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Bérenger Saunière, petite histoire du "Curé aux millions".

Écrit par Administrateur. Posted in Rennes-le-Château

Pratiquement ignorée à l’époque où Robert Charroux en parla dans ses Trésors du Monde, ouvrage paru en 1962, l’histoire de l’abbé Saunière est aujourd’hui universellement répandue, au point même que le non initié en matière de trésors ne connaît qu’elle dans ce domaine. 

                                                 

 Située entre Limoux et Quillan au Sud de Carcassonne, en Haute-Vallée de l’Aude, Rennes-le-Château culmine à près de 500 m d’altitude. Construit au sommet d’un antique oppidum, le village actuel a succédé à un bastion wisigothique. Capitale régionale à l’époque de Charlemagne sous le nom de Rhedae, cela valut à tout le diocèse de prendre le titre de pagus Redensis.

                            

Le 1er juin 1885, Mgr Félix Billard, évêque de Carcassonne, nomme l’abbé Saunière, curé de Rennes-le-Château. Natif d’un village voisin, Montazels, il connaît bien l'endroit pour y avoir souvent joué, enfant, avec des camarades, du côté du ruisseau des Couleurs. A cette époque, Rennes ne compte que trois cents habitants (de nos jours, ils ne sont plus que soixante-dix), les finances municipales sont donc à la portion congrue. En dépit des efforts des maires successifs, l’église et le presbytère, dont ils doivent assurer l’entretien, sont dans un triste état Plein de bonne volonté, Saunière entreprend les réparations les plus urgentes de l’église. Pour le premiers frais, il obtient la remise d’une somme de 600 francs laissée vacante par l’un de ses prédécesseurs. Tout naturellement, il commence les travaux par le chœur de l’église, c’est-à-dire le maitre-autel. Ce pilier sculpté, Saunière l’utilisera par la suite pour en faire le socle d’une Vierge de Lourdes, ornement d’un petit jardin près du seuil de l’église. Sinon une pièce rare, c’est au moins une authentique œuvre de la période carolingienne tardive.
Alors que les travaux sont en cours et qu’il règne un certain désordre dans l’église, il arrive qu’un soir, redescendant du clocher, le carillonneur de Rennes, nommé Captier, aperçoive un reflet brillant provenant d’un vieux balustre (colonne en bois destinée à constituer un appui). Il avait été remisé dans un coin, sans trop d’égards. Or un choc avait légèrement libéré une entaille, laissant apparaître un « parchemin roulé ». Il s’empressa de porter sa trouvaille au curé, puis il n’en entendit plus jamais parler.        
Peu de temps après un samedi matin, l’abbé Saunière fit déplacer une large pierre qui occupait, au sol, tout l’espace que recouvrait le vieux maitre-autel. En le soulevant, avec l’aide de deux ouvriers, ceux-ci eurent le temps d’apercevoir, à même la terre, une oule (expression locale désignant une marmite) remplie d’objets brillants. Prétextant l’heure du déjeuner, l’abbé Saunière les remercia.

                      
Lorsqu’ils revinrent l’après-midi, la pierre avait été remise en place. Mais, poussés par la curiosité, les deux maçons interrogèrent le curé sur ce qu’ils avaient entr’aperçu. Pour toute réponse, l’abbé Saunière leur répondit : « Ce sont des médailles de Lourdes ! ». Comme l’un des deux hommes souhaitait e avoir quelques-unes, il s’entendit répliquer : « Elles sont sans valeur et vous ne pourriez rien en faire. »
On sait aujourd’hui qu’il s’agissait d’un petit trésor caché à la Révolution, par le curé de l’époque, l’abbé Antoine Bigou. Réputé prêtre réfractaire, pour son refus de prêter à la nouvelle constitution,  il se vit contraint de quitter sa paroisse. On sait désormais qu'il se réfugia à Collioure, et y mourut  le 20 mars 1794. Les médailles de Lourdes étaient en fait des louis d’or !
Pour le coup, de besogneux, l’abbé Saunière devint prodigue. Il découvrira encore, devant le maître-autel, au bas des marches qui permettent d’y accéder, une dalle, à l’état brut d’un côté et sculpté de l’autre. A dessein, on avait placé la face imagée posée contre terre, sans doute pour lui épargner les déprédations. C’est la désormais fameuse « dalle des Chevaliers ». On y voit deux cavaliers occupant les surfaces délitées par deux arcades géminées et perlées qui reposent, par l’intermédiaire de chapiteaux iniques, sur des colonnes torses de tradition romaine. Peut-être sensiblement antérieur au pilier du maître-autel, ce bas-relief n’en est pas moins une autre œuvre de la période carolingienne. C’était, en pratique, une plaque de chancel élément de clôture du chœur, qui, coulissant dans des supports rainurés, séparait le chœur de la nef ; Ce dispositif, partout en vigueur dans les églises carolingiennes, entrait dans l’œuvre de rénovation religieuse prescrite par Charlemagne.

