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Chroniques et légendes

Toulouse. Cimetière de Terre-Cabade. Sainte Héléna, une veuve inconsolable, par Michel Azens.

Écrit par Administrateur. Posted in Chroniques et légendes

Un bien curieux évènement est à l’origine de la renommée de cette personnalité qui attire depuis plus d’un siècle des croyants sur sa tombe. Déjà, lors de son enterrement, des témoins affirment que lorsque le corbillard s’acheminait vers le cimetière de Terre-Cabade, depuis la cathédrale Saint-Etienne, deux colombes vinrent tournoyer au-dessus de l’attelage avant de se poser sur le cercueil d’Hélène Soutade, la défunte et ancienne institutrice du Couvent des Minimes. Orpheline d’un vétéran de l’Empire qui ne revint pas de ses campagnes, laissant sa femme et sa fille seules dans leur pauvre maison, elle eut la douleur de voir mourir sa mère, victime du choléra. La pauvre jeune fille fut alors confiée aux bons soins de religieuses qui l’éduquèrent dans une vie simple.
Bien que tout s’en ressentit de l’austérité des lieux, on ne fut pas sans remarquer cette sorte d’abnégation et les traits de bonté et de douceur de la jeune Héléne ; mais, aussi, son goût prononcé pour les arts et le chant. Adulte, elle décida de consacrer sa vie aux déshérités et devint institutrice des enfants pauvres. Elle n’avait pas son pareil pour les mettre en confiance.
Une rencontre allait changer son destin. Un fils de notable s’éprit de la douce Hélène et, bientôt, ils formèrent un couple échafaudant des projets .Mais, hélas, le petit fiancé se montra inconstant et se tourna vite vers d’autres yeux. Il le regretta puisqu’ il réapparut quelques temps après. Pourtant, c’est un maigre garni qui abrita leurs amours, jusqu’au jour où il parti pour l’armée.
De nouveau, Hélène se retrouve seule face à son destin. A quelque temps de là, elle apprit que le jeune homme avait été déporté en Algérie, suite à sa participation aux évènements de la Commune. Elle ne le revit jamais .Plus tard, elle apprit que le malheureux était mort dans un bagne. Cette nouvelle la terrassa ; elle en perdit le goût de vivre et préféra désormais la compagnie des morts plutôt que des vivants.
Pour cristalliser son chagrin, elle fit ériger un cénotaphe sur lequel elle fit graver le nom de son compagnon. C’est ainsi que, remarquant les nombreuses tombes délaissées au cours de ses errances à Terre-Cabade, elle prit la résolution de consacrer sa vie aux tombeaux abandonnés. Désormais, On pouvait apercevoir cette femme encore jeune, qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il vente, courbée sur les tombes, les nettoyant et les défrichant inlassablement. Il va sans dire que gardiens et visiteurs s’habituèrent très vite à sa présence dévouée pendant les quinze années qui s’écoulèrent jusqu’à ce que la vie d’Hélène soit rattrapée par la fatalité. Elle aussi fut emportée par le choléra et s’éteignit dans la plus profonde discrétion en le 11 août 1885. Elle avait alors de quarante huit ans.
L’évènement qui survint le jour de son enterrement fit le tour de la Ville rose, du néant ressorti sa triste histoire. Les colombes qui accompagnèrent son cercueil furent regardées comme l’âme de ceux envers lesquelles elle s’était montrée compatissante au cours de sa vie. Désormais, on prit l’habitude de s’adresser a elle, qui pour le retour de l’être aimé disparu, qui pour l’amant en goguette...Le pouvoir de les ramener fut rapidement établi et la fin de sa vie au service des tombeaux délaissés, accrédita définitivement sa position de sainte intercédant auprès de ceux que l’on n’attend plus.
Sans pour autant que l’Eglise les reconnut, des dizaines de miracles furent observés  et les Toulousains prirent l’habitude de laisser sur sa tombe des messages. Rapidement des ex-voto côtoyèrent les nombreuses gerbes que les dévots visiteurs aimaient à déposer sur le marbre froid de sa tombe.
Dernière version moderne du culte dédié à Héléne : des sous-vêtements accrochés à la treille, dans l’espoir que l’amant frivole soit touché par la prière de la délaissée...
Actuellement, la tradition persiste plus que jamais. Quotidiennement,  trois ou quatre personnes viennent se recueillir sur la tombe numéro 27 (Section II, division 11). Les fleurs y sont en telles quantités que c’est à peine si l’on distingue les parements du tombeau de celle que l'on nomme affectueusement sainte Héléna...