt. La carrière du baron Peyrusse, sous le Premier Empire, avait été remarquable. Désigné le 24 mars 1809, par le Comte Estève, pour faire le service de payeur du trésor général de la couronne à la suite du Quartier-Général impérial. Il avait participé à toutes les campagnes de l’Empereur depuis celle d’Essling. Au retour de Wagram, il fut nommé chef de la comptabilité des recettes du trésor de la couronne. Puis, le 28 février 1810, on le voit promu payeur de l’ambassade destinée à aller recevoir l’impératrice Marie-Louise à Braunau, chargé de la garde des fonds et de la corbeille impériale. En 1812, c’est au titre de payeur du trésor de la couronne à la suite de l’Empereur, qu’il se trouva engagé dans la calamiteuse campagne de Russie. Sa conduite courageuse et volontaire lui valut dans ces circonstances un quitus élogieux de la part du trésorier général de la Couronne, M. de la Bouillerie. « Ce comptable, écrivit-il à l’Empereur, est probe et intelligent. Il a mis un zèle et une activité rares dans la conduite qu’il a tenue en revenant de Russie. Il a sacrifié tout ce qui lui appartenait pour sauver les portefeuilles de Votre Majesté, ses comptes et sa caisse dont il m’a rendu un compte exact. Beaucoup de grands officiers ; appartenant à la maison de Votre Majesté, avaient, dans le retour de Russie, versé leurs fonds dans la caisse du sieur Peyrusse et ont été intégralement remboursés. »

 

Peyrusse participa encore aux campagnes d’Allemagne et de France. Puis, Napoléon déchu, il le suivit à l’île d’Elbe. En mai 1814, il se vit gratifier de la Légion d’Honneur. Dans cet exil impérial, il fut distingué trésorier général de l’Empereur, avec la prérogative –quelque peu dérisoire – de receveur générale de l’île.
Lorsque l’Empereur s’embarqua sur le Bellerophon, à destination de l’île de Sainte-Hélène, Peyrusse ne le suivi pas dans sa tragique captivité. Il se retira dans sa ville natale, à Carcassonne. Pendant trois ans, il connut l’existence humiliante des demi-soldes avant d’épouser, le 2 décembre 1818, la fille d’un riche agriculteur de Roujan (Hérault), une demoiselle Chabal. Cette union lui apporta en dot une certaine fortune foncière. En mesure de tenir son rang, il brigua les suffrages de ses concitoyens, et fut élu maire de Carcassonne en 1832. Trois ans durant, il conserva cette charge. Mais, en 1835, visant la députation, il y renonça finalement faute d’avoir l’appui de l’administration qui jugeait insuffisants ses soutiens dans l’électorat censitaire.
Sur ses vieux jours, il porta ses talents  d’administration en occupant en 1859 le fauteuil de la présidence de la Société des Arts et des Arts de Carcassonne. le 27 mai de l’année suivante, malheureusement, il devait décéder, à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Il repose aujourd’hui dans la chapelle du cimetière Saint-Vincent, à Carcassonne.

On a le privilège de connaître très en détail l’épopée napoléonienne de Peyrusse grâce aux documents qu’il nous a laissés, à ses lettres, à ses livres de comptabilité, et surtout à ses cahiers qu’il tenait à jour très régulièrement. C’est sur les conseils de son frère, André, qu’il avait pris soin de noter tous les événements dont il avait été le témoin au cours de ses campagnes.
A sa mort, les archives familiales passèrent entre les mains de son gendre, M. Auguste Chaumont. Avec le plus grand soin, son légataire mit en ordre tous les papiers dont il disposait et en tira la matière d’un livre publié en 1869, sous le titre commémoratif : 1809-1815 : Mémorial et Archives de M. le baron Peyrusse, trésor général de la couronne pendant les Cent Jours, Vienne, Moscou, l’île d’Elbe.
Pourtant, un ouvrage paru chez Perrin, en 1894, intitulé Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse, Léon G. Pélissier, professeur à la Faculté des lettres de Montpellier, ne se priva pas de reprocher à l’auteur du Mémorial de n’avoir pas été fidèle dans la reproduction des notes de son beau-père. Altérant parfois l’original ou supprimant des passages pour des raisons obscures. Mais, bien au-delà de ces considérations de puristes, il faut admettre que le Mémorial contient tout de même de nombreux renseignements de premier ordre.
De nos jours, pour peu qu’il nous prenne de consulter le « Fonds Peyrusse », à  la Bibliothèque de Carcassonne, ce ne sera pas sans y constater certaines lacunes. Si l’on compare les textes publiés par Cornet-Peyrusse et Léon Pélissier, on s’apercevra de l’absence dommageable de nombreux documents autographes et même de cahiers couvrant plusieurs mois consécutifs. Cette remarque aiderait-elle à faire resurgir, de quelques classements inappropriés, ces précieuses archives oubliées ? C’est le vœu que nous formulons.

 Orientation bibliographique complémentaire : Amiel (Jean) Six Ataccins célèbres (1929) ; Jeanjean (J.-F.) « Documents inédits du baron Peyrusse », in Bulletin de la Société d’Etudes scientifiques de l’Aude, t. 51 (1950 ; Descadeillas (René) « Le vieux Carcassonne », in Mémoires de la Société des Arts et Sciences de Carcassonne,4e série,  série, t. X,  1979-1981.