           

Dès juillet 1887, l’abbé Saunière entame une série de dépenses destinées à la rénovation de l’église et à son aménagement. Il ne s’agit plus cette fois de réparations de fortune, mais d’un profond remaniement. La toiture est refaite à neuf, le fronton est garni d’un nouveau tympan ; il va même jusqu’à exhausser certaines fenêtres. Ne parlons pas du mobilier, des statues et des vitraux qui sortent des ateliers les plus réputés et qu’il fait venir des quatre coins de la France. Mais il ne s’arrête pas là. En 1891, il fait clôture à ses frais le jardin public jouxtant sa petite église. C’est, qu’en même temps, il a aménagé une petite maisonnette, près de l’entrée du cimetière, pour y installer son bureau. En attendant mieux…

                        
C’est véritablement la stupeur lorsqu’en 1900, on le voit faire construire un véritable domaine, à l’extrémité du village. Séparé par un chemin de ronde, se dresse, d’un côté, une villa de style Renaissance ; de l’autre, une tour d’allure néo-gothique.
Pendant plus de dix ans, l’abbé Saunière y recevra des personnalités e des visiteurs de marque : des hommes politiques, comme Dujardin-Beaumetz, alors conseiller général de Limoux et futur Secrétaire d’Etat aux Beaux-Arts, mais aussi de belles dames, telles que la romancière André Bruguière et la marquise de Bourg de Bozas.
Mais en 1908, il est sommé par l’évêque de Carcassonne de s’expliquer sur la source de ses revenus. Ce n’est plus le débonnaire Mgr Billard qui lui demande  des comptes, mais son successeur, Mgr de Beauséjour, qui est saisi de plusieurs plaintes sur la vie dispendieuse du curé de Rennes.         
Aux réclamations de sa hiérarchie, Saunière répond par des manœuvres dilatoires. Qu’à cela ne tienne, l’évêque mute son subordonné à la cure de Coustouge. C’est pourtant une promotion, mais la question n’est pas là.
Sans autres formes, le curé de Rennes démissionne de sa charge. Il refuse purement et simplement de quitter Rennes-le-Château, « où ses intérêts le retiennent ».
Mais cela n’empêche pas l’évêque de Carcassonne de lui intenter un procès canonique. L’argument de la procédure est simple : puisque l’abbé Saunière refuse de dévoiler ses ressources, c’est qu’il s’est enrichi avec des honoraires de messes. Il est vrai que depuis dix ans, Bérenger Saunière draîne à lui une quantité inaccoutumée d’intentions de messes. Il proteste de sa bonne foi, affirme que toutes les messes ont été dites ou cédées à des confrères moins favorisés que lui. Malgré ses dénégations, l’Evêché obtient sa condamnation le 5 novembre 1910, le frappant d’une suspens a divinis, ce qui le prive de tout pouvoir sacerdotal. Il ne pourra être relevé de cette sentence que s’il justifie de l’intégrité de ses revenus. Saunière en appelle alors à un avocat particulièrement habile dans le droit canon, le chanoine Eugène Huguet. Avec lui, il va tenter de satisfaire l’évêque en lui présentant une comptabilité rendant compte que ses dépenses n’ont jamais excédé ses recettes.

Dans le village, la nouvelle fortune du curé fait jaser. Où trouve-t-il l’argent pour faire toutes ces réalisations ? Certains de ces agissements inquiétèrent. Ainsi, début 1895, alors que la municipalité fait procéder) des aménagements dans le cimetière, on s’aperçoit que le curé y fait, lui aussi, des travaux, mais, à part et de nuit !
Ce n'est pas tout : que signifie ce diable qu'il fit installer, en 1897, à l'entrée de l'église, en guise de bénitier ? Les rumeurs vont bon train. A quelque coupable industrie se livrerait-il ? N'aurait-il pas cet argent dont il est si prodigue par sorcellerie ou magie noire ?


                    

