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Aude. Couiza. La Croix votive de La Roque, par Michel Azens.

Écrit par Administrateur. Posted in Rennes-le-Château

Le paysage français fut longtemps planté de pinacles et de croix. Il n’était guère de carrefours ou de hauteurs remarquables qui n’étaient garnis d’un Calvaire ou d’une statue de la Vierge. Depuis, un siècle, beaucoup ont disparu, sujettes à la malveillance des uns ou à la négligence des autres.  A Couiza, une croix commémorative a échappé à l’incurie générale. C’est dire le miracle si l’on considère que tout signe ou marque n’a d’autres issus que de disparaître en ces lieux qui payent le prix de se trouver dans la farouche priximité de Rennes-le-Château.
Mais la Croix de La Roque, - du lieu où elle se trouve, doit sa sauvegarde à son emplacement discret et à l’incompétence des chercheurs à se documenter. Avant de permettre d’aller la voir de visu, voici son histoire. Il faut remonter à l’an 1765. Un serrurier de Couiza, le sieur Rouby, se rendant dans un village voisin (peut-être à Coustaussa), emprunta un chemin qui bordait une corniche. Le jour n’était pas encore levé. C’est ainsi que l’homme évalua mal le parcours et fit une chute de plus de quinze mètres sur un versant semé de rochers et de broussailles. La mort aurait dû être au rendez-vous, mais il s’en tira avec seulement de graves contusions.
Trois mois plus tard, lorsqu’il put reprendre  son travail, le sieur Rouby revint sur les lieux de l’accident et fit le serment d’établir à cet endroit une croix en fer forgée et son édicule. Effectivement, l’homme tint promesse. C’est ainsi que les Couizanais, passant par là, s’habituèrent à honorer ce symbole et se signaient à sa vue. 
Disposé dans une niche en maçonnerie pratiquée dans l’épaisseur d’un mur de soutènement, cette croix mesure 1,10 m de haut et 0,46 de large.  Elle repose sur un piédestal en marbre jaune, de style grec, artistement sculpté.
Deux inscriptions, l’une en latin, l’autre en patois languedocien sont gravées sur ce socle. Ainsi que le souligne Louis Fédié dans sa communication à propos de cette Croix : « L’auteur, M. Jean Vasserot, qui, avant la Révolution, dirigeait à Couiza une école d’enseignement secondaire, a gravé ses initiales dans un élégant cartouche, en forme de coquille, qui orne la partie centrale du piédestal. »
 En 1941, René Delpech en a relevé la teneur, en dépit de quelques dégradations causées à la pierre par le gel, rendant ces inscriptions parfois lacunaires.
1/ Au pied de la croix :
.              
                                      HIC LOCUS                                (1) MORS VITA
                                            DECEPTA                                  (2) ERCIT
                                    INFELIX  CECIDI    SUSTINUITQUE   DEUS
                                           FRUSTRA   MORS    FALLAX  A
                                                LAEDERE    TENTAT    LECTUM
                                                        NON TUMULU               (3)
                                                   DAT    CITO  MOLLIS  HUMUS
 
                                                                   CONDIDIT : IV
 
                                                                               __
             
2 / A mi- hauteur :    
                                                                   1765
                                                                  10 AUG
     
                                                                             
3 / Sur la partie basse du socle :
 
           
                               PASSAN  ARREST AICHI  REGARDO L. PRECIPICI
                       OUN MOUN PE DUN FAL  PAS   GLISSEC  CAMBALL  LE  ROC
                         TE  SOITI   COUM  A MIOU  QUEL   CEL   TE  SIO  PROUPICI
                               E QUE   SANS CAP DE MAL TE TIRES    DAQUEL   LOC
                                                   BELEU  LA  PAQUO SE DEGARO
                                                 DE CE  QUE ME  FASQUEC COUSTIE
                                                     E QUE BEY  SAN  PARO NI  GARO
                                               SOUS CISEUX FAR             (4) PAS CARTIE
                                                                  LE           (5) MAY  1765
                                 FRANCES  ROUBY FOURGEC   AQUESTO CROUX  APRES
                                                                              SA CHUTO
                                                                       DIU    SIO BENITO
 
 
              (1) (2) (3) (4) (5) lettres dégradées non visibles. 
              Le fond des lettres commençant, chaque vers est teinté de rouge ; celui des autres lettres, de noir.
L’étonnante conservation de cette croix peut s’expliquer de deux façons. La première, c’est qu’elle se trouve à petite distance du bourg, de la sorte protégée des agressions de la pollution moderne, qui auraient altérés d’une manière irréversible le support, la gravure et les vernis ; la seconde, il est probable que l’orientation du monument l’a préservé du vent mauvais et des intempéries ; le vernis rougeâtre, soulignant la gravure, a très bien résisté, et a croix ouvragée n’est quasiment pas rouillée. On voit parfaitement sur sa hauteur l’emblème du Sacré-Cœur, ceinturé d’un petit cercle d’épines.
Donc, comme promis, je vous dis où elle est :
L’emplacement de ce petit monument se trouve en parallèle à la route de Rennes-les-Bains. Bien après avoir passé la Gendarmerie, pratiquement à la sortie du village, observer à gauche une montée le long d’un mur en pierre de taille. Progresser encore un peu jusqu’à hauteur d’une petite prairie. Là, à main droite, longer cette prairie en suivant la haie de délimitation, après avoir contourné l'angle du terrain, voyez face à vous, au loin,  la partie supérieure d'une petite « chapelle ». C'est le faîte de l’édicule de notre Croix. En marchant droit devant vous,  il vous sera facile de vous en approcher et de la détailler. Vous remarquerez que cette croix borde un ancien chemin se dirigeant vers Coustaussa, parallèlement à la départementale menant au « carrefour de Blanchefort ». Depuis cette route, d’ailleurs, côté gauche, on se trouve à la hauteur de cette Croix, en se plaçant exactement au lieu d'un caveau indépendant.
 
Notes de lecture : Fédié (Louis) « La Croix votive de Laroque, à Couiza », in Mémoires de la Société des arts et des sciences de Carcassonne, t. VI, année 1890, pp. 279-280 + planche ; Delpech (René) Le Folk-Lore, année 1941.