Il livre ainsi partiellement les noms de plusieurs de ces donateurs. Surtout des familles riches de la région et même hors du département. On trouve même celui de la comtesse de Chambord, l’épouse du fameux comte Henri de Bourbon, qui faillit être roi de France après la chute du Second Empire. Mais l’évêque de Carcassonne a maintenant d’autres exigences. Il entend obliger  l’abbé Saunière à restituer les fonds qu’il détient. En termes, clairs, il doit se dessaisir de ce qu’il possède. Pour éviter d’en arriver cette extrémité, le curé de Rennes expédie son avocat en Cour de Rome plaider sa cause.
Mais c’est une démarche longue et coûteuse et les finances de Saunière ne sont pas inépuisables. En février 1913, il contracte un prêt de 6000 francs auprès du Crédit Foncier. L’année suivante, il songe même à vendre son domaine.
Lorsqu’éclate la guerre, l’abbé Saunière a 62 ans, sa santé lui joue des tours. Vint  ce jour de l’après-midi du 14 janvier 1917. Sur la terrasse de la tour Magdala, il est frappé d’une attaque d’hémiplégie. Sa servante, la dévouée Marie Dénarnaud le fera transporter au presbytère. Appelé à son chevet, le docteur Roché, de Couiza, n’est pas très optimiste. Finalement, on fera venir l’abbé Rivière, prêtre d’Espéraza, qui desservait à cette époque la paroisse de rennes, pour administrer au mourant les sacrements. C’est lui qui le relèvera, in artioculo mortis, de la sentence de l’Officialité. Sans cette miséricorde, Saunière n’aurait pas ou recevoir une sépulture religieuse.
Jusqu’à l’ultime moment, l’abbé Ribière resta auprès de son confrère. Il lui fermera les yeux le 22 janvier, à 5 heures du matin.

                      

On a prétendu que l’abbé Saunière fit, au seuil de la mort, de terrifiantes révélations à son confesseur. Au point que celui-ci, l’abbé Rivière, devint « renfermé, taciturne et muet » ; pire, « On ne le vit plus jamais rire ». En fait, cela fait partie de la légende ; tout ce que l’on peut dire, c’est que l’ancien curé d’Espéraza se montra toujours discret sur cet épisode.

Pendant près de quarante ans, l’aventure de l’abbé Saunière resta une énigme. Une seule personne savait, c’est Marie Dénarnaud, la fidèle servante. Mais elle mourut en janvier 1953, sans avoir véritablement parlé. Entretemps, - en 1946, elle avait faits ses héritiers les époux Corbu, pour qui elle s’était prise d’amitié. En 1955, M. et Mme Corbu transformèrent l’ancien domaine du curé de Rennes en hôtel-restaurant. Pour intéresser la clientèle à gravir la colline où était perché son établissement, Noël Corbu commença à propager l’histoire de l’abbé Saunière. Mais il avait sa façon de raconter…
Bien sûr, l’enrichissement de l’ancien curé avait pour origine la découverte d’un trésor. Par ce moyen, il avait pu entreprendre les constructions que l’on voyait aujourd’hui. C’est de cette façon encore, qu’il disposait de revenus incompatibles avec le traitement d’un curé de campagne.
Grâce à des documents découverts dans les papiers de l’abbé Saunière, certains revêtus de la signature de Blanche de Castille, Noël Corbu en était arrivé à la conclusion que le curé de Rennes avait trouvé en son temps une partie du trésor de France, caché en février 1250, au moment des troubles suscités par la révolte des Pastoureaux. En l’absence du roi Louis IX, sa mère, al régente, n’avait trouvé que c moyen pour garantir la sécurité de la fortune royale. On ne sait pourquoi, par la suite, ce trésor ne fut jamais recouvré.
Redécouvert, incidemment, en 1645, par un berger qui cherchait sa brebis dans un souterrain qui courait sous le village, ce trésor fut de nouveau perdu parce que le malheureux berger préféra mourir sous la torture plutôt que d’indiquer l’endroit où il l’avait trouvé.
C’est en découvrant des parchemins dans son église, que l’abbé Saunière aurait été mis sur la piste du trésor de Blanche de castille. Mais ce trésor était à ce point fabuleux qu’il ne fit guère que l’entamer. Le reste serait encore là sous le village… Depuis Noël Corbu (qui est mort en 1968), la « légende » s’est amplifiée , les théories se sont multipliées. L’hypothèse du trésor de Blanche de Castille n’est plus tellement en faveur. On parle du trésor des Wisigoths, issu du pillage de Rome, en 410, du trésor des Cathares, des Templiers ; d’un dépôt dynastique mérovingien ; de documents secrets grâce auxquels Bérenger Saunière aurait exercé un chantage auprès de la cour des Habsbourg et, assez récemment, de la tombe du Christ…
Avec assez peu de bonheur, on a cherché si l’abbé Saunière avait laissé des indices derrières lui. On a dépouillé ses papiers, reconstitué ses faits et gestes ; on  interrogé des radiesthésistes, fait tourner des tables ; on a surtout tenté de retrouver un message dans les décorations de son église. On a même essayé d’ouvrir sa sépulture au cas où elle contiendrait quelque chose permettant d’arriver au trésor.
Las ! L’énigme demeure...

 Iconographie : Cet article est principalement illustré des clichés d'une carte postale multivues, éd. APA-POUX, Albi (période 1965).

                                          Visuel  : 
                                       "Mystères":
1ère partie : http://www.youtube.com/watch?v=I5shA4hhmpM - 
2ème partie: http://www.youtube.com/watch?v=tzhGxBWkkhI&feature=related
                        "30 Histoires Mystérieuses" :  
http://www.youtube.com/watch?v=QneMvEgjVDw&feature=related